Mystère résolu : est-ce que les bourdons piquent ?
Sommaire4 sections
Oui, le bourdon pique, mais il faut vraiment le chercher. Seules les femelles portent un dard, il n'est pas barbelé, et l'insecte ne s'en sert qu'écrasé contre la peau ou quand on s'acharne à quelques centimètres de son nid. En vingt ans de jardin, la plupart des gens n'en ont jamais reçu une seule.
Cette réputation de gros lourdaud inoffensif est méritée, mais elle mérite d'être précisée. Parce qu'un bourdon coincé sous un tee-shirt réagit comme n'importe quel hyménoptère, et parce qu'un chien qui gobe une boule velue au ras des trèfles peut se retrouver avec une truffe gonflée en dix minutes.
Le dard, qui l'a et ce qu'il fait
Chez les bourdons, comme chez les abeilles et les guêpes, le dard est un ovipositeur modifié. Un mâle ne peut donc pas piquer, quoi qu'il fasse et quel que soit le bruit qu'il produit. Les reines et les ouvrières, elles, en possèdent un.
La différence avec l'abeille domestique tient à la forme de l'aiguillon. Celui de l'abeille est barbelé : il reste planté dans la peau élastique d'un mammifère, arrache une partie de l'abdomen de l'insecte et le condamne. Celui du bourdon est lisse. Il ressort intact, l'insecte survit, et il peut recommencer. Dans les faits, il ne recommence presque jamais : la colonie de bourdons n'a pas le comportement de défense collective d'un nid de guêpes.

Une confusion revient sans cesse : le bourdon n'est pas le faux-bourdon. Le faux-bourdon est le mâle de l'abeille domestique, sans dard, expulsé de la ruche à l'automne. Le bourdon, lui, appartient au genre Bombus. Il partage la famille des Apidés avec l'abeille domestique, tandis que les guêpes et les fourmis relèvent d'autres familles du même ordre, les hyménoptères. La formule qui range bourdons, guêpes et fourmis dans une seule et même famille, souvent recopiée, est fausse.
Reconnaître un mâle d'une femelle
Sans loupe, la piste la plus fiable ce sont les pattes arrière. L'ouvrière porte une corbeille à pollen, une surface lisse et concave bordée de longs poils, où le pollen s'agglomère en pelote orange ou jaune vif visible à un mètre. Le mâle n'en a pas : ses pattes arrière sont simplement poilues, sans pelote.
Deuxième indice, les antennes du mâle sont plus longues, et il compte sept segments abdominaux visibles contre six chez la femelle. Troisième indice, le comportement : à la fin de l'été, un bourdon qui flâne longuement sur une fleur, sans rien récolter, et qui dort dehors la nuit, c'est un mâle. Les femelles rentrent au nid.
Les tailles varient beaucoup selon les espèces. Chez le bourdon terrestre, l'une des espèces les plus communes en France, une reine mesure une vingtaine de millimètres, les ouvrières entre 11 et 17 mm, les mâles autour de 14 à 16 mm. Le tableau reste le même partout : la reine est nettement la plus grosse.
Le miel des bourdons, et pourquoi il n'y en a pas au rayon
Les bourdons transforment bien le nectar en une substance sucrée, stockée dans de petits pots de cire près de l'entrée du nid. Mais la réserve tient trois jours de mauvais temps, pas un hiver. Comme la colonie meurt avant les grands froids, aucune pression de sélection ne l'a poussée à constituer un stock. Là où une ruche accumule plusieurs dizaines de kilos, un nid de bourdons garde quelques grammes.
Leur intérêt est ailleurs, et il est considérable. Le bourdon pratique la pollinisation par vibration : il agrippe l'étamine et contracte ses muscles de vol à haute fréquence pour secouer le pollen hors de l'anthère. L'abeille domestique ne sait pas faire ça. C'est pourquoi la tomate, l'aubergine, le poivron, la myrtille et l'airelle dépendent des bourdons, et pourquoi la culture sous serre de la tomate repose depuis les années 1980 sur des colonies élevées et livrées en caisses.
Il pardonne aussi le mauvais temps. Grâce à sa toison et à sa capacité à réchauffer son thorax en frissonnant, il sort à 6 ou 8 degrés, sous une pluie fine, et dès les premières heures du matin. Les abeilles attendent 12 ou 13 degrés et un peu de soleil. Au verger, ce décalage se voit sur la récolte.
Même logique pour un animal. Un chien piqué à la truffe ou dans la gueule, un museau qui double de volume, une bave abondante, une respiration bruyante : direction le vétérinaire ou la clinique de garde. On ne donne pas d'antihistaminique humain à un chien sans avis vétérinaire, les molécules et les quantités ne se transposent pas d'une espèce à l'autre.
Sur le reste des piqueurs de l'été, guêpes, frelons et abeilles, notre article sur les erreurs à ne pas commettre après une piqûre de guêpe détaille les gestes qui aggravent la situation.
Quatre idées reçues à corriger
- Ils vivraient trois à six mois. Une ouvrière vit deux à six semaines. Seule la reine approche les douze mois, et elle passe la moitié de ce temps en hivernage sous terre.
- Ils réguleraient les nuisibles. Non. Le bourdon est strictement végétarien à l'âge adulte, nectar et pollen. Il ne chasse rien, contrairement à la guêpe qui rapporte des insectes à ses larves.
- Ils pèseraient un gramme. Une grosse reine de bourdon terrestre approche les 0,8 gramme au sortir de l'hivernage. Une ouvrière tourne plutôt autour de 0,15 à 0,25 gramme.
- Ils défieraient les lois de l'aérodynamique. Cette histoire vient d'un calcul simplifié des années 1930 appliqué à une aile rigide. L'aile du bourdon tourne, se déforme et crée un tourbillon de bord d'attaque. La physique est en règle.
La vraie question aujourd'hui n'est pas de savoir s'ils piquent, mais s'ils seront encore là. Plusieurs espèces européennes reculent nettement, sous l'effet conjugué des étés caniculaires, des pesticides et de la disparition des bords de champs fleuris. Laisser une bande de trèfle non tondue jusqu'en juin, garder un tas de feuilles où une reine pourra hiverner, planter du romarin et de la lavande qui fleurissent tôt : ça coûte peu et ça se voit vite.
Résumer cet article avec :
Partager :
