Célébrons un géant des océans avec la journée mondiale du requin pèlerin

La journée mondiale du requin pèlerin le 03 novembre nous rappelle l'importance de ces majestueux animaux et du rôle qu'ils jouent dans les océans.
Sommaire4 sections
  1. 01Un filtreur de 2 000 tonnes d'eau à l'heure
  2. 02Ce que le suivi satellite a démenti
  3. 03Comment le requin pèlerin se nourrit-il de proies planctoniques, et comment s'adapte-t-il à ce mode d'alimentation ?
  4. 04Quelles différences entre les requins pèlerins et les requins baleines ?

Le requin pèlerin n'est plus classé vulnérable : l'UICN l'a fait passer en danger d'extinction en 2019, et la population de l'Atlantique nord-est reste à un niveau très bas après des décennies de pêche au foie. La journée mondiale du 3 novembre sert surtout à remettre ce chiffre en circulation.

C'est un animal que l'on croise en France, au printemps et en été, au large de la Bretagne, des Côtes-d'Armor ou du golfe de Gascogne. Un aileron mou qui dépasse, une nageoire caudale derrière lui, et souvent un appel aux secours de plaisanciers persuadés d'avoir vu un grand blanc. Voici de quoi ne plus se tromper.

Un filtreur de 2 000 tonnes d'eau à l'heure

Deuxième plus grand poisson du monde derrière le requin-baleine, Cetorhinus maximus mesure couramment 6 à 8 mètres et peut approcher les 12 mètres pour les plus vieilles femelles, avec un poids qui grimpe à 4 tonnes et au-delà. Il se nourrit exclusivement de zooplancton, bouche ouverte, à une vitesse de croisière de 2 à 3 kilomètres-heure. Aucun danger pour un nageur : ses dents mesurent quelques millimètres et ne servent à rien dans son alimentation.

Ses longues nageoires pectorales lui servent de plan porteur : il plane plus qu'il ne nage, en exploitant les fronts de courant où le plancton s'accumule. C'est aussi pour cela qu'on le voit en surface, souvent en groupe de quelques individus qui tournent en file, un comportement que les biologistes rattachent à la parade plus qu'à l'alimentation. Ses organes sensoriels, en particulier l'odorat et les ampoules de Lorenzini réparties sur le museau, l'orientent vers les zones les plus riches ; l'idée de capteurs à plancton logés dans le nez relève de la simplification.

Ce que le suivi satellite a démenti

Pendant longtemps, on a écrit que le requin pèlerin hibernait au fond en hiver, faute de le voir. Les balises posées depuis les années 2000 ont raconté autre chose : les animaux descendent entre 200 et 1 000 mètres et restent actifs, et certains traversent l'Atlantique ou passent l'équateur. Un individu marqué au large de l'île de Man a été suivi jusqu'au Canada. L'espèce n'est pas sédentaire, elle est simplement invisible depuis un pont de bateau. Ces plongées profondes correspondent à la recherche de couches de plancton en hiver, quand la surface se vide.

Si vous en croisez un depuis un bateau, gardez vos distances, coupez les gaz et laissez-le venir s'il le décide. Les signalements se font auprès de l'Association pour l'étude et la conservation des sélaciens, qui centralise les observations françaises depuis les années 1990. La journée mondiale des animaux et celle du requin pèlerin, le 3 novembre, vivent surtout de ces observations amateurs : sur une espèce aussi difficile à suivre, un signalement daté et géolocalisé vaut une ligne de données.

Requin pèlerin nageant en surface, bouche grande ouverte pour filtrer le plancton

Comment le requin pèlerin se nourrit-il de proies planctoniques, et comment s'adapte-t-il à ce mode d'alimentation ?

Le requin pèlerin avance bouche ouverte et filtre l'eau au passage, retenant les organismes microscopiques sur ses branchiospines1. Ces branchiospines sont des structures en forme de peigne fixées sur les arcs branchiaux, qui laissent filer l'eau et gardent les particules2. Le débit atteint 2 000 tonnes d'eau par heure3.

Trois adaptations rendent l'opération possible. La bouche, d'abord, très large, qui engloutit un grand volume d'eau à chaque passage2. Les fentes branchiales ensuite, si longues qu'elles enveloppent presque toute la tête et multiplient la surface filtrante2. Les dents enfin, minuscules et coniques, qui ne mâchent rien et servent tout au plus à retenir les proies avant la déglutition2.

Le requin pèlerin renouvelle ses branchiospines : il les perd en partie l'hiver et les reconstitue avant la saison de plancton, ce qui a longtemps nourri l'hypothèse fausse d'un jeûne hivernal au fond.

Quelles différences entre les requins pèlerins et les requins baleines ?

Les deux espèces se ressemblent sur trois points : la taille, le régime planctonique et l'absence totale de danger pour l'homme. Ce sont les deux plus grands poissons du monde, le pèlerin culminant autour de 12 mètres et le requin-baleine autour de 1812. Tous deux filtrent l'eau de mer à travers leurs branchies et capturent plancton, petits crustacés, petits poissons et calamars13. Aucun des deux ne présente de risque pour un plongeur ou un nageur12.

La confusion s'arrête à la robe. Le requin pèlerin est gris ardoise, parfois marbré de taches claires, quand le requin-baleine porte un damier de points et de rayures blanches sur fond bleu-gris, aussi individuel qu'une empreinte digitale12. La tête diffère aussi : museau pointu et bouche relativement étroite chez le pèlerin, bouche large et frontale, presque rectangulaire, chez le requin-baleine12.

Leurs aires ne se recouvrent presque pas. Le pèlerin fréquente les eaux tempérées des deux hémisphères, le requin-baleine les zones tropicales et subtropicales12. Sur la liste rouge de l'UICN, les deux espèces sont aujourd'hui classées en danger, le requin-baleine depuis 2016 et le requin pèlerin depuis sa réévaluation de 201912. La documentation en ligne, y compris encyclopédique, affiche encore fréquemment l'ancien statut de vulnérable pour le pèlerin. Les mêmes menaces pèsent sur l'un et sur l'autre : filets, captures accessoires, collisions avec les navires12.

Reste la grande inconnue : la reproduction. Une seule femelle gravide a jamais été examinée, en 1943 au large de la Norvège, et personne n'a observé de mise bas. On ignore où les femelles mettent bas, à quel rythme, et combien de jeunes survivent. Tant que ce trou dans les données subsiste, les modèles de gestion de l'espèce reposent sur des hypothèses plutôt que sur des mesures.

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