Que cachent les servals abandonnés trouvés dans la Loire ? Découvrez leur incroyable destinée !

découvrez le destin incroyable des servals abandonnés trouvés dans la loire et ce qu'ils cachent.
Sommaire4 sections
  1. 01Ce qu'est un serval, et pourquoi il ne tient pas dans un appartement
  2. 02Un marché nourri par les réseaux sociaux
  3. 03Ce que dit la loi française
  4. 04Ce que le cas de la Loire dit du reste

Un serval acheté 4 000 à 10 000 euros sous le manteau finit rarement sa vie dans le salon de son acheteur. À l'été 2024, le refuge Tonga Terre d'Accueil, adossé au zoo de Saint-Martin-la-Plaine dans la Loire, en hébergeait plusieurs, tous issus de trafics venus de l'Est de l'Europe. L'histoire tient moins du fait divers animalier que d'un marché illégal parfaitement organisé.

Ce qu'est un serval, et pourquoi il ne tient pas dans un appartement

Serval au pelage tacheté et aux grandes oreilles debout dans l'herbe haute

Le serval, Leptailurus serval, est un félin africain des savanes humides. Comptez 55 à 65 centimètres au garrot, 9 à 18 kilos, des pattes très longues par rapport au corps et des oreilles démesurées qui lui servent à localiser un rongeur dans l'herbe. Il bondit jusqu'à trois mètres en hauteur pour attraper un oiseau au vol. Dans la nature, il chasse plusieurs dizaines de proies par nuit et parcourt un territoire qui se compte en kilomètres carrés.

Rien de cela ne se transpose dans soixante mètres carrés. Un serval marque son territoire à l'urine, régulièrement et abondamment, avec une odeur que rien ne masque. Il n'apprend pas la propreté comme un chat. Il ne mange pas de croquettes : son régime demande des proies entières, os et viscères compris, sous peine de carences osseuses. Et à partir de deux ans, quand la maturité sexuelle arrive, l'animal qui jouait avec ses propriétaires devient imprévisible. C'est en général à ce moment précis que le téléphone du refuge sonne.

Un marché nourri par les réseaux sociaux

Jean-Christophe Gérard, vétérinaire du zoo de Saint-Martin-la-Plaine, observait cette mode avec inquiétude : des vidéos de célébrités et d'influenceurs posant avec un félin tacheté, sans jamais montrer ce que devient l'animal deux ans plus tard. La demande a nettement grimpé pendant la pandémie de Covid-19, période où les achats d'animaux ont explosé en général. Bérengère Monvoisin, de l'Office français de la biodiversité, relevait alors une hausse des saisies de servals sur le territoire.

Les filières partent principalement de Russie, de Biélorussie et de République tchèque, où l'élevage de félins exotiques est moins encadré. L'animal arrive en France avec une puce électronique frauduleuse et des papiers le présentant comme un chat domestique, parfois comme un savannah, ce croisement entre serval et chat domestique dont les premières générations posent d'ailleurs les mêmes problèmes de comportement.

Ce que dit la loi française

Détenir un serval n'est pas une affaire de bonne volonté. L'espèce relève des animaux non domestiques soumis à autorisation : il faut un certificat de capacité, une autorisation d'ouverture d'établissement, des installations conformes et un contrôle des services vétérinaires. Autant dire que cela vise les parcs zoologiques, pas les particuliers. Le code de l'environnement prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende pour la détention illégale d'une espèce protégée.

Les condamnations existent et ont été médiatisées : un gérant de discothèque sanctionné pour avoir exhibé un serval dans son établissement, un propriétaire connu pour ses vidéos en ligne condamné à une peine de prison assortie d'une amende. Ces décisions restent rares au regard du nombre d'animaux qui circulent, faute de moyens de contrôle sur les ventes entre particuliers et sur les messageries privées.

Ce que le cas de la Loire dit du reste

Tonga Terre d'Accueil, installé sur la commune de Saint-Martin-la-Plaine entre Saint-Étienne et Lyon, accueille depuis des années des animaux saisis par les douanes et l'OFB. Les servals y côtoient des primates, des reptiles et des rapaces confisqués. Le refuge est structurellement saturé, comme la plupart des structures françaises de ce type, et la sortie d'un pensionnaire vers un parc partenaire libère une place aussitôt reprise.

En Afrique, l'espèce n'est pas menacée d'extinction à l'échelle globale, mais elle recule localement sous l'effet de la conversion des zones humides en terres agricoles et du braconnage pour sa fourrure, revendue comme peau de léopard. Le commerce vers l'Europe ajoute une pression sur les populations sauvages quand les reproducteurs en sont issus.

La leçon est simple et un peu amère : chaque serval sauvé dans la Loire signale un acheteur qui a payé, un intermédiaire qui a encaissé, et une place de refuge immobilisée pour vingt ans. Le seul levier qui fonctionne se situe avant l'achat, pas après l'abandon.

Résumer cet article avec :

Partager :