Découvrez ces 3 reptiles peu connus mais en danger en France
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Une vipère des landes bretonnes, un lézard d'un mètre dans les garrigues du Sud et une tortue d'eau cantonnée à quelques ruisseaux des Pyrénées-Orientales : trois reptiles français que presque personne ne croise, et que la loi protège strictement depuis 2021.
La vipère péliade, la seule vipère qui monte jusqu'au cercle polaire
Vipera berus est le serpent venimeux qui va le plus au nord de la planète. Son aire s'étire de la façade atlantique française jusqu'à l'île de Sakhaline, en passant par la Grande-Bretagne et la Scandinavie, où elle dépasse le cercle polaire arctique. En France, elle occupe surtout la moitié nord et l'est : Bretagne, Massif central, Jura, Alpes, avec des populations morcelées ailleurs. Elle aime les milieux ouverts et humides, landes de bruyère, lisières forestières, bords de tourbière, où elle peut passer du soleil à l'ombre en deux mouvements.
Sa morsure est douloureuse et justifie toujours un passage aux urgences, mais elle est très rarement mortelle en France. Les décès imputables à une morsure de vipère se comptent sur les doigts d'une main par décennie dans le pays. En cas de morsure, on immobilise le membre, on retire bagues et montre, on appelle le 15. On n'incise pas, on ne pose pas de garrot, on n'aspire pas : ces gestes aggravent la situation sans rien retirer du venin.
Sur son statut, le texte qui circule le plus souvent se trompe. La vipère péliade n'est pas classée vulnérable au niveau mondial : l'UICN la range en préoccupation mineure à l'échelle de son immense aire de répartition. C'est en France qu'elle recule, au point de figurer comme quasi menacée sur la liste rouge nationale des reptiles. La cause tient en trois mots : landes drainées, haies arasées, populations isolées les unes des autres. La persécution directe a longtemps aggravé le tableau, jusqu'aux primes communales versées pour des queues de vipères, pratique abandonnée depuis des décennies.
Le lézard ocellé, le plus grand lézard d'Europe
Timon lepidus dépasse parfois 90 cm de la tête au bout de la queue, dont un corps d'une vingtaine de centimètres. Le dos est vert pomme marbré de noir, les flancs portent des ocelles bleu vif cerclées de sombre, d'où son nom. Un adulte pèse jusqu'à 250 grammes, ce qui en fait une proie de choix pour les rapaces et un animal extrêmement méfiant.
On le trouve dans la péninsule Ibérique, le sud de la France et un reliquat sur la côte ligure en Italie. En France, ses bastions sont la plaine de Crau, les Causses, le littoral atlantique landais et les garrigues languedociennes. Il hiberne d'octobre à mars et affiche son pic d'activité en mai et juin, quand les mâles patrouillent.
Son menu est large : criquets, sauterelles, coléoptères, escargots, lombrics, et l'été des figues ou des baies quand l'occasion se présente. Il lui arrive de croquer un jeune lézard ou un œuf. Les programmes de conservation menés en Crau et dans le Languedoc passent moins par des mises sous cloche que par la remise en pâturage de milieux ouverts et la pose de gîtes en pierres sèches.
L'émyde lépreuse, tortue d'eau des ruisseaux catalans
Mauremys leprosa porte un nom ingrat : les taches claires de sa carapace faisaient penser à une maladie de peau, alors qu'il s'agit du motif normal de l'espèce. Sa dossière mesure une vingtaine de centimètres, parfois davantage chez les femelles. En France, elle ne vit que dans un coin des Pyrénées-Orientales, surtout dans les petits cours d'eau du secteur de Banyuls-sur-Mer et de la vallée du Tech, à quelques kilomètres de la frontière espagnole. C'est tout. Une poignée de bassins versants, et l'espèce française tient là-dessus.
Elle s'accommode d'étangs, de canaux, de bras morts et de marais littoraux, et tolère des eaux de qualité médiocre mieux que la plupart des tortues d'eau douce. Omnivore, elle chasse têtards, larves d'insectes et amphibiens, consomme des plantes aquatiques et nettoie les cadavres de poissons. Elle vit plusieurs dizaines d'années, ce qui est une mauvaise nouvelle autant qu'une bonne : les adultes survivent longtemps, mais une population qui cesse de renouveler ses jeunes peut paraître en bonne santé pendant vingt ans avant de s'éteindre.
Ce qui pèse aujourd'hui sur l'émyde, c'est l'assèchement estival des ruisseaux, le bétonnage des berges et la concurrence des tortues de Floride relâchées par d'anciens propriétaires. La collecte directe, elle, est devenue marginale. Une tortue exotique lâchée dans un ruisseau catalan occupe les mêmes places au soleil, mange la même chose, et transmet parfois des pathogènes. Si vous ne pouvez plus garder une tortue aquatique, un centre de reprise ou une association la reprendra : le relâcher dans la nature est interdit et, pour les espèces locales, dangereux.
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