Des animaux malades, frappés, entassés… Le responsable d'un refuge animalier condamné à 12 mois de prison avec sursis : La justice enfin rendue pour ces animaux martyrs ?
Sommaire5 sections
Le 17 juin 2024, le responsable du refuge « Arche de Noël », à Béziers, a été condamné à douze mois de prison avec sursis pour maltraitance animale. La peine tient en une ligne, mais ce sont les deux mesures qui l'accompagnent, l'interdiction définitive de détenir des animaux et la fermeture du refuge, qui changent quelque chose sur le terrain.
Un refuge tenu depuis 1982, contrôlé trop tard
Noël Azzopardi tenait sa structure biterroise depuis 1982. Quarante ans d'activité, une réputation locale de sauveur d'animaux, et des signalements qui remontaient depuis longtemps sans jamais aboutir. L'enquête décisive a été lancée le 20 avril 2022 par l'association Stéphane Lamart, sur la base de témoignages de bénévoles passés par le refuge. Il aura fallu dix-neuf mois de plus pour qu'une saisie ait lieu.
Ce décalage est le vrai sujet de cette affaire. Un refuge associatif n'est pas une structure sans règles : il relève d'une déclaration en préfecture, d'obligations sanitaires et de contrôles possibles des services vétérinaires départementaux. Sur le papier, le dispositif existe. Dans les faits, il a fallu une association nationale, des bénévoles décidés à parler et deux ans de procédure pour que 86 chiens sortent de là.
Des conditions décrites comme indignes
Les témoignages de bénévoles et les constats vétérinaires versés au dossier décrivent des animaux entassés dans des box trop petits, souvent dans l'obscurité, avec un accès à l'eau et à la nourriture insuffisant. Plusieurs étaient malades et non soignés. Des ventes de chiots ont également été évoquées, ce que le prévenu a contesté en affirmant n'avoir jamais touché personnellement d'argent, les sommes revenant selon lui à l'association. Le tribunal ne l'a pas suivi.
Le manque de soins vétérinaires est, dans ce type de dossier, l'élément le plus lourd. Un animal qui n'a pas été vu par un vétérinaire alors que son état l'exigeait constitue en droit un défaut de soins caractérisé, même sans coup porté.
Douze mois avec sursis, ce que ça veut dire concrètement
Une peine de prison avec sursis simple n'envoie personne derrière les barreaux. Elle s'exécute uniquement si la personne condamnée commet une nouvelle infraction pendant le délai d'épreuve. Dit autrement : le jour du jugement, l'intéressé est reparti libre. Beaucoup de lecteurs y voient une peine légère, et ce n'est pas un ressenti absurde.
Deux autres mesures pèsent davantage. L'interdiction définitive d'exercer une activité en lien avec les animaux, et la fermeture du refuge. C'est ce couple qui empêche la réouverture d'une structure identique sous un autre nom trois rues plus loin, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit dans ces dossiers. S'y ajoutent, selon le jugement rendu, 10 000 euros d'amende visant l'association et 400 euros à titre personnel.
Ce que voit un donateur, ce qu'il ne voit pas
Une affaire comme celle-ci laisse une trace désagréable chez les gens qui donnent, adoptent ou déposent un animal dans un refuge. Elle ne doit pas jeter la suspicion sur l'ensemble des associations, dont l'immense majorité tourne avec des bénévoles épuisés et des comptes serrés. Quelques vérifications simples existent avant de confier un animal ou de l'argent à une structure.
- Demander à visiter les locaux, y compris les box, et pas seulement l'accueil. Un refus sec est un signal.
- Regarder si la structure publie ses comptes annuels et le nombre d'animaux entrés et sortis dans l'année.
- Vérifier que chaque animal proposé à l'adoption est identifié et à jour de ses vaccins, avec un certificat vétérinaire.
- Se méfier d'un refuge qui accepte tout, tout le temps : une structure sérieuse refuse des animaux quand elle est pleine.
Après le jugement
Les animaux saisis en novembre 2023 ont été confiés à d'autres structures dans l'attente de la décision. Pour eux, l'affaire s'est jouée à ce moment-là, pas au tribunal. C'est la limite de ces procédures : le temps judiciaire se compte en années, la survie d'un chien mal nourri en semaines. Renforcer les contrôles de routine des refuges ferait plus, pour les suivants, que d'alourdir une peine prononcée deux ans après les faits.
Résumer cet article avec :
Partager :
