Journée mondiale du jaguar : Un appel à la protection d'un félin extraordinaire

Lors de la 13e session de la Conférence des Parties (COP 13) à la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS) tenue à Gandhinagar en février de cette année, le Costa Rica, soutenu par l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay, le Pérou et l'Uruguay, a proposé avec succès l'inscription du jaguar (Panthera onca) aux deux annexes de la Convention. Par conséquent, la CMS se félicite de la désignation du 29 novembre en tant que Journée internationale du jaguar et des efforts déployés pour établir un mécanisme régional coordonné afin de promouvoir la conservation du jaguar et créer un réseau de sites connectés à travers l'Amérique centrale et du Sud.
Sommaire4 sections
  1. 01Ce que la date du 29 novembre recouvre
  2. 02Un chasseur qui vise la tête
  3. 03Une correction à apporter au folklore
  4. 04Ce qui le tue, en 2026 comme en 2020

Derrière la journée internationale du jaguar, fixée au 29 novembre, il y a un objectif très matériel : maintenir ouvert un couloir de forêt de près de 6 000 kilomètres, du Mexique à l'Argentine, à travers dix-huit pays qui ne coordonnent presque rien.

Le jaguar (Panthera onca) est classé quasi menacé sur la liste rouge de l'UICN. Ce statut, plus discret que celui du tigre, cache une réalité de terrain : l'espèce a perdu près de la moitié de son aire de répartition historique, et elle a totalement disparu du Salvador, de l'Uruguay et, à quelques individus errants près, des États-Unis.

Ce que la date du 29 novembre recouvre

La journée n'a pas été créée par l'UICN. Elle est née en 2018, à New York, lors d'un forum de haut niveau consacré au plan Jaguar 2030, porté par le Programme des Nations unies pour le développement, le WWF, la Wildlife Conservation Society, Panthera et le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique. L'objectif affiché : sécuriser trente paysages prioritaires et les corridors qui les relient, d'ici 2030.

Le second jalon est intergouvernemental. Lors de la 13e session de la Conférence des Parties à la Convention sur les espèces migratrices, tenue à Gandhinagar en février 2020, le Costa Rica a proposé l'inscription du jaguar aux deux annexes de la Convention, avec le soutien de l'Argentine, de la Bolivie, du Paraguay, du Pérou et de l'Uruguay. La proposition est passée, et la Convention a salué à cette occasion la désignation du 29 novembre. Concrètement, cela oblige les États signataires à coordonner leurs politiques de part et d'autre des frontières, ce qui est le nœud du problème pour un animal dont le domaine vital dépasse souvent 100 kilomètres carrés.

À côté de la journée mondiale du lion ou de celle du tigre, cette date reste peu relayée en Europe. Le jaguar souffre d'un déficit d'image : il n'a ni la crinière du lion ni le statut de trophée médiatique du tigre.

Jaguar au pelage tacheté de rosettes, observé de face dans la végétation

Un chasseur qui vise la tête

La plupart des grands félins étranglent leur proie à la gorge. Le jaguar, lui, mord le crâne ou les cervicales et perce l'os. Sa mâchoire développe la force de morsure la plus élevée du genre Panthera rapportée à sa taille, ce qui lui permet aussi d'ouvrir la carapace d'une tortue ou le cuir d'un caïman. C'est ce mode opératoire, plus que le gabarit, qui fait de lui un prédateur hors norme dans son écosystème.

  • Longueur du corps sans la queue : de 1,10 à 1,85 mètre selon les populations.
  • Poids : le plus souvent 55 à 100 kg, les gros mâles du Pantanal dépassant 120 kg, les femelles tournant autour de 45 à 80 kg.
  • Gestation d'environ 100 jours, portée de 1 à 4 petits, le plus souvent 2.
  • Espérance de vie de 12 à 15 ans dans la nature, plus de 20 ans en captivité.
  • Régime très large : plus de 85 espèces recensées, du pécari au caïman en passant par les tortues et les poissons.

Son nom vient du tupi-guarani yaguara, traduit traditionnellement par « la bête qui tue sa proie d'un bond ». C'est aussi l'un des rares félins qui chasse volontiers dans l'eau : il nage bien, traverse des fleuves larges et attrape des poissons et des caïmans depuis la berge.

Une correction à apporter au folklore

On lit régulièrement que le jaguar communique par un ronronnement rare chez les grands félins. C'est l'inverse. Les espèces du genre Panthera possèdent un appareil hyoïdien qui leur permet de rugir, mais pas de ronronner en continu comme le fait un chat domestique. Le cri caractéristique du jaguar est une série de raclements gutturaux répétés, que les naturalistes comparent au bruit d'une scie sur du bois, et qui porte à plus d'un kilomètre dans la forêt.

Ce qui le tue, en 2026 comme en 2020

La déforestation agricole reste la première cause, devant les représailles des éleveurs après une prédation sur le bétail, et le braconnage pour les crocs et les os, alimenté depuis une dizaine d'années par une demande asiatique de substituts aux produits dérivés du tigre. Les programmes qui fonctionnent le mieux sont les moins spectaculaires : indemnisation rapide des éleveurs, clôtures électriques mobiles, chiens de protection de troupeau. Là où l'éleveur ne perd rien, il ne tire pas.

Comme toutes les journées consacrées aux animaux, celle du jaguar vaut surtout par ce qu'elle finance et par les engagements qu'elle rend vérifiables d'une année sur l'autre. Une journée dédiée à un félin qui ne débouche sur aucun corridor protégé ne sert qu'à faire de jolies photos.

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