À la découverte des redoutables prédateurs de l'Australie
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L'Australie est le seul continent où les carnivores terrestres dominants sont des marsupiaux, plus un chien arrivé par bateau il y a quelques milliers d'années. Ce trio, diable de Tasmanie, dasyure et dingo, tient encore debout, mais chacun de ses membres affronte aujourd'hui une menace qui lui est propre : un cancer contagieux, un crapaud toxique, une clôture de 5 600 kilomètres.
Trois carnivores, trois crises distinctes
Précision d'entrée de jeu : les animaux les plus dangereux d'Australie pour un humain ne sont pas ceux dont parle cet article, mais le crocodile marin du Nord et quelques serpents. Les trois carnivores à poil décrits ici pèsent entre 3 et 20 kg et ne s'intéressent pas à nous. Leur intérêt est ailleurs : ils occupent les niches que tiennent partout ailleurs les félins et les canidés placentaires.
Le diable de Tasmanie et son cancer transmissible
Sarcophilus harrisii est le plus grand marsupial carnivore encore vivant, titre qu'il a récupéré en 1936 à la mort du dernier thylacine connu, au zoo de Hobart. Un mâle adulte pèse 8 à 12 kg pour la taille d'un petit chien trapu. Sa morsure, rapportée à sa masse, compte parmi les plus puissantes des mammifères : il broie l'os, le cartilage et la fourrure, et d'une carcasse il ne laisse guère que la boîte crânienne et le bassin.
C'est avant tout un charognard nocturne. Il consomme en moyenne 5 à 10 % de son poids par jour, et jusqu'à 40 % en une demi-heure quand l'occasion se présente. Les hurlements qui lui ont valu son nom sont des disputes autour d'une carcasse partagée, pas des cris de chasse.
Des populations indemnes ont été constituées en assurance sur des îles et en enclos, et en 2020 des diables ont été relâchés sur le continent, dans une réserve clôturée de Nouvelle-Galles du Sud, plus de trois mille ans après leur disparition du territoire australien. Des travaux récents suggèrent par ailleurs que la transmission ralentit et que certains individus développent une résistance, ce qui ne met pas l'espèce hors de danger mais change le pronostic.
Le dasyure, tueur en surnombre et victime d'un crapaud
Sous le nom de dasyure se cachent six espèces de quolls. Celle qu'on appelle chat marsupial à queue tachetée, Dasyurus maculatus, est la plus grosse : 2 à 4 kg en général, jusqu'à 7 kg pour un vieux mâle, avec des taches blanches qui, chez elle seule, se prolongent sur la queue.
Bon grimpeur, solitaire, il tue d'une morsure à la nuque. Sa réputation de massacreur de poulaillers est méritée et correspond à un comportement documenté chez de nombreux prédateurs : dans un espace clos où les proies ne peuvent pas fuir, le déclencheur de la mise à mort se réarme en continu et l'animal tue bien au-delà de ce qu'il mangera.
Les biologistes australiens ont répliqué par une méthode inattendue : distribuer aux quolls de petites saucisses de crapaud rendues écœurantes par un agent nauséeux. L'animal associe le goût au malaise et n'y revient pas. Cette aversion conditionnée se transmet en partie aux jeunes, et elle a produit des résultats mesurables sur les sites traités.
Le dingo n'est pas un loup
Une erreur circule beaucoup à son sujet : le dingo ne descend pas des loups gris asiatiques. C'est un chien domestique retourné à l'état sauvage, arrivé d'Asie du Sud-Est par les routes maritimes il y a environ 3 500 à 5 000 ans, d'après les plus anciens ossements datés, trouvés en Australie-Méridionale. Oreilles dressées, robe fauve : la morphologie d'un chien rendu à lui-même depuis très longtemps.
Avec 13 à 20 kg, il est le plus gros carnivore terrestre du continent. Il chasse seul de petites proies, en groupe familial pour le kangourou gris ou le wombat, et les éleveurs lui reprochent des attaques sur les moutons et les veaux. D'où la Dingo Fence, une clôture de 5 614 kilomètres érigée à partir des années 1880 pour protéger les pâturages du sud-est : c'est la plus longue barrière du monde, et elle offre une expérience involontaire grandeur nature.
Observer ces trois animaux sans les déranger
Le diable se voit surtout en sanctuaire tasmanien, où les programmes de conservation acceptent le public ; en pleine nature, il est nocturne et discret. Le quoll tacheté se repère plutôt aux pièges photographiques qu'à l'œil nu. Le dingo, lui, se rencontre facilement sur l'île K'gari, au large du Queensland, et c'est justement là que les consignes comptent : ne jamais nourrir un dingo, ne pas courir, garder les enfants à portée de main. Des incidents graves y ont eu lieu, tous liés à des animaux habitués à la nourriture humaine.
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