Découvrez la vérité sur la chouette et le hibou : sont-ils vraiment différents ?
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La réponse tient en une phrase : non, il n'existe aucune différence biologique entre une chouette et un hibou. Le mot change selon qu'on voit ou non deux touffes de plumes sur la tête, et c'est tout.
Autant l'annoncer sans détour, parce que le sujet traîne derrière lui une quantité d'explications inventées : le hibou serait plus gros, la chouette plus nocturne. Rien de cela ne tient. La distinction est un accident du vocabulaire français, et la comprendre demande de regarder la langue plutôt que l'oiseau.
Un critère purement visuel : les aigrettes
La règle est simple. Si l'oiseau porte deux touffes de plumes dressées au sommet du crâne, le français l'appelle hibou. S'il n'en a pas, il l'appelle chouette. Ces touffes s'appellent des aigrettes, et il faut insister sur un point souvent mal compris : ce ne sont ni des oreilles ni des cornes. Elles ne contiennent aucun organe auditif. Les vrais orifices auriculaires sont dissimulés sous les plumes de chaque côté de la face, et ils sont souvent asymétriques, décalés en hauteur, ce qui permet à l'oiseau de localiser un campagnol sous la neige au millimètre près.
Les aigrettes servent principalement à la communication visuelle et au camouflage. Un hibou moyen-duc dérangé se tasse contre un tronc, se fait fin, dresse ses aigrettes et ressemble alors à un moignon de branche cassée. Elles se couchent quand l'oiseau est détendu.
Le contre-exemple qui démonte tout : le petit-duc et le grand-duc
Le genre Bubo réunit des oiseaux très proches génétiquement. On y trouve le hibou grand-duc d'Europe (Bubo bubo), le plus grand rapace nocturne du continent, jusqu'à 75 cm de long pour près de 1,80 m d'envergure, et le harfang des neiges (Bubo scandiacus), à peine plus petit. Le premier porte de grandes aigrettes et s'appelle hibou. Le second n'en a pas et s'appelle chouette harfang. Même genre, nom vernaculaire opposé.
Le harfang fournit d'ailleurs un deuxième démenti au passage : il chasse largement de jour. Dans la toundra arctique en été, le soleil ne se couche pas, et attendre la nuit serait une stratégie perdante. La chevêche d'Athéna, autre chouette, est également active en fin de journée et se laisse volontiers voir perchée en plein soleil sur un piquet.
La vraie coupure scientifique passe ailleurs
Les ornithologues séparent bien les rapaces nocturnes en deux groupes, mais pas selon les aigrettes. L'ordre des Strigiformes se divise en deux familles. Les Strigidés rassemblent la grande majorité des espèces, avec un disque facial arrondi et des yeux sombres ou orangés. Les Tytonidés regroupent les effraies, reconnaissables à leur face en forme de cœur, très blanche, et à leurs yeux entièrement noirs.
Ce détail invalide une erreur qu'on lit fréquemment, y compris dans des textes de vulgarisation : la chouette effraie n'est pas un Strigidé. Elle appartient aux Tytonidés, une famille distincte, séparée des autres depuis des dizaines de millions d'années. Une chouette hulotte est bien plus proche d'un hibou moyen-duc que d'une chouette effraie, alors que les deux portent le même mot dans leur nom français. Voilà la démonstration la plus nette que ce mot ne classe rien.
En France, sept ou huit espèces suffisent à s'y retrouver
Sur le terrain, la bonne question n'est pas hibou ou chouette mais quelle espèce. Une hulotte se repère au chant, le hululement tremblé des films, et au cri aigu de la femelle. Une effraie émet un chuintement rauque et se reconnaît immédiatement à sa face blanche en cœur quand elle passe dans les phares. Un moyen-duc, un grand-duc, une chevêche, une chouette de Tengmalm ou un petit-duc scops se différencient bien mieux par la voix que par la silhouette, surtout de nuit.
Toutes ces espèces sont protégées en France. Le grand-duc a failli disparaître du pays au milieu du XXe siècle avant de remonter, et la chevêche comme l'effraie souffrent de la disparition des vieux bâtiments agricoles et des arbres creux. Un nichoir adapté posé sur une grange, une ouverture laissée dans un clocher ou un vieux fruitier conservé pèsent davantage pour elles que n'importe quelle question de vocabulaire.
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