Maltraitance animale : Que cache le retrait du Refuge cheval nature en Aquitaine?

Les indispensables pour la santé de votre cheval : tout ce que vous devez savoir sur les soins à lui apporter
Sommaire5 sections
  1. 01Le chiffre qui a tout déclenché
  2. 02Février 2024 : le refuge ferme ses entrées
  3. 03Dix chevaux, et des profils que personne ne veut
  4. 04Les cas qui ont fait basculer une éducatrice équine vers le sauvetage
  5. 05Un festival le 1er juin 2024, puis la page qui se tourne

Un millier de chevaux sur liste d'attente, dix appels par jour et 15 000 euros de déficit annuel : le Refuge cheval nature en Aquitaine a annoncé au printemps 2024 la dissolution de son association au 1er juillet. Le dossier dit surtout ce qui casse un refuge équin.

Le chiffre qui a tout déclenché

Chevaux au pré dans un refuge équin du Sud-Ouest, clôture et abri en arrière-plan

« J'ai pas loin de 1 000 chevaux sur liste d'attente. Je reçois une dizaine de coups de fil ou de mails par jour depuis la fin du Covid », expliquait Amandine Sopetti, qui dirigeait le refuge. Le nombre n'est pas une figure de style : chaque ligne de cette liste est un cheval dont quelqu'un veut se séparer, faute de place, faute d'argent ou faute d'envie. Pour dix box et quelques hectares de pré, la disproportion est écrasante.

L'après-Covid a joué deux fois contre les refuges. Des chevaux et des poneys ont été achetés en 2020 et 2021 par des familles qui découvraient la campagne, puis revendus ou abandonnés quand le télétravail s'est réduit. Sur la même période, le prix du foin, de la paille et des aliments concentrés a grimpé, et la facture du maréchal-ferrant avec.

Février 2024 : le refuge ferme ses entrées

Amandine Sopetti a cessé d'accepter de nouveaux animaux dès février 2024. Décision rare dans ce milieu, où l'on a plutôt tendance à dire oui une fois de trop. Elle invoquait l'épuisement et le manque de ressources, une combinaison qui revient dans presque tous les refuges équins qui ferment : la structure tient sur une ou deux personnes, sans salariés, et personne ne prend le relais quand elles tombent.

La dissolution de l'association était fixée au 1er juillet 2024, sur la base d'un déficit annuel de 15 000 euros. Ce montant peut sembler modeste pour qui pense en budget d'entreprise. Rapporté à une association qui vit de dons et de quelques adhésions, il représente un trou impossible à combler deux années de suite. « Je ne voudrais pas être obligée de tout vendre ou de voir mes propres chevaux saisis pour combler la dette du refuge », disait-elle alors.

Dix chevaux, et des profils que personne ne veut

Les écuries du Domaine de Ribalet abritaient encore dix chevaux au moment de l'annonce. Certains étaient âgés, d'autres difficiles à manipuler après des années de mauvais traitement. Ces profils-là ne trouvent pas preneur : un cheval de vingt-deux ans qui ne peut plus être monté représente dix à quinze ans de frais d'entretien pour zéro utilisation. Le refuge cherchait donc des adoptions avec maintien en pension sur place, formule qui évite au cheval un nouveau déménagement et laisse l'adoptant payer la pension sans reprendre l'animal chez lui.

Les cas qui ont fait basculer une éducatrice équine vers le sauvetage

Amandine Sopetti n'avait pas prévu de gérer un refuge. Éducatrice équine et naturopathe, elle a créé la structure après avoir croisé des situations qu'elle ne pouvait pas laisser passer :

  • des chevaux laissés seuls dans des champs sans point d'eau ni abri, parfois oubliés pendant des semaines ;
  • des poneys offerts à des enfants pour un anniversaire, puis délaissés dès que l'enfant a changé de passion ;
  • deux poneys retrouvés vivant dans un garage, à Agen.

Sur le plan juridique, ces situations ne relèvent pas du simple manque de moyens. La loi du 30 novembre 2021 a porté à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende les sanctions pour abandon d'un animal domestique. Les équidés sont par ailleurs tous identifiés par transpondeur et enregistrés au fichier SIRE de l'IFCE depuis 2008, ce qui permet en théorie de remonter à un propriétaire. En pratique, les changements de détenteur non déclarés rendent la traçabilité approximative.

Un festival le 1er juin 2024, puis la page qui se tourne

Un dernier événement solidaire était prévu au Domaine de Ribalet le samedi 1er juin 2024 : jeux, spectacles et un concert du groupe URock, formation hommage à U2. Les bénéfices devaient être reversés à l'association. Une soirée de ce type rapporte quelques milliers d'euros au mieux, de quoi solder des factures en cours, pas de quoi relancer une activité.

Après la dissolution, Amandine Sopetti annonçait vouloir se recentrer sur son métier et ouvrir une clinique pour chevaux, absente de son département. « Aujourd'hui, je veux continuer à aider les gens qui ne veulent pas abandonner et non plus les gens qui abandonnent », résumait-elle. La phrase mérite d'être prise au sérieux : accompagner un propriétaire en difficulté avant qu'il ne lâche coûte infiniment moins cher que récupérer l'animal trois ans plus tard.

Pour toute information supplémentaire, il est possible de contacter l'association par mail à refugechevalnature@gmail.com.

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