Les conséquences du changement climatique sur la faune
Sommaire5 sections
- 01Le calendrier du vivant s'est décalé, mais pas au même rythme pour tous
- 02Monter ou remonter vers le nord : les deux seules issues
- 03Chez les reptiles, la température décide du sexe des petits
- 04La mer chauffe et s'acidifie, mais ce sont deux phénomènes distincts
- 05Ce qu'un particulier peut réellement faire
Les animaux ne réagissent pas au réchauffement en disparaissant d'un coup : ils avancent leur ponte de quelques jours, grimpent de quelques mètres en altitude, changent de latitude. Ce sont ces décalages minuscules, accumulés, qui cassent les écosystèmes.
Le calendrier du vivant s'est décalé, mais pas au même rythme pour tous
Le printemps biologique arrive plus tôt. Les bourgeons éclatent plus tôt, les chenilles sortent plus tôt, les oiseaux migrateurs reviennent plus tôt. Le problème n'est pas le décalage lui-même, c'est qu'il n'est pas synchrone. Une plante répond principalement à la température du sol et à l'accumulation de chaleur, un oiseau migrateur qui hiverne en Afrique répond d'abord à la longueur du jour, un signal que le climat ne modifie pas. Résultat : le voyageur arrive à la date habituelle sur un garde-manger déjà vidé.
Monter ou remonter vers le nord : les deux seules issues
Face à une zone devenue trop chaude, un animal n'a que deux options : tolérer, ou bouger. Beaucoup bougent. Les suivis d'aires de répartition menés sur des centaines d'espèces terrestres montrent un déplacement moyen de l'ordre de quelques kilomètres par an vers les pôles, et de plusieurs mètres par décennie vers le haut en montagne. Ça paraît anodin. Ça ne l'est pas, pour deux raisons.
D'abord, une montagne se rétrécit à mesure qu'on monte. Une espèce d'altitude qui gagne 200 mètres perd une partie de sa surface disponible, et celle qui vit déjà au sommet n'a plus nulle part où aller. C'est le piège des espèces alpines et des amphibiens de haute montagne. Ensuite, le déplacement n'est pas libre : autoroutes, cultures intensives, zones urbanisées coupent les corridors. Une espèce peut savoir où aller sans pouvoir y arriver.
Chez les reptiles, la température décide du sexe des petits
Chez la plupart des tortues marines, beaucoup de tortues terrestres et les crocodiliens, le sexe de l'embryon n'est pas fixé par les chromosomes mais par la température du nid pendant la phase sensible de l'incubation. Chez les tortues marines, plus chaud donne des femelles, plus frais donne des mâles, avec un pivot souvent situé autour de 29 °C. Un ou deux degrés de sable en plus, et la ponte entière bascule.
Sur certaines plages de nidification très chaudes, les suivis génétiques ont montré des cohortes de jeunes tortues presque exclusivement femelles. À court terme une population survit avec peu de mâles, chacun fécondant plusieurs femelles. À moyen terme, elle s'éteint. C'est l'un des rares cas où l'on peut prédire la trajectoire avec un thermomètre planté dans le sable.
La mer chauffe et s'acidifie, mais ce sont deux phénomènes distincts
Une confusion revient souvent, y compris dans des articles sérieux : la chaleur ne provoque pas l'acidification. L'acidification vient du CO2 atmosphérique qui se dissout dans l'eau et forme de l'acide carbonique. L'océan a absorbé environ un quart du CO2 émis par les activités humaines, et son pH de surface est passé d'environ 8,2 à environ 8,1, ce qui correspond à une hausse d'acidité de l'ordre de 30 %. Le réchauffement, lui, vient du stockage de chaleur, dont l'océan a encaissé plus de 90 %.
Les deux frappent les mêmes organismes par des voies différentes. L'acidification rend la fabrication des coquilles et des squelettes calcaires plus coûteuse en énergie. La chaleur, elle, provoque le blanchissement corallien, quand le corail expulse les algues symbiotiques qui le nourrissent. La Grande Barrière de corail a connu plusieurs épisodes massifs depuis 1998, dont plusieurs rapprochés après 2016, sans laisser aux colonies le temps de récupérer.
Ce qu'un particulier peut réellement faire
Sur le climat lui-même, rien à l'échelle d'un jardin. Sur la capacité des animaux à encaisser, en revanche, les leviers locaux comptent. Un point d'eau propre et renouvelé en été sauve des oiseaux et des hérissons pendant une canicule. Une haie d'essences locales, un tas de bois, une bande d'herbe jamais tondue offrent de l'ombre et des relais de déplacement. Un trou de quinze centimètres au bas d'une clôture rend un jardin traversable.
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