Animaux domestiques, sauvages, apprivoisés et de compagnie

Les animaux de compagnie et leur bien-être : les règles à suivre
Sommaire5 sections
  1. 01Domestique : une espèce transformée, pas un individu sympathique
  2. 02Sauvage : un statut d'espèce, pas un lieu de vie
  3. 03Apprivoisé : un état individuel, qui ne se transmet pas
  4. 04Animal de compagnie : une fonction, pas une nature
  5. 05Les espèces qui résistent, et celles qu'on a sous-estimées

En France, la frontière entre animal domestique et animal sauvage n'est pas une question de vocabulaire : c'est une liste, fixée par arrêté ministériel, et ce qui n'y figure pas relève d'un régime d'autorisations qui change tout pour le détenteur.

Les quatre mots reviennent sans arrêt et se mélangent : domestique, sauvage, apprivoisé, de compagnie. Trois d'entre eux décrivent un statut, le quatrième décrit un usage, ce qui explique une bonne part de la confusion. Un chat est domestique par nature et de compagnie par fonction ; un serval né en captivité et biberonné reste juridiquement sauvage, quelle que soit sa docilité.

Domestique : une espèce transformée, pas un individu sympathique

Un animal domestique appartient à une population que l'humain a élevée et sélectionnée sur de nombreuses générations, au point qu'elle diffère de sa souche sauvage : morphologie, cycle de reproduction, seuil de peur, tolérance à la présence humaine. Le chien descend du loup mais n'est plus un loup, y compris dans son crâne et sa digestion de l'amidon. La domestication se transmet aux petits, c'est ce qui la distingue de tout le reste.

Elle a aussi un revers, qu'on mesure aujourd'hui dans les cabinets vétérinaires : la sélection sur l'apparence a fabriqué des morphologies coûteuses en santé. C'est le prix d'un processus qui a par ailleurs donné des espèces capables de vivre avec nous, parfois au point d'être bien moins dangereuses pour l'homme que la faune sauvage. Chiens, chats, chevaux, bovins, porcs, poules, lapins et furets composent l'essentiel du groupe, et les espèces domestiques les plus répandues dans les foyers français se comptent surtout en chats et en chiens.

Deux usages, une même catégorie

Sauvage : un statut d'espèce, pas un lieu de vie

On croit souvent qu'un animal est sauvage parce qu'il vit dehors. C'est l'inverse : il est sauvage parce que son espèce n'a jamais été domestiquée, et il le reste où qu'il vive, y compris dans un salon. Un renardeau élevé au biberon depuis ses trois semaines est un animal sauvage apprivoisé, et sa détention par un particulier suppose des autorisations que quasiment personne n'obtient.

Le pigeon des villes, la fouine sous le toit, le lézard du mur du jardin : tous sauvages, tous à quelques mètres de nous. La proximité géographique ne crée aucun droit de détention, et ramasser un jeune animal trouvé dehors est la meilleure façon de lui nuire, la plupart du temps ses parents ne sont pas loin. Certaines de ces espèces figurent d'ailleurs parmi les animaux les plus rares recensés dans le monde, ce qui aggrave encore les sanctions.

Apprivoisé : un état individuel, qui ne se transmet pas

C'est le point que la plupart des articles ratent. L'apprivoisement ne modifie rien de physique ni de génétique chez l'animal : il abaisse son seuil de fuite vis-à-vis d'un humain donné, souvent d'un seul, et cet acquis meurt avec lui. Les petits d'un renard apprivoisé naissent exactement aussi craintifs que ceux d'un renard des bois.

Un animal apprivoisé n'est pas non plus un animal sûr. Il conserve son répertoire complet de comportements, y compris la défense en cas de douleur ou de peur, et il pèse parfois quatre-vingts kilos. C'est ce qui rend les fauves de spectacle dangereux malgré des années de contact quotidien : ils sont habitués, pas transformés.

Le seuil de tolérance varie aussi d'un individu à l'autre au sein d'une même portée, et il se referme avec l'âge : un jeune animal sauvage manipulé pendant sa période de socialisation redevient farouche à la maturité sexuelle, souvent vers six à douze mois selon l'espèce. C'est à ce moment précis que les particuliers appellent les centres de sauvegarde.

Animal de compagnie : une fonction, pas une nature

La catégorie est la plus floue des quatre parce qu'elle décrit une place dans un foyer. Un chat de gouttière et un cheval de club sont tous deux des animaux domestiques ; le premier est de compagnie, le second pas vraiment. Un perroquet gris du Gabon né en captivité, lui, tient la place d'un animal de compagnie tout en appartenant à une espèce non domestique, avec les documents CITES qui vont avec.

Et non, un animal de compagnie n'est pas un animal qui n'a besoin d'aucun apprentissage. La propreté, le rappel, la cage de transport, la marche en laisse, la manipulation des pattes et des oreilles pour les soins : tout cela s'apprend, et le vétérinaire vous le dira mieux que personne le jour où il faudra examiner un chat de huit ans qui n'a jamais été touché aux oreilles.

Les espèces qui résistent, et celles qu'on a sous-estimées

Une espèce se domestique mal quand elle a un régime alimentaire difficile à couvrir, une croissance lente, une reproduction impossible en captivité, un tempérament paniqueur ou une structure sociale sans hiérarchie exploitable. Le zèbre coche presque toutes les cases : il panique, il mord et il a un réflexe d'esquive redoutable, ce qui explique qu'aucune civilisation africaine ne l'ait jamais attelé sérieusement malgré des siècles de tentatives.

La liste des irrécupérables est plus courte qu'on ne le dit. Hippopotame, rhinocéros, tigre, ocelot, loris lent, panda roux, fennec : sur ceux-là, le calcul ne tient pas, et il n'y a aucune raison de recommencer. Le renard, en revanche, n'a rien à faire sur cette liste. L'expérience conduite par Dmitri Beliaïev à Novossibirsk depuis 1959 a produit, en une quarantaine de générations de renards argentés sélectionnés sur la seule docilité, des animaux qui remuent la queue, cherchent le contact et présentent des robes tachetées et des oreilles tombantes apparues sans qu'on les sélectionne. La démonstration a un revers : ces renards restent des animaux de laboratoire, bruyants et à l'odeur forte, et ils ne font pas des compagnons d'appartement.

La question de fond dépasse la sémantique. Savoir ce qu'est une espèce sauvage change la façon dont on la croise, dont on la nourrit ou non, et dont on protège la biodiversité au quotidien. Un animal qu'on classe mal, on le traite mal.

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