L'histoire fascinante de la domestication des chiens
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Le chien est le premier animal que l'homme ait domestiqué, bien avant la chèvre et avant le blé. Le reste de l'histoire est moins ferme qu'on ne le lit partout : ni la date, ni le lieu, ni le scénario ne font consensus.
Le plus vieux chien reconnu a 14 000 ans, et il avait été soigné
En 1914, des ouvriers de carrière tombent sur une sépulture double à Oberkassel, près de Bonn : deux humains, et avec eux les restes d'un canidé. La tombe est datée d'environ 14 000 ans. C'est encore le plus ancien chien domestique dont le statut ne soit pas discuté.
Le détail qui compte est arrivé bien plus tard. En réexaminant les dents en 2018, une équipe de l'université de Louvain a montré qu'il s'agissait d'un jeune chien de six à sept mois, dont l'émail portait la trace de deux crises de maladie de Carré. Un chiot dans cet état ne survit pas seul. Quelqu'un l'a tenu au chaud et nourri des semaines durant, alors qu'il n'était d'aucune utilité : c'est la preuve la plus directe qu'on ait d'un attachement.
Le loup gris d'aujourd'hui n'est pas l'ancêtre du chien
La formule « le chien descend du loup gris » est fausse dans sa version simple. Chiens et loups gris actuels sont deux branches issues d'une même souche de loups du Pléistocène, aujourd'hui éteinte. Le loup qu'on croise dans le Mercantour est un cousin du chien, pas son ancêtre.
La date de la séparation est elle aussi malmenée. Le chiffre de 100 000 ans, encore recopié partout, vient d'une étude de 1997 que les données récentes n'ont pas confirmée. Les estimations actuelles tournent entre 20 000 et 40 000 ans.
Une domestication, ou deux ?
Asie de l'Est, Sibérie, Proche-Orient, Europe : chaque équipe tire dans une direction différente selon les échantillons qu'elle a pu séquencer. Une étude parue dans Nature en 2022 a comparé 72 génomes de loups anciens. Les chiens y descendent surtout de loups d'Eurasie orientale, mais ceux du Proche-Orient et d'Afrique portent en plus une composante occidentale. Deux foyers de domestication expliqueraient ce mélange, un croisement ultérieur aussi.
Ce que la domestication a changé dans le corps du chien
Vivre près des humains laisse des traces mesurables. La plus parlante concerne la digestion : une étude de 2013 a montré que le chien porte souvent plusieurs copies du gène AMY2B, qui code une enzyme digérant l'amidon, là où le loup n'en a que deux. Une adaptation aux restes de cuisine des sociétés agricoles, qui explique pourquoi le chien tolère les céréales quand le loup s'en accommode mal.
Le reste est plus connu. Le chien suit le doigt qui pointe et lit le regard humain mieux qu'un loup élevé à la main. Il aboie beaucoup adulte, alors que le loup n'aboie presque plus une fois sorti de l'enfance.
Trois cents races, mais presque toutes récentes
Du chihuahua de 1,5 kg au dogue allemand de 70 kg, tous appartiennent à la même sous-espèce, Canis lupus familiaris. Cette amplitude fait du chien le mammifère domestique dont la morphologie varie le plus. Ce qui ne revient pas à en faire « l'animal le plus diversifié du monde », comme on le lit trop souvent.
Les fonctions, elles, sont anciennes : garde, chasse, conduite de troupeau. Mais la race au sens moderne, avec son standard écrit et son livre des origines fermé, date en grande partie de la seconde moitié du XIXe siècle et des premières expositions canines britanniques. Le berger allemand se date même à l'année : Max von Stephanitz achète son premier reproducteur en 1899.
Reste le point le moins souligné : dans la plupart des foyers, le chien ne travaille plus du tout. Ni garde, ni troupeau, ni traîneau. Il tient une place de membre de la famille, et c'est le changement de statut le plus récent de toute cette histoire.
Si le sujet vous intéresse au-delà de cet aperçu, le magazine "Dico Chiens" publie régulièrement des dossiers sur les races et le comportement canin.
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