Chartreux, apparence, caractère, histoire, santé et alimentation
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Neuf chats gris sur dix présentés comme des chartreux n'en sont pas. La race a des critères précis, une histoire française bien documentée et un point de vigilance sanitaire unique, le groupe sanguin B, à régler avant toute saillie.
Reconnaître un vrai chartreux
La couleur ne suffit pas. Le bleu du chartreux vient de la dilution de l'eumélanine, le même gène qui donne le bleu du british ou du bleu russe, et il se retrouve chez des milliers de chats de gouttière. Ce qui identifie la race, c'est un ensemble de proportions.
La tête forme un trapèze large à la base, avec des bajoues très marquées chez le mâle entier à partir de 2 ans, ce qui donne cette impression de capuche autour du visage. Les oreilles sont plantées haut et restent petites. Les yeux vont du cuivre à l'or franc, jamais au vert : un chat gris aux yeux verts n'est pas un chartreux. Le corps est puissant, posé sur des pattes fines pour la masse, une silhouette que les éleveurs résument en parlant de pomme de terre sur cure-dents. Le poil est court, dense, légèrement laineux, avec un sous-poil épais qui le fait se casser en nuque de mouton plutôt que se coucher à plat.
Un mâle adulte pèse 5 à 7 kg, une femelle 3 à 4,5 kg, et l'écart entre les deux sexes est l'un des plus nets chez le chat domestique.
Une race reconstruite en Bretagne, pas au monastère
La légende des moines de la Grande Chartreuse, dans le massif de Chartreuse au nord de Grenoble, élevant ces chats au Moyen Âge circule partout et n'a jamais été étayée par une archive. L'hypothèse la plus solide renvoie à un textile : la « pile de Chartreux », une laine espagnole grise dont le nom aurait glissé vers l'animal. Buffon décrit déjà le chat des Chartreux au 18e siècle comme un chat gris de ferme, sans lien monastique.
La race telle qu'on la connaît a été construite dans les années 1920 par les soeurs Léger, à Belle-Île-en-Mer, à partir des chats gris libres de l'île. Leur premier sujet, Coquette, ouvre une lignée présentée en exposition à Paris en 1931. La Seconde Guerre mondiale décime les élevages, et la reconstruction passe par des croisements avec le british shorthair et le persan bleu, ce qui explique certaines têtes trop rondes encore visibles aujourd'hui.
La confusion devient officielle en 1970, quand la Fédération internationale féline fusionne chartreux et british bleu sous un seul standard. Elle les sépare de nouveau en 1977, sous la pression des éleveurs français, et ferme progressivement le livre des origines aux croisements britanniques.
Un caractère de chat silencieux
Le chartreux parle peu. Beaucoup de sujets miaulent à peine, et certains produisent surtout un petit son bref, presque un couinement, qui surprend la première fois venant d'un chat de 6 kg. Il suit son humain de pièce en pièce, s'installe à portée de main plutôt que sur les genoux, et rapporte volontiers une balle de papier froissé.
Cette docilité a une contrepartie que les éleveurs signalent régulièrement : un chartreux se plaint rarement. Il encaisse un déménagement, une douleur ou l'arrivée d'un bébé sans manifestation bruyante, et le changement se lit alors dans des signaux discrets, une baisse d'appétit, un toilettage excessif sur une zone, un sommeil qui s'allonge. Chez cette race, un chat qui devient très calme mérite plus d'attention qu'un chat qui râle.
Il vit très bien en appartement à condition d'avoir de la hauteur et une fenêtre à observer. Son tempérament posé le rend adapté à un foyer avec enfants, et à un premier chat.
Santé, dents et poids
Hors ce point, la race vieillit bien, avec une espérance de vie de 13 à 16 ans. Deux surveillances méritent d'être posées en routine. La première concerne la bouche : le chat ne fait pas de caries au sens humain, mais des lésions résorptives, où la dent se dissout à hauteur du collet. C'est douloureux, très fréquent après 5 ans, et cela passe inaperçu parce que l'animal continue de manger. Un contrôle dentaire à chaque visite annuelle vaut mieux qu'un détartrage tardif.
La seconde concerne le poids. Un chartreux stérilisé vivant en intérieur est un candidat sérieux au surpoids, d'autant que sa masse naturelle masque les premiers kilos. On se fie aux côtes : elles doivent se sentir sous le doigt sans appuyer. Au moindre doute sur un essoufflement, une boiterie ou une prise de poids rapide, c'est le vétérinaire qui tranche, pas la balance de la salle de bains.
Acheter sans se tromper
Comptez 900 à 1 300 euros pour un chaton issu d'un élevage déclaré, pedigree LOOF, vacciné, identifié et testé. Le prix intègre le typage sanguin des parents, les tests de dépistage et trois mois de socialisation. Un chaton gris vendu 300 euros sans pedigree est un chat gris, ce qui n'enlève rien à ses qualités, mais ce n'est pas un chartreux et il ne faut pas le payer comme tel.
Le chaton part à 12 semaines au plus tôt en pratique, la loi française fixant le minimum à 8 semaines. Demandez à voir la mère, l'attestation de cession, le numéro d'identification et le certificat vétérinaire. Un éleveur qui refuse la visite du lieu de vie est un éleveur qu'on quitte.
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