Connaissez-vous les 11 chiens les plus bêtes du monde (selon les scientifiques) ?

Mauvaise nouvelle pour les amoureux des chiens : Découvrez les 11 races jugées les moins futées
Sommaire5 sections
  1. 01Ce que le classement mesure, et ce qu'il ignore
  2. 02Le bas du tableau, tel qu'il est publié
  3. 03Les onze races en clair
  4. 04La vraie étude, celle de Helsinki
  5. 05Ce que ça change quand on choisit un chien

La liste des 11 chiens les plus bêtes circule depuis trente ans et elle n'a jamais été établie par des scientifiques. Elle vient d'un livre de vulgarisation de 1994, elle mesure une seule chose, l'obéissance au dressage, et sur ce critère un lévrier afghan est effectivement mauvais élève.

Autant le dire tout de suite : si vous cherchez un classement de l'intelligence canine validé en laboratoire, il n'existe pas sous cette forme. Ce qui existe, c'est un sondage auprès de juges de concours d'obéissance d'un côté, et une vraie étude finlandaise de cognition de l'autre. Les deux disent des choses différentes, et le titre de cet article mélange les deux.

Ce que le classement mesure, et ce qu'il ignore

Coren lui-même distingue trois formes d'intelligence chez le chien. L'intelligence instinctive, celle qui fait qu'un border collie rassemble un troupeau sans qu'on le lui apprenne. L'intelligence adaptative, la capacité à résoudre un problème seul. Et l'obéissance de travail, la seule que son classement mesure.

Un lévrier afghan a été sélectionné pendant des siècles pour poursuivre une gazelle à vue, hors de portée de voix, en décidant tout seul de sa trajectoire. Un chien qui attendrait un ordre dans cette situation serait un mauvais lévrier. Le classer dernier en obéissance revient à noter un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, sauf qu'ici la métaphore est littérale : ce sont des races faites pour travailler sans consulter l'humain.

Le même raisonnement vaut pour le basenji, chien de chasse africain qui traque en autonomie, ou pour le chow chow, gardien qui a été retenu pour sa méfiance et non pour sa docilité. Ces chiens ne comprennent pas moins bien. Ils négocient.

Si le sujet vous intéresse au-delà du classement, on en parle aussi à propos de la journée du 26 août consacrée aux chiens.

Chien assis de trois quarts, oreilles tombantes et regard amusé

Le bas du tableau, tel qu'il est publié

Rang Race Ce pour quoi elle a été sélectionnée
1Lévrier afghanChasse à vue en autonomie
2BasenjiChasse et pistage sans ordre
3Bouledogue anglaisCompagnie, après un passé de chien de combat
4Chow chowGarde et méfiance
5BarzoïChasse au loup à vue en Russie
6Chien de Saint-HubertPistage longue distance au nez
7PékinoisCompagnie de cour impériale
8BeagleChasse en meute au nez
9MastiffGarde et dissuasion
10Basset houndPistage lent au nez
11Shih tzuCompagnie de palais

Deux entrées de la version qui circule sur le web méritent une correction. Le sixième rang est souvent écrit chien de chasse, ce qui ne veut rien dire : Coren y place le bloodhound, autrement dit le chien de Saint-Hubert. Le neuvième est souvent réduit à dogue, alors qu'il s'agit du mastiff anglais et non du dogue allemand, qui figure d'ailleurs bien plus haut dans le classement original.

Les onze races en clair

  • Lévrier afghan : 60 à 74 cm, 20 à 27 kg, 12 à 14 ans. Sous la fourrure de salon, un coureur capable de tenir 50 km/h. Le toilettage demande une heure par semaine, minimum.
  • Basenji : 40 à 43 cm, 9 à 11 kg, 12 à 16 ans. Il n'aboie pas, il pousse un cri modulé qu'on appelle le yodel. Sa structure laryngée diffère de celle des autres races.
  • Bouledogue anglais : 31 à 40 cm, 18 à 25 kg, 8 à 10 ans. Museau écrasé, donc respiration difficile. C'est la race qui supporte le moins la chaleur et l'effort, et un coup de chaud peut y être mortel en quelques minutes.
  • Chow chow : 46 à 56 cm, 20 à 32 kg, 8 à 12 ans. Langue bleu-noir, démarche raide caractéristique. Chien d'une seule famille, souvent réservé avec les inconnus.
  • Barzoï : 68 à 78 cm, 27 à 47 kg, 9 à 14 ans. C'est un lévrier russe, pas un cousin du lévrier : la comparaison qu'on lit souvent n'a pas de sens.
  • Chien de Saint-Hubert : 58 à 69 cm, 36 à 50 kg, 8 à 12 ans. Environ 300 millions de récepteurs olfactifs, le record chez le chien.
  • Pékinois : 15 à 23 cm, 3 à 6 kg, 12 à 14 ans. Réservé à la cour impériale chinoise, sa sortie du palais était punie de mort. Même problème respiratoire que le bouledogue.
  • Beagle : 33 à 40 cm, 8 à 14 kg, 12 à 15 ans. Le nez commande tout : un beagle qui capte une odeur devient sourd à votre voix, ce qui explique sa place dans le classement.
  • Mastiff : 70 à 91 cm, 55 à 100 kg, 6 à 10 ans. L'un des chiens les plus lourds au monde. Espérance de vie courte, comme chez la plupart des géants.
  • Basset hound : 28 à 38 cm, 20 à 35 kg, 10 à 12 ans. Dos long et pattes courtes, d'où une fragilité vertébrale connue. Évitez de lui faire monter des escaliers à répétition.
  • Shih tzu : 20 à 28 cm, 4 à 7,5 kg, 10 à 16 ans. Originaire du Tibet, offert aux empereurs chinois. Yeux proéminents à surveiller.

La vraie étude, celle de Helsinki

Le travail scientifique que beaucoup d'articles confondent avec le classement de Coren est tout autre chose. Entre mars 2016 et février 2022, l'équipe de l'université de Helsinki a fait passer une batterie de tests à 1 002 chiens de 13 races, âgés de 1 à 8 ans, dans le cadre du programme smartDOG dirigé par Katriina Tiira.

Les épreuves n'avaient rien à voir avec l'obéissance : contourner une barrière transparente pour atteindre une récompense, suivre un geste de la main pointant vers une cachette, se souvenir d'un emplacement après un délai, insister ou renoncer face à un contenant impossible à ouvrir, se regarder dans un miroir. On y mesure la mémoire, l'attention, le raisonnement spatial, l'impulsivité et la lecture des signaux humains.

Le berger belge malinois a devancé les autres sur la plupart des épreuves, le border collie a très bien lu les gestes humains. Saara Junttila, coautrice, a insisté sur un point que les reprises médiatiques ont largement effacé : chaque race avait ses forces et ses faiblesses, et l'écart entre deux individus d'une même race dépassait souvent l'écart entre deux races.

Ce que ça change quand on choisit un chien

La question utile n'est pas de savoir si une race est intelligente, mais de savoir combien de travail elle demande et pour quel résultat. Un basenji dans un appartement avec un propriétaire débutant, c'est une source de conflits garantie pendant deux ans. Un malinois entre les mains de quelqu'un qui n'a ni le temps ni l'expérience, c'est pire : un chien très rapide à apprendre qui apprend surtout ce qu'on ne voulait pas lui enseigner.

Les races du bas du tableau demandent une éducation plus courte et plus fréquente, avec de la nourriture plutôt que de la voix, et l'acceptation qu'un rappel parfait ne sera jamais acquis chez un chien de nez ou un lévrier. Sur le terrain, cela veut dire longe de 10 mètres plutôt que liberté totale, et clôture solide.

Mon avis, après avoir lu les deux sources : le classement de Coren reste utile si on lit son titre correctement. Il ne dit pas quels chiens sont bêtes, il dit lesquels obéissent vite à un inconnu dans un ring de concours. C'est bon à savoir avant d'adopter. Cela ne mesure pas son intelligence.

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