Découvrez le tarsier, ce curieux animal capable de voir dans l'obscurité

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Sommaire5 sections
  1. 01Un œil plus gros que le cerveau, et ce que ça impose
  2. 02Voir la nuit sans le miroir des autres nocturnes
  3. 03Le seul primate entièrement carnivore
  4. 04Un modèle vieux de 45 millions d'années
  5. 05Ce qui menace vraiment l'espèce

Chez le tarsier, chaque globe oculaire pèse plus lourd que son cerveau. C'est la seule donnée à retenir pour comprendre tout le reste de l'animal : son cou qui pivote à près de 180 degrés, son régime strictement carnivore, ses bonds de plusieurs mètres dans le noir, et son incapacité à survivre en captivité.

Un œil plus gros que le cerveau, et ce que ça impose

Tarsier agrippé à une branche, yeux ronds grands ouverts dans la pénombre

Un tarsier adulte mesure 9 à 16 cm de corps et pèse entre 80 et 160 grammes, soit le poids d'une pomme. Ses yeux, eux, font environ 16 mm de diamètre, la taille de ceux d'un orang-outan de 70 kilos. Proportionnellement à la masse corporelle, ce sont les plus gros yeux de tous les mammifères connus.

Un organe de cette taille dans un crâne de cette taille a un prix. L'orbite est si remplie que le globe ne peut plus bouger : le tarsier ne roule pas des yeux, il n'en est pas capable. Pour balayer son environnement, il tourne la tête, et sa nuque a évolué en conséquence, avec une rotation d'environ 180 degrés de chaque côté qui lui permet de regarder derrière lui sans déplacer les pattes. Un chasseur à l'affût qui ne bouge pas reste invisible.

Voir la nuit sans le miroir des autres nocturnes

La plupart des animaux nocturnes, du chat au lémurien, possèdent un tapetum lucidum : une couche réfléchissante derrière la rétine qui renvoie la lumière sur les photorécepteurs et fait briller les yeux dans un faisceau de lampe. Le tarsier n'en a pas. Ses ancêtres l'ont perdu au cours d'une phase diurne, et le groupe est ensuite revenu à la vie nocturne sans le récupérer.

La solution de rechange a été purement mécanique : agrandir l'œil jusqu'à capter assez de photons pour se passer du miroir. La rétine est dominée par les bâtonnets, les cellules du noir et blanc et du mouvement. Le tarsier conserve aussi une fovéa, cette petite dépression rétinienne où l'acuité est maximale, ce qui est inattendu chez un nocturne et le rapproche des singes et de nous.

Le seul primate entièrement carnivore

Aucun fruit, aucune feuille, aucune graine. Le tarsier mange des insectes, surtout des sauterelles, des grillons et des coléoptères, et il complète avec des lézards, des chauves-souris, de petits oiseaux et parfois des serpents venimeux. Sur les quelque 500 espèces de primates, c'est le seul groupe dont le régime est intégralement animal.

La chasse se fait à l'affût, agrippé verticalement à un tronc fin, les grandes oreilles mobiles orientées vers le moindre bruissement. Le repérage est autant auditif que visuel. Puis vient le bond, la prise à deux mains, et la consommation tête la première. Un tarsier ingère jusqu'à 10 pour cent de son poids par nuit.

Un modèle vieux de 45 millions d'années

Les fossiles de tarsiiformes remontent à l'Éocène, il y a 45 à 55 millions d'années, et ressemblent déjà beaucoup aux espèces actuelles. Le plan d'ensemble, petit corps, yeux énormes, pattes arrière à ressort, chasse nocturne, a été fixé peu après l'extinction des dinosaures non aviens et n'a pratiquement pas bougé depuis. Les tarsiers vivants occupent aujourd'hui les Philippines, Sulawesi, Bornéo et Sumatra, avec une douzaine d'espèces reconnues selon les classifications.

Ce qui menace vraiment l'espèce

Plusieurs espèces sont classées vulnérables ou en danger par l'UICN. La cause principale reste la disparition de la forêt primaire au profit des plantations, notamment de palmiers à huile, sur des îles où les surfaces boisées se réduisent d'année en année. La capture pour le tourisme et le commerce d'animaux de compagnie ajoute une pression sur des populations déjà morcelées.

Ces primates ne se reproduisent pas vite : une seule portée d'un petit par an, après six mois de gestation, ce qui est considérable pour un animal de ce gabarit. Un petit naît les yeux ouverts et déjà capable de s'agripper, mais une population qui s'effondre met des décennies à remonter. C'est ce rythme lent, plus que le braconnage, qui rend chaque hectare de forêt perdu difficile à rattraper.

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