Ce pont géant à Los Angeles va-t-il sauver les pumas de l'extinction ? Découvrez comment cette incroyable construction va changer le destin des animaux sauvages !
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Le franchissement pour la faune bâti au-dessus de l'autoroute 101, à Agoura Hills, ne fera pas remonter le nombre de pumas de Californie. Il vise autre chose, et c'est plus intéressant : rompre l'isolement génétique d'une poignée de félins coincés entre dix voies de circulation.
La réponse franche : non, un pont ne sauve pas une espèce
Le puma (Puma concolor), qu'on appelle aussi cougar ou lion de montagne, n'est pas menacé d'extinction à l'échelle du continent. On en trouve du Canada à la Patagonie. Ce qui se joue à Los Angeles est plus local : la population des monts Santa Monica, une dizaine à une quinzaine d'adultes selon les périodes, vit sur un bloc de collines fermé au nord par la 101 et à l'est par la 405. Elle ne se mélange plus avec les pumas des Simi Hills. Les mâles y couvrent leurs propres filles. Les biologistes du National Park Service, qui suivent ces animaux au collier GPS depuis 2002, y ont relevé une diversité génétique parmi les plus basses jamais mesurées chez l'espèce, avec des signes physiques d'appauvrissement : queues coudées, anomalies de la reproduction.
Le corridor de Liberty Canyon ne fabrique pas des pumas. Il fabrique des rencontres. Faire passer un ou deux mâles reproducteurs venus du nord toutes les quelques générations suffirait à relancer le brassage. Objectif modeste sur le papier, décisif pour la population concernée.
P-22, le puma qui a rendu le problème visible
Il faut un animal pour qu'une population abstraite devienne une histoire. Ce fut P-22, repéré en 2012 par un piège photographique dans Griffith Park, à deux pas du panneau Hollywood. Pour arriver là depuis les monts Santa Monica, il avait traversé la 405 puis la 101, deux fois de quoi mourir. Il a ensuite vécu douze ans sur un territoire d'environ 20 km², soit une fraction minuscule de ce qu'occupe normalement un mâle adulte, qui revendique plutôt 200 à 400 km². Sans jamais rencontrer une femelle.
Il a été euthanasié en décembre 2022, après une collision routière qui s'ajoutait à une insuffisance rénale et à une infection. Sa mort a valu un hommage public dans une ville de quatre millions d'habitants, et c'est cette émotion qui a débloqué le financement du franchissement. Sur ce point, le calcul des associations était juste : une figure identifiable lève des fonds qu'aucun rapport technique ne lève.
Un ouvrage de plus de 90 millions de dollars au-dessus de dix voies
Le chantier, lancé en avril 2022, porte le nom de Wallis Annenberg Wildlife Crossing, du nom de la fondatrice qui a mis les premiers millions au pot. L'ouvrage enjambe la 101 à Liberty Canyon, là où les collines se rapprochent le plus de part et d'autre du ruban d'asphalte. Comptez une soixantaine de mètres de portée pour environ cinquante mètres de largeur, ce qui en fait le plus grand passage à faune urbain au monde à son achèvement. En dessous, quelque 300 000 véhicules par jour.
Le budget, annoncé autour de 87 millions de dollars, a dépassé les 90 millions, financés très majoritairement par des dons privés. L'ouverture était annoncée pour 2025 au moment où le projet a été le plus médiatisé ; la mise en place du sol vivant et de la végétation a décalé l'échéance. Un passage à faune n'est pas une dalle de béton qu'on peint en vert : il faut y reconstituer une couche de terre d'environ trois mètres d'épaisseur, l'ensemencer d'espèces locales, laisser les racines prendre, et masquer par des murs et des plantations le bruit et les phares qui, sinon, dissuadent tout animal de s'engager.
La route tue, mais elle n'est pas seule
Les collisions restent la première cause de mortalité documentée chez les pumas du sud de la Californie, avec plusieurs dizaines d'animaux écrasés chaque année à l'échelle de l'État. Le pont réduira ce chiffre localement, pas ailleurs. Et deux autres menaces continuent de courir, que nul ouvrage d'art ne règle.
La première tient à la mort-aux-rats. Les anticoagulants de deuxième génération remontent la chaîne alimentaire : le puma mange le coyote ou le raton laveur qui a mangé le rat empoisonné. Le NPS a retrouvé ces molécules dans la quasi-totalité des pumas autopsiés dans la région, et plusieurs y ont développé une gale sévère liée à l'affaiblissement immunitaire. La Californie a restreint ces produits en 2020 puis en 2024, sans les interdire partout.
La seconde, ce sont les incendies. Le feu de Woolsey, en novembre 2018, a brûlé près de la moitié des monts Santa Monica en quelques jours. Un territoire qui brûle pousse les animaux vers les routes. Avec des saisons de feu qui s'allongent, le corridor sert aussi de sortie de secours.
Ce que Los Angeles apprend au reste du monde
L'idée n'a rien de neuf. Les Pays-Bas ont bâti leur premier écoduc en 1988 et en comptent plus de soixante-dix ; Banff, au Canada, a documenté plus de 150 000 franchissements en vingt ans d'observation. Ce que le projet californien ajoute, c'est la démonstration qu'on peut le faire en pleine agglomération, sur un axe saturé, avec de l'argent privé.
En France, les trames vertes et bleues poursuivent le même objectif à une autre échelle : rebrancher des morceaux de nature entre eux. La différence tient au récit. Nous n'avons pas notre P-22.
Ce qu'on saura, et quand
Le verdict ne tombera pas à l'inauguration. Il faudra des années de pièges photographiques et d'analyses génétiques pour dire si des mâles du nord sont passés, s'ils se sont reproduits, et si la consanguinité commence à descendre. Le précédent des panthères de Floride, où l'introduction de huit femelles texanes en 1995 a redressé une population à bout de souffle, montre que le sauvetage génétique fonctionne quand il n'arrive pas trop tard.
Reste que l'histoire vaut d'être connue même sans son épilogue. Un félin de soixante kilos a vécu douze ans dans un parc urbain fréquenté par des millions de promeneurs, sans faire un seul blessé. La cohabitation ne demandait pas grand-chose : ne pas empoisonner les rongeurs, ralentir la nuit sur les routes de crête, et laisser aux animaux un endroit par où passer.
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