Le zoo d'Amiens met-il en péril ses propres animaux avec cette expansion audacieuse ?

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Sommaire4 sections
  1. 01Ce qui était en construction au printemps 2024
  2. 02Le bruit, un problème réel mais traité
  3. 03Là où le calcul mérite d'être surveillé
  4. 04Ce que le parc visait côté fréquentation

Un chantier de 26 millions d'euros à l'est du parc de la Hotoie, annoncé au printemps 2024 pour une ouverture en février 2025 : le bruit des engins n'est pas ce qui menace les pensionnaires du zoo d'Amiens. Le vrai sujet arrive après, avec les tigres et les girafes.

Ce qui était en construction au printemps 2024

Chantier de construction en cours à l'intérieur d'un parc zoologique

Le parc zoologique d'Amiens occupe environ sept hectares en bordure du parc de la Hotoie, à l'ouest du centre-ville, à un quart d'heure à pied de la cathédrale. C'est l'un des rares zoos de France encore gérés par une collectivité, en l'occurrence Amiens Métropole, ce qui explique une politique tarifaire nettement en dessous des grands parcs privés.

Le chantier ouvert sur la partie est portait sur un bâtiment de 2 500 mètres carrés, baptisé Pôle Oriental, censé regrouper l'entrée, la billetterie, la boutique et deux espaces animaliers : une volière de contact où le public circule au milieu des oiseaux, avec des calaos et des tortues au sol, puis une série de vivariums pour les reptiles, les scorpions et les insectes. Une plaine africaine avec des girafes était programmée pour 2026, et l'arrivée de tigres de Sumatra évoquée pour renforcer l'affiche.

Le bruit, un problème réel mais traité

Frédérique Duigou, qui supervisait le chantier pour Amiens Métropole, décrivait en 2024 deux mesures concrètes. D'abord le choix d'engins moins bruyants, avec un calage des opérations les plus sonores en dehors des périodes sensibles. Ensuite le déplacement des espèces les plus réactives vers le nord du parc, à commencer par les grues du Japon, oiseaux réputés pour interrompre leurs parades et leur reproduction au moindre dérangement répété.

La palissade transparente autour de l'emprise relève de la même logique. Un animal qui voit la pelleteuse s'habitue à elle. Un animal qui entend sans voir reste en alerte, ce qui est le mécanisme classique du stress chronique. Ce n'est pas une intuition de communicant, c'est une pratique standard dans les parcs en travaux.

Ajoutons une évidence locale : l'esplanade de la Hotoie, juste à côté, accueille chaque année la foire de la Saint-Jean, ses manèges et sa sonorisation. Les animaux du parc vivent avec ce voisinage depuis des décennies. Un chantier de dix-huit mois n'est pas, dans ce contexte, la variable la plus inquiétante.

Là où le calcul mérite d'être surveillé

Sur ce point, je ne suis pas convaincu par la façon dont l'opération a été présentée. Sur 2 500 mètres carrés neufs, une partie importante va à l'accueil, à la billetterie, à la boutique et à la restauration. Ce sont des mètres carrés pour les visiteurs, pas pour les animaux. Annoncer dans le même souffle une extension et l'arrivée de nouvelles espèces emblématiques entretient une confusion : agrandir un zoo et augmenter le nombre d'animaux qu'il détient ne sont pas la même décision.

Le cas du tigre de Sumatra est le plus parlant. C'est la plus petite des sous-espèces de tigre encore vivantes, classée en danger critique, avec une population sauvage estimée sous la barre des 600 individus, et elle fait l'objet d'un programme d'élevage européen. Accueillir un couple engage sur des décennies, avec des exigences précises en surface, en enrichissement du milieu et en isolement visuel du public. La même question vaut pour les girafes, dont les besoins en hauteur sous plafond et en parcours extérieur sont bien documentés. Ce sont ces arbitrages-là qu'il faudra regarder, pas le bruit des marteaux-piqueurs.

Ce que le parc visait côté fréquentation

L'objectif affiché était de prolonger le record de fréquentation enregistré en 2023 et d'aller chercher des visiteurs au-delà des Hauts-de-France. D'où l'insistance sur la fluidité de la visite : billetterie dimensionnée pour éviter la file sur l'esplanade les dimanches de printemps, boutique repensée, offre de restauration élargie. Pour un parc de sept hectares coincé entre un quartier résidentiel et un parc public, la marge de manoeuvre passe effectivement par le confort de visite plus que par la surface.

Reste le point qui décidera de tout, et qui ne se mesure ni en euros ni en mètres carrés : le nombre de soigneurs. Un parc qui ajoute des vivariums, une volière de contact et des grands carnivores sans renforcer ses équipes déplace le problème du chantier vers le quotidien. C'est cette ligne du budget de fonctionnement qu'il faudra regarder, une fois les grues parties.

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