Le colibri à gorge rubis : un expert du voyage malgré sa petite taille

Les colibris sont les seuls oiseaux capables de voler en arrière et sur les côtés ? Cette capacité de voler en arrière est due à leur incroyable agilité et à la structure de leurs ailes, qui leur permet de générer de la portance dans les deux sens.
Sommaire4 sections
  1. 01Un réservoir qu'il faut doubler avant de partir
  2. 02Le nectar est le carburant, les insectes sont la matière première
  3. 03Chacun pour soi
  4. 04L'abreuvoir de jardin ne retient personne

Trois grammes de plumes, soit le poids d'une pièce de vingt centimes, et huit cents kilomètres d'eau sans une branche où se poser : la traversée du golfe du Mexique par le colibri à gorge rubis est d'abord un problème de carburant.

Un réservoir qu'il faut doubler avant de partir

Colibri à gorge rubis en vol stationnaire devant une fleur rouge

Archilochus colubris mesure neuf centimètres bec compris et pèse entre 2,5 et 3,5 grammes en temps normal. Son cœur bat plus de mille fois par minute en vol, ses ailes battent une cinquantaine de fois par seconde. Un moteur pareil consomme sans arrêt, et c'est bien là le problème quand il n'y a plus rien à manger dessous.

La réponse tient dans une phase d'engraissement qui dure une à deux semaines à la fin de l'été. L'oiseau visite les fleurs du matin au soir, capture des moucherons, et passe de trois grammes à cinq ou six. Il a presque doublé sa masse. Cette graisse est son unique réserve pour le vol au-dessus du golfe : il arrive sur la côte du Yucatan ou du Honduras dans l'état où il était parti, c'est-à-dire maigre.

Le nectar est le carburant, les insectes sont la matière première

On présente souvent le colibri comme un buveur de fleurs. C'est la moitié du tableau. Le nectar apporte du sucre, donc de l'énergie immédiate, mais pas une trace de protéine. Tout l'azote dont l'oiseau a besoin pour ses muscles, ses plumes et ses œufs vient des petits insectes et des araignées qu'il attrape au vol ou prélève dans les toiles. Une femelle en période de nidification passe une bonne partie de sa journée à chasser, pas à butiner.

Ce régime mixte explique le calendrier. Les fleurs à nectar et les moucherons disparaissent ensemble quand les nuits fraîchissent dans le nord-est de l'Amérique. Ce n'est pas le thermomètre qui chasse l'oiseau : un colibri à gorge rubis encaisse très bien une nuit à zéro degré, en entrant en torpeur, un état où sa température corporelle chute et son métabolisme tombe à une fraction de sa valeur diurne. Ce qui le pousse au sud, c'est la disparition de sa nourriture.

Chacun pour soi

Colibri à gorge rubis posé sur une fine branche, gorge rouge visible

Pas de formation en V, pas de groupe, pas de guide expérimenté. Le colibri à gorge rubis migre seul, y compris pour son premier voyage, sans avoir jamais suivi un adulte. Les mâles quittent les sites de reproduction les premiers, dès la mi-juillet dans les États du Sud, les femelles et les jeunes de l'année suivent, avec un gros du passage entre la fin août et la mi-septembre.

La fidélité au site est réelle et elle surprend les jardiniers : beaucoup voient revenir un oiseau à quelques jours près, année après année, sur le même massif. Certains suivent la côte du Texas plutôt que de couper au-dessus du golfe, et les marins signalent régulièrement des colibris qui se posent quelques minutes sur une plateforme pétrolière ou un bateau.

L'abreuvoir de jardin ne retient personne

Une croyance tenace veut qu'il faille retirer les mangeoires à nectar début septembre, sous peine d'empêcher les colibris de partir. C'est faux, et ça circule depuis des décennies. Le déclenchement de la migration dépend de la longueur du jour et de l'état hormonal de l'oiseau, pas du garde-manger. Laisser un abreuvoir en place deux semaines de plus rend au contraire service aux retardataires et aux jeunes qui doivent encore engraisser.

Un dernier point, souvent source de déception : il n'y a pas de colibri en Europe. L'espèce niche de la Floride au sud du Canada, et l'oiseau que vous croyez avoir vu dans un jardin français devant une lavande est presque toujours un sphinx colibri, un papillon de nuit diurne qui imite fort bien le vol stationnaire.

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