Chartreux, découvrez l'histoire et les caractéristiques de ce chat français
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Le chartreux blanc n'existe pas, les moines des Carpates non plus, et un chaton bleu vendu sans pedigree n'est pas un chartreux. Trois choses à savoir avant d'en chercher un, parce qu'elles décident du prix, de l'éleveur et de ce que vous ramenez à la maison.
La légende orientale, et ce qu'on en sait
Le récit habituel fait arriver la race en France au Moyen Âge, dans les bagages de moines qui l'auraient rapportée d'Orient et installée à la Grande Chartreuse. C'est une jolie histoire et rien ne l'étaye : les archives de l'ordre ne mentionnent pas de chats, et la version qui parle de moines venus des Carpates est une invention plus récente encore, sans aucun fondement.
Ce qui est documenté est plus modeste et plus sûr. Buffon, en 1756, range le chat des chartreux parmi les variétés de chats présentes en France, aux côtés du chat domestique commun, du chat d'Espagne et du chat d'Angora. Le nom lui-même désignait sans doute d'abord une qualité de laine espagnole, la pile des Chartreux, dont la couleur rappelait celle de ces chats. La race, elle, n'existe comme race qu'à partir du XXe siècle.
Ce qu'un chartreux est physiquement
Il faut reprendre point par point les descriptions qui circulent, parce qu'elles décrivent souvent un autre chat. Le chartreux est un format massif, dit primitif : les épaules larges, le poitrail développé, les pattes relativement courtes et fines par rapport au corps, ce qui lui vaut la formule de patate sur des cure-dents employée par les éleveurs. Un mâle adulte pèse couramment 6 à 7 kilos, une femelle 3 à 5. Rien de petit ni de mince là-dedans.
La fourrure n'est pas longue. Elle est courte à mi-longue, dense, double, avec un sous-poil laineux qui la fait se casser sur les flancs plutôt que de retomber, un peu comme la toison d'un mouton. Elle est bleue, uniformément, de toutes les nuances du gris bleuté, avec une préférence des juges pour les tons clairs. Les yeux vont du jaune à l'orange cuivré, et le vert est éliminatoire.
Le mâle développe des bajoues nettes qui lui donnent son air débonnaire, et la structure du museau dessine ce que tout le monde appelle le sourire du chartreux. Il mûrit lentement : un mâle n'a pas son format définitif avant trois ans, ce qui déroute les acheteurs qui trouvent leur chaton d'un an trop fin.
Ne pas le confondre avec ses deux sosies
Le british shorthair bleu est la confusion la plus fréquente, et elle est en partie l'héritage d'une décision de la Fédération internationale féline qui, dans les années 1970, avait regroupé les deux races avant de les séparer de nouveau. Le british a une tête plus ronde, un nez plus court, des pattes plus épaisses et un poil plus dur au toucher. Le chartreux a le crâne en trapèze inversé et le museau étroit.
L'autre sosie n'a pas de pedigree du tout : c'est le chat de gouttière gris, parfaitement charmant et absolument pas chartreux. La différence n'est pas snob, elle est concrète. Un chartreux est un chat inscrit au Livre officiel des origines félines, avec un pedigree qui nomme ses ascendants sur plusieurs générations et permet de savoir ce qui a été dépisté dans la lignée. Sans ce document, vous achetez un chat bleu, ce qui est très bien, mais au prix d'un chat bleu.
Un caractère discret, pas absent
Le chartreux parle peu. Certains individus ne miaulent presque jamais et se contentent d'un trille ou d'un ronronnement, ce qui alimente sa réputation de chat silencieux. Il observe avant d'agir, s'attache généralement à une personne en particulier, et supporte mal les maisons bruyantes et imprévisibles.
Dire qu'il ne demande pas d'attention serait aller trop loin. Il en demande autrement : il suit dans les pièces, s'installe à portée sans forcément monter sur les genoux, et réclame son jeu à heure à peu près fixe. C'est un chasseur efficace, et un chartreux d'intérieur qu'on n'occupe pas trouve à s'occuper tout seul, souvent aux dépens des plantes vertes.
Alimentation : le vrai risque est le surpoids
Les chartreux mangent volontiers et régulent mal leur ration s'ils sont stérilisés et sédentaires. La quantité se calcule sur le poids de forme, pas sur l'appétit, et le libre-service de croquettes est le meilleur moyen d'arriver à un chat de 9 kilos à cinq ans. Un chat en surpoids développe davantage de diabète, d'arthrose et de troubles urinaires, et il vit moins longtemps.
L'alimentation humide aide, parce qu'elle apporte de l'eau à une espèce qui boit peu. Pour le reste, un aliment complet adapté à l'âge suffit ; les compléments ne se justifient que sur prescription. Si vous voyez le poids grimper, c'est le vétérinaire qui fixe l'objectif et le rythme, une perte trop rapide étant dangereuse pour le foie du chat.
Santé : ce qu'un éleveur sérieux doit pouvoir montrer
La réputation de solidité de la race est globalement méritée, mais elle ne dispense pas de dépistage. L'anomalie la plus régulièrement citée chez le chartreux est la luxation de la rotule, qui se transmet et se recherche à l'examen orthopédique. Le dépistage échographique de la cardiomyopathie hypertrophique, pratiqué par un vétérinaire cardiologue sur les reproducteurs, fait partie de ce qu'un élevage sérieux propose spontanément.
Demandez à voir ces résultats, ainsi que le carnet de vaccination, le certificat vétérinaire de cession et le numéro d'identification. Un éleveur qui esquive ces questions vous en apprend beaucoup. L'espérance de vie se situe couramment autour de douze à quinze ans, et une visite annuelle suffit tant que le chat est adulte et en forme, le rythme passant à deux par an au-delà de sept ou huit ans.
Le prix réel, et le budget qui suit
La fourchette de 200 à 400 euros parfois citée ne correspond à rien : elle décrit le prix d'un chat gris sans origines, pas d'un chartreux. En élevage déclaré, un chaton inscrit au Livre officiel des origines félines se négocie couramment entre 800 et 1500 euros, davantage pour un sujet issu de lignées d'exposition. Le prix couvre le pedigree, l'identification, les premiers vaccins et le dépistage des parents.
L'achat est la petite part de la dépense. Sur quinze ans, l'alimentation, les antiparasitaires, les rappels annuels, la litière et au moins une consultation imprévue pèsent bien plus lourd, sans compter la pension pendant les vacances. Un chartreux n'est pas un chat cher à entretenir, il est simplement un chat, avec le coût que cela suppose sur la durée d'une adolescence humaine.
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