La croyance populaire selon laquelle les chats ont neuf vies est-elle fondée scientifiquement ?

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Sommaire4 sections
  1. 01Sept, neuf, six : le nombre dépend de la langue que vous parlez
  2. 02Ce que le chat sait vraiment faire en tombant
  3. 03Le biais que cette étude ne corrige pas
  4. 04Pourquoi la légende tient toujours

En Espagne et en Italie, le chat n'a que sept vies. Neuf, c'est le compte anglophone. Un chiffre qui change de frontière en frontière n'a jamais été mesuré par personne : c'est un proverbe, pas un résultat.

Sept, neuf, six : le nombre dépend de la langue que vous parlez

Chat roux en équilibre sur un rebord, patte avant levée

La version française et anglaise dit neuf. L'espagnol dit siete vidas, l'italien sette vite, l'allemand sieben Leben, l'arabe sept également. Le turc, lui, revient à neuf. Si le nombre était une propriété du chat, il ne bougerait pas d'une langue à l'autre. Il bouge, donc il appartient au folklore.

La formule est attestée très tôt en anglais. On la trouve dans le recueil de proverbes de John Heywood, publié en 1546, et Shakespeare la reprend dans Roméo et Juliette : Mercutio lance à Tybalt qu'il ne veut qu'une de ses neuf vies. À cette date, l'expression était donc déjà assez usée pour servir de blague dans une pièce de théâtre.

On rattache souvent l'affaire à l'Égypte antique, où le chat était effectivement un animal protégé et associé à la déesse Bastet. Le lien avec le nombre neuf, en revanche, est une reconstruction tardive, appuyée sur l'Ennéade d'Héliopolis, ce groupe de neuf divinités dont le nom lui-même est grec et non égyptien. Aucun texte égyptien connu ne parle des neuf vies du chat. C'est une belle histoire, mais elle n'a pas de source.

Du côté celtique, le Cat Sìth des Highlands est un grand chat noir à la tache blanche sur le poitrail, associé aux veillées funèbres et non à un compteur de vies. La variante des « neuf transformations » vient d'une autre croyance écossaise, celle des sorcières qui pouvaient prendre neuf fois la forme d'un chat. Deux légendes distinctes que les textes de vulgarisation mélangent volontiers. Le mandragot médiéval, lui, sert neuf maîtres avant d'emporter le dernier : là encore, le chiffre est symbolique, pas biologique.

Ce que le chat sait vraiment faire en tombant

Le réflexe de redressement est réel, documenté et filmé depuis les chronophotographies d'Étienne-Jules Marey en 1894. Un chat qui bascule dans le vide pivote d'abord la tête, puis les épaules, puis le train arrière, en jouant sur la torsion de sa colonne et sur l'inertie de sa queue. Ce réflexe apparaît vers trois semaines chez le chaton et devient fiable autour de six à sept semaines.

Deux particularités anatomiques aident. La clavicule du chat est réduite et n'est pas attachée au sternum, ce qui laisse les épaules absorber le choc au lieu de le transmettre. Et le rapport entre sa surface corporelle et son poids est favorable : sa vitesse limite de chute tourne autour de 95 à 100 km/h, contre environ 190 km/h pour un corps humain en position ramassée. Il atteint cette vitesse assez vite, en gros après quatre à cinq étages, et cesse ensuite d'accélérer.

C'est de là que vient le chiffre des 21 mètres qui circule partout, souvent recopié de travers. Une fois la vitesse limite atteinte, le chat se détend, écarte les pattes et étale sa surface, un peu comme un parachutiste en position à plat. L'impact se répartit mieux. D'où ce constat contre-intuitif rapporté par l'Animal Medical Center de New York dans une étude de 1987 portant sur 132 chats tombés d'immeubles : les animaux tombés du septième étage ou plus haut présentaient en moyenne moins de fractures que ceux tombés du deuxième au sixième. Un chat de cette série avait chuté de 32 étages et s'en était sorti avec un pneumothorax et une dent cassée.

Le biais que cette étude ne corrige pas

Sur ce point, il faut être franc : l'étude de 1987 ne compte que les chats qu'on a apportés à la clinique. Les animaux morts sur le trottoir, ramassés à la pelle par un gardien d'immeuble, ne figurent nulle part dans les statistiques. C'est un biais de survie classique, et les auteurs eux-mêmes l'ont signalé. Le « syndrome du gratte-ciel » n'est pas une preuve d'invulnérabilité, c'est la photographie de ceux qui ont eu de la chance.

Le reste de la biologie féline ne plaide pas pour l'immortalité. Un chat cache sa douleur parce que chez ses ancêtres, montrer une faiblesse attirait les ennuis. Il boite peu, il continue de manger, il ronronne même. Un abcès, une insuffisance rénale ou une fracture du bassin passent donc longtemps inaperçus. Ce n'est pas de la résistance, c'est de la discrétion, et elle joue contre lui.

Les chutes depuis un balcon ou une fenêtre oscillo-battante sont une cause d'urgence saisonnière parfaitement identifiée, avec un pic aux premiers beaux jours, quand on ouvre en grand. La fenêtre entrouverte en position oscillante est le pire cas de figure : le chat s'y engage par le haut, glisse, et reste coincé par le bassin ou l'abdomen dans le V du cadre. Les filets de protection et les grilles pour fenêtres oscillo-battantes coûtent quelques dizaines d'euros et règlent le problème définitivement.

Pourquoi la légende tient toujours

Parce qu'elle est confirmée par tout ce qu'on voit à la maison. Le chat qui saute du haut d'une armoire et atterrit sans bruit, celui qui disparaît trois jours et rentre affamé mais entier, celui qui traverse une rue à la seconde près. Chaque épisode nourrit le récit, et les épisodes qui finissent mal ne se racontent pas.

Il y a aussi le fait qu'un chat récupère vite d'une plaie cutanée, ce qui frappe les propriétaires. Sa peau est fine, mobile et bien vascularisée, et une griffure se referme en quelques jours. Le raccourci est facile : il cicatrise bien, donc il est solide. En pratique, l'espérance de vie d'un chat d'intérieur tourne autour de 15 ans, contre nettement moins pour un chat qui vit dehors sans surveillance. Le chiffre utile est celui-là, pas le neuf.

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