Découvrez les compagnons insoupçonnés des Parisiens : Rats, silures et cétacés, quels animaux habitent secrètement la Seine ?
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Une orque en mai 2022, un béluga en août : les deux cétacés qui ont occupé les journaux télévisés racontent surtout deux échecs de sauvetage. La vraie histoire de la Seine se joue ailleurs, dans la trentaine d'espèces de poissons revenues en cinquante ans.
Le fleuve était biologiquement mort il y a soixante ans
Au tournant des années 1960 et 1970, les inventaires menés dans la traversée de Paris ne relevaient plus qu'une poignée d'espèces de poissons. Les rejets industriels et les eaux usées avaient vidé le fleuve de son oxygène. Le redressement est venu des stations d'épuration, celle d'Achères en tête, et du traitement des rejets en amont comme en aval de la capitale.
Les comptages actuels recensent autour d'une trentaine d'espèces dans le secteur parisien. Gardons, brèmes, ablettes, perches, sandres, brochets, carpes : la faune ordinaire du fleuve se compose de poissons blancs et de quelques carnassiers, pas de créatures spectaculaires. C'est cette banalité retrouvée qui constitue le fait marquant.
Le silure, gros mais pas monstrueux
Le silure glane est le plus grand poisson d'eau douce d'Europe et il vit bien dans la Seine, y compris dans Paris, où des pêcheurs en sortent régulièrement entre le pont de Grenelle et l'Île aux Cygnes. Les chiffres qui circulent méritent d'être ramenés à la réalité : les spécimens vérifiés dépassent rarement 2,70 mètres et 130 kilos, et ces records viennent du Pô ou de l'Èbre, pas de la capitale. Un gros silure parisien tourne autour de deux mètres.
Son régime est celui d'un opportuniste : poissons blancs, écrevisses, tout ce qui traîne sur le fond. Sur certains sites français, notamment en Garonne et dans le Tarn, il a été filmé en train de saisir des pigeons au bord de l'eau, ce qui lui a valu sa réputation de prédateur hors norme. Il s'attaque aussi aux migrateurs quand ils se concentrent au pied des barrages.
Pour un baigneur, le risque est proche de zéro. Aucune attaque documentée sur un humain en France. Le silure fuit le bruit et les mouvements, et la sensation de contact que l'on prête parfois à ces poissons vient plus souvent d'un sac plastique ou d'une algue.
Rats et ragondins, deux voisins qui n'ont rien en commun
Le rat surmulot nage très bien, circule dans les réseaux d'eaux pluviales et ressort sur les berges, en particulier le long du canal Saint-Martin et du bassin de la Villette. Les chiffres de population que l'on lit régulièrement, de un à six millions pour Paris, ne reposent sur aucun recensement : personne ne compte des rats. La densité dépend surtout de la nourriture accessible, donc des poubelles et des restes laissés sur les quais.
Le ragondin est une autre histoire. Originaire d'Amérique du Sud, il a été importé en France à partir de la fin du XIXe siècle pour sa fourrure, et les faillites d'élevages ont lâché des animaux dans la nature, surtout au XXe siècle. Il figure aujourd'hui parmi les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne. Ses terriers creusés dans les berges provoquent des affaissements, et les gestionnaires de cours d'eau y consacrent un vrai budget.
Les cétacés de 2022, deux animaux perdus et condamnés
À la mi-mai 2022, une orque a remonté l'estuaire entre Le Havre et Rouen. Elle a tourné plusieurs jours dans le fleuve avant d'être retrouvée morte fin mai près de Saint-Pierre-la-Garenne, dans l'Eure. L'autopsie a mis en évidence une infection fongique.
Début août de la même année, un béluga a été repéré bien plus haut, jusqu'à l'écluse de Notre-Dame-de-la-Garenne. Dénutri, incapable de s'alimenter, il a été hissé hors de l'eau le 10 août lors d'une opération mobilisant pompiers et vétérinaires, puis euthanasié pendant le transfert vers la côte, son état respiratoire se dégradant.
Ces deux épisodes sont survenus dans cet ordre, l'orque d'abord, le béluga ensuite. Ils ne disent rien d'une Seine devenue accueillante pour les cétacés. Un animal marin qui remonte un fleuve d'eau douce est un animal en difficulté : désorienté, souvent déjà malade, il s'expose à des lésions cutanées et à une perte de flottabilité. Les deux sauvetages ont échoué, et c'est la règle plutôt que l'exception.
Ce que la Seine abrite vraiment
Au-delà des poissons, le fleuve et ses berges accueillent des hérons cendrés, des cormorans qui sèchent leurs ailes sur les piles de pont, des mouettes rieuses en hiver, et une anguille européenne dont la situation reste critique à l'échelle mondiale malgré sa présence ici. Des castors ont recolonisé certains tronçons du bassin, loin de Paris. Truite de mer et lamproie sont signalées dans les suivis menés en Seine-Normandie, ce qui suppose des passes à poissons opérationnelles sur les barrages en aval.
Chercher un monstre dans la Seine fait rater le sujet principal. Un fleuve qui traverse douze millions d'habitants a cessé d'être une eau morte, et cette amélioration tient à des équipements d'épuration qu'il faut continuer d'entretenir.
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