La communication intelligente des poissons : décryptage des techniques fascinantes

découvrez comment les poissons communiquent de manière intelligente grâce à ce passionnant décryptage des techniques fascinantes.
Sommaire5 sections
  1. 01Produire du son sans cordes vocales
  2. 02Le hareng qui parle par l'anus
  3. 03Le poisson-chat grince de la nageoire, pas des dents
  4. 04Entendre avec la peau
  5. 05À quoi servent ces signaux

Un poisson n'a ni cordes vocales ni oreille externe, et pourtant il fait du bruit : grognements, crissements, claquements produits par des bulles lâchées par l'anus. Voici les mécanismes derrière ces sons et ce qu'ils servent à dire.

Produire du son sans cordes vocales

Banc de poissons colorés nageant serrés au-dessus d'un fond corallien

Sous l'eau, le son voyage environ cinq fois plus vite que dans l'air, à peu près 1 500 mètres par seconde, et il porte bien plus loin que la lumière. Faire du bruit est donc plus rentable que se montrer. Le procédé le plus répandu utilise la vessie natatoire : des muscles dits soniques, plaqués contre cette poche de gaz, la font vibrer comme la peau d'un tambour. Ces muscles comptent parmi les plus rapides connus chez les vertébrés, avec plus de cent contractions par seconde chez le poisson-crapaud. Ça donne un ronflement grave.

Le hareng qui parle par l'anus

C'est le cas le plus étrange, et il est solidement documenté. Le hareng de l'Atlantique et celui du Pacifique évacuent un filet de gaz par le conduit anal, ce qui produit une salve de claquements très brefs, baptisée FRT pour Fast Repetitive Tick. Les travaux publiés en 2004 décrivent des séries allant jusqu'à sept secondes, entre 1,7 et 22 kilohertz. Deux détails comptent : les salves se multiplient quand la densité du banc augmente, et elles se déclenchent surtout de nuit. Signal de contact entre congénères, donc, pas une digestion bruyante.

Le poisson-chat grince de la nageoire, pas des dents

La version qui circule un peu partout parle de dents et de vertèbres frottées l'une contre l'autre. C'est faux. Chez les silures et la plupart des poissons-chats, le bruit vient du premier rayon épineux des nageoires pectorales : sa base, striée comme une râpe, tourne dans la cavité de la ceinture pectorale et crisse. C'est de la stridulation, comme chez le criquet. Attrapez un poisson-chat à mains nues et il le fait : le signal dit la détresse.

Entendre avec la peau

La ligne latérale court du crâne à la queue, visible comme une fine couture sur le flanc. Ses cellules ciliées mesurent les micro-déplacements d'eau autour du corps. C'est ce qui permet à un banc de virer d'un bloc : des poissons rendus aveugles continuent de nager en formation, des poissons privés de ligne latérale non.

À quoi servent ces signaux

  • Reproduction : chez beaucoup d'espèces, seul le mâle a des muscles soniques, et il chante pour attirer une femelle sur son site de ponte.
  • Territoire : le grondement précède la morsure et évite un combat coûteux.
  • Cohésion : les claquements du hareng servent d'appel de contact dans le noir.
  • Alarme : un départ brutal se propage dans le banc avant même que les voisins aient vu le prédateur.

Cette bioacoustique sert maintenant à autre chose qu'à la curiosité. Des hydrophones posés sur un récif permettent d'y compter les espèces sans plonger ni pêcher, et de suivre le repeuplement après restauration, puisqu'un récif vivant est bruyant et un récif mort presque muet. Le trafic maritime, lui, occupe les basses fréquences, celles-là mêmes où beaucoup d'espèces se parlent.

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