Comment cette incroyable association sauve-t-elle des milliers d'animaux de l'abattoir et les propose à l'adoption ?

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Sommaire6 sections
  1. 01Mazinghien, une maison devenue sanctuaire
  2. 02Pourquoi une poule part à l'abattoir à 18 mois
  3. 03Le rachat, la condition du sauvetage
  4. 04L'état des animaux à l'arrivée
  5. 05Au-delà des poules, les animaux que personne ne veut
  6. 06Faire bouger le regard sur un animal de rente

Une poule de réforme se rachète 4 euros, à condition d'en prendre deux et de signer qu'elle ne finira pas au four. Derrière le chiffre spectaculaire de 25 000 animaux sauvés depuis 2018, il y a un couple, une maison de village dans le Nord, et une organisation très concrète que n'importe qui peut comprendre en cinq minutes.

Poules rousses dans un enclos herbeux au fond d'un jardin

Mazinghien, une maison devenue sanctuaire

Mazinghien est un village du Cambrésis, dans le Nord, à la frontière de l'Aisne. C'est là que Pierre et Nadège Pauwels ont fondé "Les Ch'tites Cocottes & Cie" et transformé leur domicile en refuge. Pas un centre avec parking et boutique: un jardin, des enclos, des abris bricolés, et un flux d'animaux qui arrivent par camionnettes entières avant d'être redistribués entre les Hauts-de-France et la Belgique.

Pourquoi une poule part à l'abattoir à 18 mois

Une poule pondeuse entre en production vers 4 à 5 mois. Son rythme culmine quelques mois plus tard, puis décline à partir d'un an et demi environ. Elle pond encore, simplement moins régulièrement, et pour un élevage raisonnant au coût de l'oeuf produit, ce décrochage suffit à la rendre non rentable.

Arrive alors le vide sanitaire: le bâtiment est intégralement vidé, nettoyé, désinfecté, puis repeuplé avec un lot de jeunes poulettes. Les anciennes partent à l'abattoir, où leur chair, trop ferme, finit en produits transformés. Une poule de réforme a donc 18 mois, alors qu'un gallinacé peut vivre six à huit ans.

Le rachat, la condition du sauvetage

Les poules ne sont pas données: l'association les achète aux éleveurs, puis les recède 4 euros aux familles adoptantes. Ce prix n'a rien d'un tarif commercial, il couvre une partie du transport et des soins. Il joue aussi un rôle de filtre: un animal que l'on paie, même symboliquement, est moins souvent traité comme un objet gratuit dont on se débarrasse au premier problème.

Trois conditions à remplir pour adopter. Disposer d'un terrain adapté, avec un abri clos la nuit contre les renards et les fouines. En prendre au minimum deux, parce qu'une poule seule s'étiole. Et s'engager à ce qu'elle ne finisse jamais dans un four, ce qui reste, selon Pierre Pauwels, la question la plus fréquente au moment du retrait.

L'état des animaux à l'arrivée

Pierre Pauwels résume la chose sans détour: il faut "avoir le coeur bien attaché". Beaucoup de poules arrivent déplumées sur le dos et le cou, la crête pâle, parfois avec le bec sectionné. Le couple insiste sur un point qui dérange: l'état des animaux ne dépend pas seulement du label, et des poules issues d'élevages bio arrivent parfois dans des conditions comparables à celles du conventionnel.

Le plumage repousse en quelques semaines une fois l'animal sorti du bâtiment, avec de l'espace et de la lumière. C'est souvent ce qui frappe le plus les familles adoptantes: la transformation physique en un mois ou deux.

Au-delà des poules, les animaux que personne ne veut

Les bêtes trop abîmées pour être placées restent chez les Pauwels. Michel, un agneau atteint d'une malformation des pattes arrière, tond l'herbe du fond du jardin entre ses soins quotidiens. Bella, une chèvre porteuse elle aussi d'une malformation, et Billy, un bouc que la vue d'un bâton terrorise, y ont trouvé une place définitive. Ces animaux ne partiront pas à l'adoption: ils coûtent, ils soignent, et ils servent de preuve vivante à l'argumentaire de l'association.

Faire bouger le regard sur un animal de rente

Nadège Pauwels, éducatrice spécialisée de formation, a greffé sur le refuge une activité de médiation animale: interventions en EHPAD, passages en crèche, contact direct entre des résidents âgés et des animaux calmes. Le procédé change la catégorie mentale dans laquelle on range une poule, et c'est délibéré.

Le signe le plus net de ce basculement tient en une phrase entendue de plus en plus souvent chez les vétérinaires: des familles amènent leur poule en consultation. Il y a quinze ans, la demande faisait sourire. Elle est aujourd'hui banale dans plusieurs cabinets ruraux.

Nadège Pauwels associe cet engagement au véganisme et le décrit comme un choix de vie assumé, sans vacances ni week-ends depuis des années. On peut partager ou non ses convictions. Le fait mesurable, lui, reste celui-ci: depuis 2018, 25 000 poules qui étaient promises à un camion ont fini dans des jardins de particuliers, pour 4 euros pièce.

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