Le guide complet de la rage

Sommaire5 sections
  1. 01Un virus qui remonte les nerfs
  2. 02Une incubation longue, pas courte
  3. 03Ce que l'on voit chez un animal atteint
  4. 04Chauves-souris : le réservoir français
  5. 05Adopter ailleurs, ce que cela engage

La France est indemne de rage des carnivores terrestres depuis 2001. Le risque n'a pas disparu pour autant : il tient aujourd'hui à deux portes d'entrée, les chiots importés illégalement et les chauves-souris.

La rage reste la maladie infectieuse la plus meurtrière de la planète une fois les symptômes déclarés : le taux de létalité est proche de 100 %. L'Organisation mondiale de la santé l'estime responsable d'environ 59 000 décès humains par an, dont la quasi-totalité en Asie et en Afrique, et le chien est à l'origine de près de 99 % de ces cas. Ce sont ces chiffres, et non le folklore du loup enragé, qui justifient de connaître le sujet même dans un pays où la maladie ne circule plus.

Un virus qui remonte les nerfs

La rage est provoquée par un virus du genre Lyssavirus. Il se transmet par la salive d'un animal infecté, le plus souvent par morsure, plus rarement par griffure ou par contact de salive avec une muqueuse ou une plaie ouverte. La transmission par caresse d'un pelage, par contact avec du sang ou des urines, n'est pas documentée.

Une fois inoculé, le virus ne passe pas par le sang : il remonte les nerfs jusqu'au cerveau, à raison de quelques millimètres à quelques centimètres par jour. D'où l'absence totale de signes pendant des semaines, et le fait qu'une morsure au visage soit bien plus dangereuse qu'une morsure au mollet.

Une incubation longue, pas courte

On lit parfois que la rage a une incubation brève. C'est l'inverse, et la confusion est dangereuse parce qu'elle laisse croire qu'un animal en bonne santé quinze jours après une morsure est forcément sain. Chez l'humain, le délai habituel entre la contamination et les premiers symptômes se situe entre deux et trois mois, avec des extrêmes documentés allant d'une semaine à plus d'un an selon le site de la morsure et la quantité de virus inoculée.

Chez le chien et le chat, les signes apparaissent le plus souvent entre deux semaines et trois mois après la contamination, avec là aussi des cas plus tardifs. C'est cette variabilité qui fonde la réglementation française du chien mordeur : tout animal ayant mordu doit être présenté à un vétérinaire pour trois visites de surveillance sanitaire étalées sur quinze jours, qu'il soit vacciné ou non. S'il est toujours vivant et normal au quinzième jour, il n'excrétait pas de virus au moment de la morsure.

Ce que l'on voit chez un animal atteint

L'image populaire du chien écumant qui charge tout ce qui bouge ne correspond qu'à une partie des cas. La forme dite furieuse existe : agitation, agressivité inhabituelle, morsures sur des objets, hurlements, errance. Mais la forme paralytique, plus fréquente chez les bovins et loin d'être rare chez le chien, se manifeste par l'inverse : abattement, paralysie qui gagne l'arrière-train, mâchoire pendante, salivation abondante parce que l'animal ne peut plus déglutir.

Le point commun aux deux formes est le changement de comportement. Un animal sauvage qui perd sa méfiance, une chauve-souris trouvée au sol en plein jour, un chat d'ordinaire craintif devenu collant puis irritable : c'est cela qui doit alerter, bien plus que la mousse à la bouche. Le modificateur de voix est également décrit, avec un aboiement qui change de timbre.

Une précision qui compte : chez l'animal, le diagnostic de certitude se fait après la mort, par analyse du tissu cérébral dans un laboratoire agréé. Aucun test fiable ne permet de conclure sur un animal vivant. C'est pourquoi la procédure applicable à un animal suspect est l'euthanasie et l'analyse, et non un traitement d'essai.

Chauves-souris : le réservoir français

Des lyssavirus apparentés au virus rabique circulent chez les chauves-souris européennes, et quelques cas sont détectés chaque année en France, principalement chez des sérotines. Ces animaux ne cherchent pas le contact et la contamination suppose une morsure. La règle tient en une ligne : on ne ramasse jamais une chauve-souris à mains nues. Pour un individu blessé, gants épais et appel à un centre de sauvegarde de la faune sauvage.

Adopter ailleurs, ce que cela engage

Les cas de rage détectés en France ces vingt dernières années concernent presque tous des chiens introduits illégalement depuis l'Afrique du Nord ou l'Europe de l'Est, ou des personnes contaminées à l'étranger. Ramener un chiot trouvé sur une plage étrangère déclenche, si l'animal se révèle suspect, une enquête sanitaire sur tout son entourage, l'euthanasie des animaux contacts non vaccinés et des traitements post-exposition pour les humains concernés.

Si vous adoptez à l'étranger, passez par une association qui respecte le protocole : identification, vaccination, délai de 21 jours, titrage sérique quand le pays de départ l'exige, passeport européen conforme. C'est plus long et cela coûte davantage. C'est aussi la seule version de l'histoire qui ne se termine pas devant les services vétérinaires.

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