Vous ne croirez jamais où ces renardeaux ont élu domicile à Paris ! (L'endroit est surprenant)
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La réponse tient en deux mots : le Père-Lachaise. Au printemps 2020, pendant le confinement, le conservateur du cimetière a photographié des renardeaux entre les tombes, et la photo a fait le tour du monde. Ces renards vivaient là depuis un moment : il aura fallu une ville à l'arrêt pour qu'on les remarque.
Quarante-quatre hectares fermés, une ville à l'arrêt
Benoît Gallot dirige le cimetière du Père-Lachaise, dans le 20e arrondissement. En avril 2020, Paris est vide, le cimetière est fermé au public, et il tombe sur une portée de renardeaux installée dans le secteur. Il les photographie, publie, et se retrouve avec un compte Instagram suivi par des dizaines de milliers de personnes. Il en a tiré un livre en 2022.
Sur le nombre de petits, prudence. Le chiffre de huit renardeaux circule dans beaucoup de reprises de l'histoire, y compris dans la version précédente de cet article, alors qu'une renarde met bas en moyenne quatre à cinq petits, six dans les portées généreuses. Huit reste possible mais rare, et personne n'a jamais compté la portée du Père-Lachaise autrement qu'à l'oeil, entre deux caveaux.
Pourquoi un cimetière, précisément
Le Père-Lachaise offre à peu près tout ce qu'un renard cherche en ville. Quarante-quatre hectares d'un seul tenant, ce qui en fait le plus grand espace du genre dans Paris intra-muros. Des milliers de caveaux dont certains sont affaissés, donc autant de terriers tout prêts. Des arbres anciens, un couvert végétal continu, des murs qui coupent le bruit. Et des grilles qui ferment la nuit, au moment exact où l'animal sort.
La nourriture ne manque pas non plus : rongeurs, oiseaux, fruits tombés, déchets des poubelles du secteur. Un renard mange de tout, des mulots aux mûres, et cette souplesse alimentaire explique l'essentiel de sa réussite urbaine.
Il partage les lieux avec une faune dense pour un centre-ville. Une quarantaine d'espèces d'oiseaux y ont été recensées, dont des corneilles, des chouettes hulottes, des faucons crécerelles, des mésanges, des éperviers et des gobe-mouches gris. On y trouve aussi des lézards des murailles, des chauves-souris, des fouines, des hérissons, des écureuils roux et une centaine de chats libres.
Côté insectes, l'inventaire liste 264 espèces de coléoptères et une centaine d'espèces de papillons, dont certains visiteurs inattendus. Un essaim d'abeilles s'était même installé dans la tête en bronze de la statue de Casimir Perier.
Ce qu'il faut savoir si vous en croisez un
Les renards du Père-Lachaise sortent surtout en dehors des heures d'ouverture. Les apercevoir de jour reste un coup de chance, généralement tôt le matin. La règle est simple et elle vaut pour tous les renards urbains : on ne les nourrit pas, on ne les approche pas, on ne cherche pas le terrier.
Nourrir un renard, c'est le condamner à moyen terme. Un animal qui associe l'humain à la nourriture perd sa distance de fuite, traverse les routes, s'approche des habitations et finit écrasé ou capturé. La distance est ce qui le protège.
Le renard roux, en quelques repères
- Taille : 60 à 90 cm de corps, plus une queue de 30 à 45 cm.
- Poids : 5 à 7 kg en général, les mâles au-dessus des femelles. Beaucoup moins lourd qu'il n'en a l'air sous sa fourrure d'hiver.
- Gestation : environ 52 jours, mise bas en mars ou avril, quatre à cinq petits en moyenne.
- Régime : omnivore opportuniste, campagnols en tête, complétés de fruits, d'insectes, d'oiseaux et de déchets.
- Activité : essentiellement nocturne et crépusculaire en ville, plus diurne à la campagne quand la pression de chasse est faible.
Sur l'histoire de la boussole magnétique, qu'on lit partout, la réalité est plus modeste que la légende. Une étude tchèque publiée en 2011 a observé que les bonds de chasse des renards sur une proie invisible sous la neige réussissaient nettement mieux lorsqu'ils étaient orientés vers le nord-nord-est. L'hypothèse d'un sens magnétique servant à calibrer le saut est sérieuse, mais elle repose sur ce travail et n'est pas confirmée par d'autres. Le renard ne « se dirige » pas au nord pour chasser.
Le paradoxe est difficile à ignorer : le même animal est photographié par des millions de gens dans un cimetière parisien et détruit à grande échelle à cent kilomètres de là. Un renard consomme plusieurs milliers de petits rongeurs par an, ce qui en fait un allié des cultures plutôt qu'un concurrent, et son statut est contesté année après année par les associations.
Le décor, pour ceux qui iront voir
Le Père-Lachaise a été inauguré en 1804. Il abrite plus de 70 000 concessions et reçoit environ 3,5 millions de visiteurs par an, ce qui en fait le cimetière le plus visité au monde. Il doit son nom à François d'Aix de La Chaise, le confesseur de Louis XIV, dont la maison de campagne des jésuites occupait la colline. La première personne inhumée était une fillette de cinq ans, en mai 1804.
On y vient surtout pour les tombes de Jim Morrison, d'Édith Piaf et d'Oscar Wilde, et l'on se perd immanquablement : le cimetière a son propre plan, avec des divisions numérotées comme des quartiers. Le conseil, si vous cherchez les renards plutôt que les célébrités, c'est de monter vers les divisions hautes et boisées, à l'est, loin des allées principales. Et d'accepter de ne rien voir : c'est le lot de qui observe un animal nocturne à onze heures du matin.
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