Le mandrill : un singe spectaculaire aux couleurs vives
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Le museau rouge et bleu du mandrill n'est pas une fantaisie de la nature : c'est une carte d'identité sociale, lisible à dix mètres dans la pénombre d'une forêt gabonaise, qui indique le rang du mâle et s'éteint quand il le perd. Voilà pourquoi ce primate est coloré comme aucun autre mammifère.
Ni grand singe, ni babouin : le plus gros singe du monde
Première mise au point, parce qu'on lit souvent le contraire : le mandrill n'est pas un grand singe. Les grands singes sont les chimpanzés, bonobos, gorilles et orangs-outans, tous dépourvus de queue. Le mandrill, lui, est un cercopithécidé, un singe de l'Ancien Monde, avec une petite queue dressée de 5 à 10 centimètres. Il a longtemps été classé dans le genre Papio, celui des babouins, avant d'être rangé avec le drill dans le genre Mandrillus.
Cela dit, il détient un record : c'est le singe le plus lourd de la planète. Un mâle adulte pèse couramment entre 20 et 30 kg, parfois davantage, avec des canines de 4 à 5 centimètres qu'il exhibe dans un bâillement d'intimidation. La femelle plafonne autour de 11 à 13 kg. Un écart de un à trois entre les sexes, ce qui est énorme chez les primates.
La couleur comme bulletin de notes
Le rouge du nez et le bleu des bourrelets latéraux viennent de deux mécanismes différents. Le rouge est vasculaire : ce sont des capillaires dilatés sous une peau fine, dont l'afflux sanguin dépend directement du taux de testostérone. Le bleu est structurel, produit par la diffusion de la lumière dans le collagène du derme, et il bouge beaucoup moins.
Les travaux menés au Gabon sur la colonie semi-libre du CIRMF, à Franceville, ont montré que la vivacité du rouge suit le rang de l'animal presque en temps réel. Un mâle qui prend la tête d'un groupe voit ses couleurs s'intensifier en quelques semaines. Un mâle destitué pâlit dans les mêmes délais, ses testicules diminuent, et son fanion rouge s'éteint. La couleur ne prédit donc pas seulement le rang : elle le suit.
Les femelles regardent ce signal, et cela se vérifie sur le terrain : les mâles les plus rouges obtiennent nettement plus d'accouplements. Le croupion, également coloré de bleu et de rose, joue le même rôle vu de dos, ce qui compte dans un sous-bois où on se suit à la file.
Des hordes qui comptent parmi les plus grands groupes de primates
C'est l'autre singularité de l'espèce. Les mandrills vivent en hordes composées de femelles apparentées et de leurs jeunes, auxquelles s'agrègent des mâles. On lit souvent le chiffre de 600 à 800 individus comme s'il s'agissait de la norme : c'est plutôt le haut du panier. Les comptages menés dans le parc national de la Lopé, au Gabon, ont donné des hordes de plusieurs centaines d'animaux, et un rassemblement exceptionnel estimé autour de 1 300 têtes, filmé à découvert lors d'une traversée de route. Aucun autre primate non humain ne forme d'agrégation aussi nombreuse.
Les gros mâles adultes, eux, passent une bonne partie de l'année seuls ou en marge, et rejoignent la horde pendant la saison de reproduction, entre juin et octobre selon les sites. Cette vie de solitaire explique qu'on en croise parfois un au détour d'une piste, ce qui laisse une impression très différente du passage d'un groupe entier.
Un omnivore qui fouille le sol
Le mandrill mange surtout des fruits, des graines et des fibres végétales, complétés de champignons et de feuilles. Il y ajoute ce qui passe : fourmis, termites, scorpions, escargots, petits vertébrés comme des grenouilles ou des musaraignes, et à l'occasion des œufs ou des oisillons prélevés dans un nid. Des cas de prédation sur de jeunes antilopes ont été rapportés, mais ils restent marginaux.
Il passe le plus clair de sa journée au sol, à retourner la litière de feuilles et l'écorce morte. Ses abajoues, deux poches situées dans les joues, contiennent presque autant que son estomac : il y stocke ce qu'il ramasse quand la concurrence est proche, quitte à mastiquer plus tard, à l'écart. Il dort en revanche dans les arbres, ce qui le met hors de portée du léopard, son principal prédateur avec l'aigle couronné pour les jeunes.
Un langage sonore et gestuel bien fourni
Les éthologues ont décrit chez le mandrill une série de vocalisations distinctes : grognements de contact qui maintiennent la cohésion quand la horde se disperse sous le couvert, cris d'alarme, aboiements bruyants des mâles. S'y ajoute tout un répertoire de mimiques. Le bâillement qui découvre les canines est une menace, pas une marque de fatigue. Le claquement de dents et le retroussement des lèvres, à l'inverse, apaisent une tension.
Une espèce vulnérable, et pour des raisons simples
Le mandrill est classé vulnérable sur la liste rouge de l'UICN, avec une population en déclin. Deux causes dominent. La chasse pour la viande de brousse d'abord, facilitée par les routes forestières qui ouvrent des massifs jusque-là inaccessibles ; un mâle de 25 kg représente beaucoup de viande, et sa taille en fait une cible de choix. L'exploitation du bois et la conversion des forêts ensuite, qui fragmentent une aire de répartition déjà restreinte à quatre pays.
Le parc national de la Lopé et celui de Moukalaba-Doudou, tous deux au Gabon, abritent les populations les mieux suivies. C'est là que se concentrent les programmes de comptage et de suivi par GPS qui ont permis d'établir ce qu'on sait aujourd'hui de la taille réelle des hordes.
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