La vision nocturne des chats : mythe ou réalité ?
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Un chat ne voit rien dans le noir absolu, exactement comme vous. Ce qu'il sait faire, c'est tirer une image utilisable d'une quantité de lumière six à huit fois inférieure à celle qu'il vous faut, et ce simple facteur explique presque tous ses comportements du soir.
La question mal posée
Demander si le chat voit dans le noir revient à demander si un appareil photo voit dans le noir : sans photons, aucun capteur ne produit d'image. Une cave fermée, sans soupirail, sans veilleuse, sans rai de lumière sous la porte, est aussi opaque pour lui que pour vous. La différence tient au seuil. Une nuit dégagée avec un quartier de lune, ou un couloir éclairé par l'écran d'une box, lui suffit amplement alors que vous tâtonnez encore.
Une rétine construite pour la pénombre
La rétine contient deux familles de photorécepteurs. Les bâtonnets captent la lumière faible, le mouvement et les nuances de gris. Les cônes gèrent les couleurs et la finesse du détail en pleine lumière. Chez le chat, la proportion penche massivement du côté des bâtonnets, bien plus que chez l'humain.
Ce choix a un prix, et il se paie en netteté. L'acuité visuelle du chat se situe autour de 20/100 à 20/200 selon les mesures : ce que vous lisez à vingt mètres, il doit s'approcher à quelques mètres pour le distinguer. Sa vision des couleurs est dichromate, proche de celle d'un humain daltonien : il sépare correctement le bleu et le jaune, beaucoup moins le rouge et le vert. Un jouet rouge sur une pelouse ne lui saute pas aux yeux, ce qui devrait rassurer tous ceux qui trouvent leur chat distrait.
Le tapetum lucidum, ce miroir au fond de l'œil
Derrière la rétine, le chat possède une couche de cellules réfléchissantes appelée tapetum lucidum. La lumière qui a traversé la rétine sans être absorbée y rebondit et repasse une seconde fois devant les photorécepteurs. Le gain de sensibilité est réel, de l'ordre de 40 %, et c'est cette couche qui renvoie le reflet vert ou doré quand vos phares balaient un chat au bord de la route.
Le procédé a un défaut : la lumière renvoyée est légèrement diffusée, ce qui floute l'image. Le chat troque donc de la précision contre de la sensibilité, un compromis qu'on retrouve chez la plupart des prédateurs crépusculaires.
Le chat est crépusculaire, pas nocturne
On range souvent le chat parmi les animaux nocturnes. Sur ce point, l'étiquette est fausse. Ses pics d'activité se situent à l'aube et au crépuscule, moments où ses proies naturelles, campagnols et musaraignes, sortent le plus. Son œil est optimisé pour ces deux créneaux de faible lumière, pas pour le milieu de la nuit noire. C'est aussi pour cela que les réveils à cinq heures du matin sont si fréquents chez les chats d'appartement : vous dormez pendant sa meilleure heure de chasse.
Les vibrisses prennent le relais quand l'œil décroche
Le chat a un angle mort : il voit mal ce qui se trouve à moins d'une trentaine de centimètres de son museau. Au moment précis où il saisit une proie, il ne la voit donc plus. Les vibrisses compensent. Ces poils épais, implantés sur les joues, au-dessus des yeux et à l'arrière des pattes avant, sont reliés à des terminaisons nerveuses qui détectent les déplacements d'air et le contact.
Elles servent aussi de télémètre pour jauger une ouverture. Ne les coupez jamais : un chat privé de vibrisses se cogne, hésite et perd sa précision de saisie. Elles repoussent, mais le déficit dure des semaines.
Ce qui doit vous alerter
Un chat dont la vue baisse le cache longtemps, parce qu'il connaît son logement par cœur. Les signes qui trahissent le problème apparaissent souvent dans le noir ou après un déménagement : pupilles très dilatées en pleine journée, hésitation avant de sauter, animal qui longe les murs, qui rate le rebord d'une table, qui se cogne dans un objet nouvellement posé.
Chez le chat âgé, une dilatation permanente des pupilles accompagne parfois une hypertension artérielle, qui peut provoquer un décollement de rétine en quelques jours. Une cécité installée brutalement se traite d'autant mieux qu'on consulte vite : c'est une vraie urgence, pas une observation à garder pour la visite vaccinale de l'an prochain.
Le résumé, sans le folklore
- Le chat voit avec environ six fois moins de lumière qu'un humain, grâce à ses bâtonnets et au tapetum lucidum.
- Dans l'obscurité totale, il est aussi aveugle que vous.
- Il perd en netteté et en couleurs ce qu'il gagne en sensibilité : acuité de l'ordre de 20/100, vision dichromate.
- Ses vibrisses prennent le relais sur les trente derniers centimètres, là où son œil ne suit plus.
- Il est crépusculaire avant d'être nocturne, ce qui explique ses réveils à l'aube.
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