Peut une baleine avaler des proies géantes ? Découvrez la réponse ici !
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Non. Une baleine bleue, le plus gros animal ayant jamais vécu, ne peut pas avaler une proie plus grosse qu'un ballon de plage. Le blocage ne vient pas de la bouche, qui est gigantesque, mais d'un tuyau situé juste derrière: l'oesophage, resté étroit pendant que tout le reste de l'animal atteignait trente mètres.
Une bouche immense qui ne débouche sur rien de large
Quand une baleine bleue attaque une nappe de krill, elle ouvre la gueule presque à la verticale, les plis de sa gorge se déploient comme un accordéon et la cavité se remplit d'un volume d'eau qui peut dépasser sa propre masse corporelle, de l'ordre de plusieurs dizaines de tonnes en une seule gorgée. Le spectacle laisse croire qu'elle pourrait avaler à peu près n'importe quoi.
Sauf que cette eau ne descend pas. Elle est chassée vers l'extérieur par la langue et les muscles de la gorge, à travers les fanons: trois à quatre cents lames cornées, frangées sur leur bord interne, qui pendent de la mâchoire supérieure et forment un tamis. Le krill et les copépodes restent piégés dans ce tamis, sont raclés et déglutis. Tout le reste ressort.
Une machine à filtrer, pas à croquer
La baleine bleue n'a pas de dents. Elle ne mord pas, ne déchire pas, ne mâche pas. Toute son anatomie est organisée autour d'une seule opération: engouffrer un volume énorme d'eau chargée de proies minuscules, puis le vider. Le krill mesure un à six centimètres. Une baleine en engloutit des millions par jour.
Les estimations classiques parlaient d'environ 3,6 tonnes de nourriture quotidienne pendant la saison d'alimentation. Des travaux publiés en 2021, fondés sur des balises embarquées et des relevés acoustiques des nappes de krill, revoient ce chiffre nettement à la hausse pour les grands rorquals. Dans tous les cas, la masse est atteinte par accumulation de proies d'un centimètre, jamais par capture de grosses pièces.
Ce que l'histoire du pêcheur de Provincetown a montré
En juin 2021, au large de Provincetown dans le Massachusetts, un pêcheur de homards en plongée s'est retrouvé quelques secondes dans la gueule d'une baleine à bosse qui remontait vers la surface. L'animal l'a recraché aussitôt. L'épisode a été raconté partout comme un miracle. Il illustre surtout un point d'anatomie: même en s'y employant, une baleine à fanons ne peut pas faire descendre un corps humain. Le mythe de Jonas ne tient pas devant la coupe d'un oesophage de rorqual.
Des organes colossaux, et un chiffre à corriger
Le reste de l'animal donne le vertige, à condition de citer les bonnes valeurs. Le coeur de la baleine bleue est souvent annoncé à 600 kilos: c'est faux. Le seul spécimen jamais prélevé et conservé, celui du Musée royal de l'Ontario, issu d'une baleine échouée à Terre-Neuve en 2014, pèse environ 180 kilos. Cela reste le plus gros coeur connu du règne animal, mais le chiffre de 600 kilos relève de la légende recopiée.
- Longueur: jusqu'à 30 mètres, pour une masse pouvant approcher 150 tonnes.
- Coeur: environ 180 kilos sur le spécimen mesuré.
- Langue: de l'ordre de 2,7 tonnes, soit le poids d'un gros 4x4.
- Capacité pulmonaire: proche de 5000 litres, pour des plongées de 5 à 15 minutes, parfois davantage.
La taille ne dit rien du menu
Chez les animaux marins, la masse corporelle et la taille des proies varient de façon indépendante. Le requin-baleine, l'autre géant des mers, mange lui aussi du plancton. Le requin blanc, bien plus petit, s'attaque à des phoques. Une orque de huit mètres chasse des proies que la baleine bleue ne pourrait pas même entamer.
Retenir cela évite la plupart des idées reçues sur les cétacés: devant une baleine à fanons, la bonne question n'est pas de savoir jusqu'où sa bouche peut s'ouvrir, mais ce que son tamis retient et ce que son oesophage laisse passer.
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