Une ou deux bosses ? Plongée fascinante dans le monde mystérieux des chameaux et dromadaires !
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Une bosse, c'est un dromadaire. Deux bosses, c'est un chameau de Bactriane. Mais la bosse ne stocke pas d'eau, elle ne dit rien de la résistance à la soif, et le vrai secret de ces animaux se joue dans leur sang et dans leurs reins.
Commençons par un point de vocabulaire que presque tous les articles ratent : le dromadaire est un chameau. Les deux appartiennent au genre Camelus. Le dromadaire, c'est Camelus dromedarius, une bosse. Le chameau de Bactriane domestique, c'est Camelus bactrianus, deux bosses. Et il existe une troisième espèce, sauvage, Camelus ferus, qui vit encore dans le désert de Gobi. Dire « chameau » pour parler d'un animal à deux bosses est un raccourci commode, mais le mot désigne en réalité toute la famille.
Ce qu'il y a vraiment dans une bosse
De la graisse. Rien d'autre, ou presque : du tissu adipeux traversé de quelques fibres, sans le moindre os, comme le montre n'importe quel squelette de camélidé. Une grosse bosse de dromadaire bien nourri pèse plusieurs dizaines de kilos et peut atteindre une trentaine.
Reste l'idée reçue tenace selon laquelle cette graisse servirait de réserve d'eau. C'est faux, mais pas pour la raison qu'on croit. Brûler de la graisse produit bien de l'eau métabolique, environ un gramme d'eau par gramme de graisse oxydée. Le problème, c'est que cette combustion demande de l'oxygène, donc une respiration accrue, et qu'on perd de la vapeur d'eau à chaque expiration. Le bilan net est proche de zéro. La bosse est une réserve d'énergie, pas une gourde.
Elle a un second usage, moins connu et plus astucieux : en concentrant la graisse sur le dos, l'animal garde le reste du corps quasiment dépourvu de couche isolante. La chaleur s'évacue par les flancs et le ventre, pendant que la bosse fait office de parasol. Un chameau amaigri a d'ailleurs une bosse qui s'affaisse et bascule sur le côté, ce qui est le signe visible d'un animal en mauvais état.
Les vraies armes contre la soif
Elles sont ailleurs, et elles sont plus impressionnantes que la bosse.
Le chameau laisse sa température corporelle dériver dans la journée, de 34 °C au petit matin à plus de 40 °C en fin d'après-midi. Un mammifère ordinaire transpirerait pour maintenir sa température fixe. Lui accepte de chauffer, économise ainsi plusieurs litres de sueur, puis évacue la chaleur accumulée pendant la nuit froide du désert.
Ses globules rouges sont ovales, pas ronds, et leur paroi supporte des variations de concentration qui feraient éclater les nôtres. Il peut perdre 25 à 30 % de sa masse corporelle en eau sans effondrement circulatoire, là où l'humain est en danger vital autour de 12 à 15 %. Ses reins produisent une urine très concentrée, ses crottes sortent presque sèches, et ses cornets nasaux récupèrent une partie de l'humidité de l'air expiré.
Deux animaux, deux déserts
Le dromadaire est l'animal des déserts chauds : Sahara, péninsule Arabique, Corne de l'Afrique, avec des étés au-delà de 45 °C. Son pelage clair renvoie le rayonnement, ses pieds larges et souples s'étalent sur le sable, ses narines se ferment pendant les tempêtes.
Le chameau de Bactriane vit dans un tout autre climat. En Mongolie et dans le nord-ouest de la Chine, il encaisse des hivers à moins 30 °C et des étés à plus de 40 °C, sur des sols rocheux plutôt que sablonneux. Il porte au plus fort de l'hiver une toison épaisse qu'il perd par plaques au printemps, dans un état de dépenaillement spectaculaire. Sur le registre de la résistance au froid, il joue dans la même catégorie que les animaux qui survivent aux conditions extrêmes du pôle Nord.
Au passage, une correction de gabarit qui traîne partout : le chameau de Bactriane n'est pas plus haut que le dromadaire. Il est plus court sur pattes, autour de 1,60 à 1,80 m au garrot, mais nettement plus lourd, jusqu'à 700 kg et davantage. Le dromadaire monte à 1,80 ou 2,10 m au garrot pour 400 à 600 kg. Le premier est trapu, le second élancé.

Le chameau sauvage, celui dont personne ne parle
Camelus ferus n'est pas un chameau domestique retourné à l'état sauvage : les analyses génétiques en font une lignée distincte, séparée depuis des centaines de milliers d'années. Il en reste moins d'un millier d'individus, entre le désert de Gobi et le Lop Nur, ce qui le place en danger critique d'extinction sur la liste rouge de l'UICN. Il boit une eau saumâtre qu'aucun chameau domestique ne tolère.
Il figure sur la même liste que les gorilles, eux aussi au bord de l'extinction, et il partage cette liste avec bien d'autres espèces que nous recensons dans notre dossier sur les animaux les plus menacés d'extinction.
Le lait, la course, le travail
Le lait de chamelle est plus riche en vitamine C que le lait de vache et plus pauvre en matière grasse. Sa structure protéique le rend difficile à cailler, ce qui explique pourquoi on trouve du lait fermenté et du lait en poudre de chamelle, mais très peu de fromages. Dans la Corne de l'Afrique, il fait partie de l'alimentation quotidienne. La Somalie possède le plus grand cheptel de dromadaires au monde.
Dans le Golfe, la course de chameaux est un sport encadré, doté de prix considérables. Elle a connu une transformation en 2005, quand les Émirats arabes unis ont interdit les jockeys enfants et les ont remplacés par de petits robots télécommandés fixés sur la selle, pilotés par les propriétaires qui suivent en 4x4 le long de la piste. Sur ces circuits, les meilleurs animaux dépassent 60 km/h sur de courtes distances. En allure de marche soutenue, un dromadaire de bât tient plutôt autour de 25 km/h, sur des dizaines de kilomètres.
Petite correction sur un point qui circule beaucoup : le cri du dromadaire n'est pas un « hou » doux. Les deux espèces blatèrent, ce grognement guttural, râpeux et prolongé que tout le monde a entendu au moins une fois dans un documentaire. Le dromadaire l'utilise surtout quand on le charge, quand on le fait s'agenouiller, ou quand un mâle en rut cherche à impressionner un rival, en sortant du palais un sac rose gonflable appelé doula.
Trois choses à retenir avant de croiser l'un des deux
Ils ne crachent pas par méchanceté : ce qu'ils projettent est un mélange de salive et de contenu stomacal, réservé aux situations où l'animal se sent menacé ou dérangé. Un chameau habitué aux touristes crache rarement.
Ils sont herbivores et mangent ce que les autres laissent, y compris des buissons épineux que leurs lèvres fendues et leur palais coriace leur permettent de saisir sans se blesser. Ils tolèrent des plantes salées et amères refusées par les chèvres.
Enfin, le dromadaire est le réservoir naturel du coronavirus MERS-CoV, identifié en 2012 au Moyen-Orient. Le risque de transmission concerne surtout le contact rapproché avec des animaux d'élevage et la consommation de lait cru, pas une balade encadrée dans le désert. C'est une raison de plus de ne pas boire le lait non pasteurisé sur place.
La prochaine fois que vous en croisez un, comptez les bosses, puis regardez les cils. Deux rangées, longues et denses, avec une troisième paupière transparente qui balaie l'œil comme un essuie-glace pendant les tempêtes de sable. C'est moins photogénique que la bosse, mais c'est plus utile à l'animal.
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