10 requins présents en France, les connaissez-vous ?

10 requins présents en France, les connaissez-vous ?
Sommaire3 sections
  1. 01Les quatre espèces vraiment communes en métropole
  2. 02Les visiteurs occasionnels du large
  3. 03Les espèces des eaux françaises tropicales

Sur les dix requins que l'on présente comme français, quatre seulement se croisent réellement en Manche, en Atlantique ou en Méditerranée. Les autres vivent dans les eaux d'outre-mer, à 7 000 kilomètres de Brest, et cette nuance change tout au moment de savoir ce que l'on risque de rencontrer.

La France possède le deuxième domaine maritime du monde, environ 10,2 millions de kilomètres carrés répartis sur trois océans. Parler des requins de France sans préciser de quelle France on parle revient à mélanger un poisson de 60 centimètres pêché au chalut en baie de Seine et un prédateur de récif corallien polynésien. Voici le tri, espèce par espèce.

Les quatre espèces vraiment communes en métropole

La petite et la grande roussette

Scyliorhinus canicula et Scyliorhinus stellaris sont de loin les requins les plus fréquents de nos côtes. La petite roussette plafonne autour de 60 à 80 centimètres pour un kilo, la grande atteint 1,1 mètre et 2,5 kilos. Peau couverte de petites taches sombres, corps souple, activité surtout nocturne, vie passée près du fond sur sable ou gravier.

  • Taille : 60 à 80 cm pour la petite, jusqu'à 1,1 m pour la grande
  • Longévité : une douzaine d'années pour la petite, jusqu'à 25 ans pour la grande
  • Reproduction : ovipare, avec des capsules cornées que l'on ramasse sur les plages
  • Risque : nul

Les fameuses bourses de sirène échouées sur l'estran, ces capsules translucides munies de vrilles aux quatre coins, sont des œufs de roussette. Elles restent accrochées aux algues cinq à onze mois selon la température de l'eau. La petite roussette est vendue en poissonnerie sous le nom de saumonette, généralement déjà dépouillée : sa peau est si râpeuse qu'on l'a longtemps utilisée comme papier de verre.

Les émissoles

Mustelus mustelus et Mustelus asterias fréquentent les fonds sableux peu profonds, souvent en petits groupes. Corps allongé, jusqu'à 1,2 mètre, une dizaine de kilos. Leur denture ne comporte aucune pointe tranchante : ce sont des plaques aplaties en pavage, faites pour écraser des crabes et des crevettes. Une émissole ne peut pas entamer la peau humaine.

Le requin-pèlerin

Cetorhinus maximus est le deuxième plus grand poisson du monde après le requin-baleine : jusqu'à 12 mètres et plusieurs tonnes. Il passe l'essentiel de son temps à nager lentement en surface, gueule grande ouverte, à filtrer le plancton. Il ne mord rien.

  • Taille : jusqu'à 12 m
  • Gestation : estimée autour de 3 ans, une des plus longues connues
  • Longévité : environ 50 ans
  • Statut : espèce protégée en France, classée en danger par l'UICN

On l'observe surtout entre avril et juillet au large de la Bretagne, notamment autour d'Ouessant, de Sein et des Glénan, quand les efflorescences de plancton remontent. L'Association pour l'étude et la conservation des sélaciens collecte les signalements de plongeurs et de plaisanciers, faute d'un suivi systématique. Sa nageoire dorsale molle qui fend la surface déclenche chaque été des rumeurs de grand blanc sur la côte.

Les visiteurs occasionnels du large

Le requin-renard

Alopias vulpinus atteint 4 mètres, dont près de la moitié pour la seule nageoire caudale. Il s'en sert comme d'un fouet, en fonçant dans un banc de sardines et en claquant le lobe supérieur devant lui pour assommer plusieurs poissons d'un coup. Des séquences filmées aux Philippines ont confirmé le comportement en 2013. Présent en Méditerranée et en Atlantique, il reste rare et n'a jamais été impliqué dans une morsure sur l'homme.

Le requin mako

Isurus oxyrinchus est le plus rapide des requins, avec des pointes mesurées au-delà de 70 kilomètres par heure. Jusqu'à 4 mètres, 500 kilos, environ 32 ans d'espérance de vie. Il est endotherme partiel, comme le grand blanc, ce qui lui donne la puissance musculaire nécessaire à ces accélérations. Il fréquente la Méditerranée et le golfe de Gascogne, loin des côtes. L'UICN le classe en danger : ses effectifs en Atlantique nord se sont effondrés sous l'effet de la pêche.

Le peau-bleue

Prionace glauca est probablement le requin le plus abondant du golfe de Gascogne, et pourtant l'un des moins cités dans ce genre de liste. Silhouette élancée, pectorales très longues, dos bleu indigo qui vire au gris dès que l'animal meurt. Il atteint 3,8 mètres et traverse l'Atlantique d'une rive à l'autre, les femelles parcourant régulièrement plus de 5 000 kilomètres entre zones de reproduction et zones d'alimentation.

C'est aussi le requin le plus capturé au monde, pour l'essentiel comme prise accessoire des palangres à thon et à espadon. Les estimations tournent autour de 10 à 20 millions d'individus par an. Il est classé quasi menacé, et il figure au menu de plusieurs poissonneries françaises sous des appellations vagues.

Le requin-hâ

Galeorhinus galeus mesure jusqu'à 2 mètres et fréquente les fonds côtiers de l'Atlantique et de la Manche. Longtemps pêché intensivement pour l'huile de son foie, riche en vitamine A, il est aujourd'hui classé en danger critique par l'UICN à l'échelle mondiale. Ses populations européennes n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-guerre.

Le requin cuivre

Carcharhinus brachyurus monte à 3,3 mètres pour 300 kilos, avec une robe bronze qui lui vaut son nom. Il apparaît ponctuellement en Méditerranée occidentale. Curieux, il s'approche parfois des plongeurs pour les inspecter, sans agressivité particulière.

Le grand requin blanc

Carcharodon carcharias est présent en Méditerranée, mais en très petit nombre. Les observations documentées se comptent par unités sur une décennie, souvent au large de la Sicile, de Malte ou du canal de Sardaigne. La population méditerranéenne est génétiquement isolée et considérée comme au bord de l'extinction locale.

  • Taille : jusqu'à 6 m
  • Poids : jusqu'à 2,3 tonnes
  • Longévité : estimée jusqu'à 70 ans
  • Statut : protégé en France, vulnérable à l'échelle mondiale

Sa réputation tient pour beaucoup à un film. Les Dents de la mer, sorti en 1975, a fixé pour cinquante ans l'image du mangeur d'hommes, au point que Peter Benchley, auteur du roman d'origine, a passé la fin de sa vie à militer pour la protection de l'espèce en regrettant publiquement son livre.

Les espèces des eaux françaises tropicales

Le requin bordé, Carcharhinus limbatus, atteint 1,9 mètre pour une vingtaine de kilos et se reconnaît aux extrémités noires de ses nageoires. Il vit en eaux chaudes : on le rencontre aux Antilles, à Mayotte et dans l'océan Indien, pas en Manche. Le requin gris de récif, Carcharhinus amblyrhynchos, est lui strictement indo-pacifique, donc français par la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. Territorial, il adopte une posture d'avertissement caractéristique, dos voûté et pectorales abaissées, quand un plongeur s'approche trop de son secteur. C'est un signal à respecter, pas une attaque.

La conclusion est plus rassurante que le titre ne le laisse croire. Sur les idées reçues qui entourent les requins, la géographie est la plus simple à corriger : en métropole, le requin que vous croiserez sera petit, lent, et probablement en train de fuir. Les incidents signalés sur les plages, comme celui du requin aperçu près de la plage du Barcarès, se terminent presque toujours par un animal identifié comme inoffensif et reparti au large.

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