Les grands singes face à de graves menaces pour leur survie

découvrez les menaces graves pesant sur la survie des grands singes et l'urgence de la situation dans un monde en évolution rapide.
Sommaire5 sections
  1. 01Quatre genres, sept espèces, une même trajectoire
  2. 02La route arrive avant la tronçonneuse
  3. 03Les virus, dont les nôtres
  4. 04Les conflits armés, et le cas des Virunga
  5. 05Ce qui a marché pour les gorilles de montagne

Toutes les espèces de grands singes sont aujourd'hui classées en danger ou en danger critique par l'UICN, et une seule population fait exception à la courbe descendante : les gorilles de montagne, passés sous la barre des 250 individus dans les années 1980 et recensés à 1 063 en 2018. Comprendre pourquoi eux et pas les autres en dit long sur le reste.

Quatre genres, sept espèces, une même trajectoire

Gorille adulte assis dans la végétation dense d'une forêt de montagne

Les grands singes regroupent les chimpanzés, les bonobos, les deux espèces de gorilles et les trois d'orangs-outans. La dernière, l'orang-outan de Tapanuli, n'a été décrite qu'en 2017, dans un massif du nord de Sumatra : environ 800 individus, ce qui en fait le grand singe le plus menacé de la planète dès sa découverte. Le tableau n'est pas meilleur à l'échelle des primates, dont environ 60 % des espèces sont menacées d'extinction selon une synthèse parue dans Science Advances en 2017.

Un point d'anatomie démographique explique la difficulté à redresser la barre. Une femelle gorille met bas tous les quatre ans environ, une femelle orang-outan tous les six à huit ans, ce qui est le rythme le plus lent connu chez les mammifères. Une population décimée ne remonte pas en une décennie, elle remonte en un demi-siècle, à condition que rien ne recommence entre-temps.

La route arrive avant la tronçonneuse

On désigne la déforestation comme la cause première, et c'est vrai pour l'orang-outan, dont l'habitat de plaine à Bornéo et Sumatra a été converti en plantations de palmiers à huile et en concessions forestières. Pour les singes africains, le mécanisme est plus indirect. Ce qui tue, c'est la piste.

Une route forestière ou une mine ouvre un massif jusque-là inaccessible. Elle amène des camions, donc un moyen d'évacuer de la viande vers les villes, et des travailleurs à nourrir en pleine forêt. La chasse commerciale suit dans les mois qui suivent, à des dizaines de kilomètres du chantier lui-même. L'exploitation du coltan dans l'est de la République démocratique du Congo et celle de la bauxite en Guinée, en plein cœur de l'aire du chimpanzé d'Afrique de l'Ouest, fonctionnent exactement sur ce schéma.

Les virus, dont les nôtres

Le virus Ebola a fait disparaître des populations entières en Afrique centrale entre le milieu des années 1990 et 2005. À Lossi, en République du Congo, plus de 5 000 gorilles ont succombé sur un seul massif. Les estimations publiées évaluent à environ un tiers la part des gorilles du monde tués par les épidémies d'Ebola sur cette période. Des essais de vaccination sur des chimpanzés captifs ont montré une réponse immunitaire, mais vacciner des animaux sauvages reste un problème logistique non résolu.

L'autre voie de contamination est plus banale et plus discutée : nous. Les grands singes partagent assez de patrimoine génétique avec l'humain pour attraper nos virus respiratoires. Des épidémies mortelles chez les chimpanzés des forêts de Taï, en Côte d'Ivoire, et de Gombe, en Tanzanie, ont été reliées génétiquement à des virus humains ordinaires, dont un rhinovirus. D'où les règles imposées sur les sites de tourisme de vision : distance minimale de sept à dix mètres, port du masque, interdiction d'approcher en cas de symptômes, groupes limités à huit personnes par jour et par famille de gorilles.

Les conflits armés, et le cas des Virunga

Une part importante des points chauds de biodiversité tropicale a connu un conflit armé depuis soixante ans, et les forêts à grands singes n'y échappent pas. La guerre déplace des civils qui s'installent en lisière, met des armes automatiques en circulation et coupe les financements de surveillance au moment précis où il en faudrait davantage.

Le parc national des Virunga en donne l'illustration la plus dure. Ce parc se trouve en République démocratique du Congo, sur le versant congolais d'un massif volcanique partagé avec le Rwanda et l'Ouganda ; c'est le plus ancien parc national d'Afrique, créé en 1925. Il a traversé le génocide rwandais de 1994 et ses suites, l'installation de camps de réfugiés à ses portes, puis deux décennies d'occupation par des groupes armés. Plus de deux cents gardes y ont été tués depuis 1996. Les gorilles de montagne, eux, ont malgré tout progressé.

Ce qui a marché pour les gorilles de montagne

Le contre-exemple mérite qu'on le regarde de près, parce qu'il n'a rien de miraculeux. Trois choses ont été faites en continu depuis les années 1980, sur un territoire de moins de 800 kilomètres carrés : une surveillance armée permanente avec retrait systématique des collets, un suivi vétérinaire de terrain qui intervient sur les animaux blessés ou malades, et un tourisme cher et strictement contingenté dont une part des recettes revient aux communautés riveraines.

Le résultat est mesurable : population multipliée par quatre en trente-cinq ans, et reclassement de la sous-espèce de « en danger critique » à « en danger » par l'UICN en 2018. La recette est coûteuse, difficile à transposer à un massif de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés comme le bassin du Congo, et elle repose sur une présence humaine permanente. Elle prouve au moins qu'une courbe de déclin chez un grand singe n'est pas irréversible.

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