Les raisons pour lesquelles il est important de vermifuger vos chevaux au printemps
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La vermifugation de printemps n'est plus un rendez-vous automatique de calendrier : chez un cheval adulte en bonne santé, c'est la coproscopie qui décide s'il faut traiter, et dans un troupeau, environ 20 % des chevaux hébergent 80 % des vers. Voici comment repérer ces porteurs et quoi faire de la sortie au pré.

Pendant vingt ans, on a vermifugé tout le monde, quatre fois par an, sans se poser de question. Le résultat est là : les petits strongles résistent aujourd'hui largement aux benzimidazoles et au pyrantel dans une bonne partie des élevages européens, et la durée d'efficacité des lactones macrocycliques se raccourcit. Traiter un cheval qui n'en a pas besoin ne lui apporte rien et abîme la molécule pour tous les autres. La sortie au pré reste pourtant un moment à surveiller de près, parce que c'est là que la contamination de l'année se joue.
Ce qui se passe vraiment dans le pré au mois de mars
Les larves de petits strongles ont passé l'hiver dans les crottins et à la base de l'herbe. Certaines ont aussi passé l'hiver à l'intérieur du cheval, enkystées dans la paroi du gros intestin, en sommeil. Quand la température du sol remonte au-dessus de 10 degrés et que l'herbe repart, deux choses se produisent en même temps : les larves du sol redeviennent mobiles et grimpent sur les jeunes pousses, et les larves enkystées commencent à se réveiller à l'intérieur de l'animal.
C'est cette deuxième population qui pose problème. Une sortie massive et simultanée de larves enkystées, la cyathostominose larvaire, provoque une diarrhée profuse, un amaigrissement rapide et des oedèmes ; elle touche surtout les jeunes chevaux et les chevaux de moins de cinq ans. C'est rare, mais le pronostic est sombre. Un cheval qui maigrit et se vide au sortir de l'hiver ne relève pas du bricolage : il relève du vétérinaire, tout de suite.
Les parasites qui comptent au printemps
Une cinquantaine d'espèces peuvent en théorie infester un cheval. En pratique, quatre familles suffisent à couvrir presque tous les cas.
- Petits strongles (cyathostomes) : de loin les plus fréquents, présents chez la quasi totalité des chevaux au pré, responsables de diarrhées, de coliques et d'amaigrissement.
- Grands strongles (Strongylus vulgaris) : devenus rares grâce aux traitements, mais leurs larves migrent dans les artères mésentériques et peuvent tuer.
- Ascaris (Parascaris equorum) : problème de poulain et de jeune cheval, pratiquement jamais d'adulte. Un ver de 30 centimètres qui peut obstruer l'intestin grêle.
- Oxyures : la femelle pond autour de l'anus. Le signe est visuel, pas microscopique : le cheval se frotte la queue jusqu'à la peler.
Le ténia et les larves de gastérophile existent aussi, mais ce sont des sujets d'arrière saison, pas de printemps. Les mélanger dans un même traitement de mars n'a pas de sens.
Les limites de la coproscopie, qu'on oublie souvent de dire
Le comptage d'oeufs ne voit que les vers adultes qui pondent. Il ne voit pas les larves enkystées dans la paroi intestinale, il ne voit pas les larves de grands strongles en migration, et il détecte mal le ténia, dont les segments sont émis par à coups. Une coproscopie négative signifie donc « pas besoin de traiter aujourd'hui contre les strongles adultes », pas « ce cheval n'a aucun parasite ». C'est une nuance qui compte, et c'est pour cela que la décision se prend avec un vétérinaire plutôt qu'avec un tableau trouvé sur internet.
Qui reste traité sans discussion
La vermifugation raisonnée ne s'applique pas à tout le monde. Restent au protocole systématique :
- Les poulains, dès l'âge de 2 mois environ, avec plusieurs traitements sur la première année, ciblés d'abord sur les ascaris.
- Les chevaux de moins de 3 ans, dont l'immunité vis à vis des strongles n'est pas encore installée.
- Tout cheval nouvellement arrivé, qu'on traite et qu'on garde à l'écart du pâturage pendant 48 à 72 heures avant de l'intégrer au groupe.
- Les chevaux âgés, ceux qui maigrissent, ceux qui sortent d'une maladie.
Le pré fait la moitié du travail
Le ramassage des crottins reste la mesure la plus efficace, et la moins chère. Deux passages par semaine sur les parcelles pâturées enlèvent les oeufs avant qu'ils n'aient le temps d'éclore et de donner des larves infestantes. À l'inverse, le hersage par temps sec et chaud étale les crottins et tue une partie des larves, mais le même hersage par temps doux et humide ne fait que répandre la contamination sur toute la parcelle. Le reste tient à la conduite : ne pas surcharger, alterner les parcelles, faire pâturer bovins ou ovins derrière les chevaux, qui avalent les larves de strongles équins sans se laisser parasiter.
Ce qui doit vous alerter
Pas de panique face à un poil terne isolé en sortie d'hiver, c'est souvent une histoire de mue et d'alimentation. En revanche, plusieurs signes méritent un appel :
- Diarrhée qui dure plus de deux jours, surtout chez un cheval de moins de cinq ans.
- Amaigrissement rapide malgré une ration inchangée.
- Oedème sous le ventre ou aux membres.
- Coliques répétées, même légères.
- Queue frottée jusqu'à l'usure des crins.
Aucun de ces signes ne suffit à poser un diagnostic, et aucun ne se traite en piochant un tube dans l'armoire. Le bon réflexe au printemps tient en trois lignes : un prélèvement de crottins, un appel au vétérinaire, un ramassage régulier dans le pré. Le tube vient après, s'il doit venir.
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