Les animaux de la ferme : les espèces et leur utilité
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Aucun animal ne travaille plus la terre dans une exploitation céréalière française, et la laine d'une brebis rapporte moins que sa tonte ne coûte. Voici, espèce par espèce, à quoi servent vraiment les animaux de la ferme aujourd'hui.
L'image de la ferme avec sa vache, ses trois poules et le cheval qui tire la charrue tient de la carte postale des années 1950. La traction animale a disparu des grandes cultures avec la mécanisation d'après-guerre : un céréalier de la Beauce n'a besoin d'aucun animal pour semer son blé, et un maraîcher non plus, sauf choix militant. Les animaux se sont concentrés dans des exploitations spécialisées, qui ne font plus que ça. Reste la question que se pose tout visiteur devant un pré : à quoi sert cette bête, et combien rapporte-t-elle à qui la nourrit ?
Les bovins : du lait, de la viande, et de la matière organique
C'est l'animal qui structure encore le paysage agricole français, du bocage normand aux estives de l'Aubrac. La séparation entre races laitières et races à viande est plus nette qu'on ne le croit : une Prim'Holstein, la vache noire et blanche qu'on voit partout, donne couramment 8 000 à 9 000 litres de lait par lactation, mais sa conformation musculaire n'intéresse pas le boucher. Une Charolaise ou une Limousine fait l'inverse.
Le fumier, lui, n'est pas un sous-produit anecdotique. Une vache laitière en produit plusieurs dizaines de tonnes par an, litière comprise, et cette matière organique retourne aux prairies et aux cultures. Dans les régions d'élevage, l'azote organique remplace une partie des engrais de synthèse ; dans les zones à forte densité animale, il devient au contraire un problème de gestion, avec des plans d'épandage encadrés par la réglementation sur les nitrates.
Ovins et caprins : deux familles qu'on confond tout le temps
Le mouton se prête à trois productions : la viande d'agneau, le lait et la laine. Sauf que sur les trois, une seule fait vivre l'éleveur français. L'agneau se vend, le lait de brebis a ses filières fromagères, roquefort en tête, et la laine ne rapporte pratiquement plus rien.
Sur ce point le calcul ne tient plus depuis des années : faire tondre une brebis coûte souvent plus cher que la toison ne se revend, les cours de la laine française étant tombés à quelques dizaines de centimes le kilo pour les qualités courantes. La tonte reste obligatoire, non pour vendre la laine, mais parce qu'une brebis non tondue souffre de la chaleur et attire les mouches qui pondent dans la toison souillée. C'est devenu un poste de dépense sanitaire, plus une source de revenu.
La chèvre, elle, produit entre 700 et 900 kilos de lait par lactation selon la race, Alpine et Saanen en tête. Ce lait part presque entièrement en fromage, souvent transformé à la ferme et vendu en direct, ce qui explique qu'on trouve des troupeaux caprins viables sur des surfaces bien plus petites qu'en bovin laitier.
Chevaux, ânes et mules : le travail agricole a presque disparu
Il faut le dire franchement : les équidés qu'on voit dans les prés français sont rarement des animaux de production. Ce sont des chevaux de loisir, des retraités, ou des animaux de pension hébergés chez un agriculteur qui loue son herbe. Le cheval de trait a bien failli disparaître avec la fin de la traction, et les races comme le Percheron, le Comtois ou le Boulonnais ne doivent leur survie qu'à des programmes de conservation.
L'âne, plus rustique et moins nerveux que le cheval, se retrouve surtout en débroussaillage, en randonnée bâtée et en gardiennage de troupeau. Il revient aussi, à toute petite échelle, dans des vignes à rangs serrés et des sols fragiles que le tracteur tasse. Il n'est pas pour autant l'animal sans entretien qu'on décrit parfois : ses sabots doivent être parés régulièrement par un maréchal-ferrant, et un âne laissé sur une prairie trop riche développe des problèmes métaboliques et de fourbure. Un vétérinaire équin est le bon interlocuteur dès qu'un âne boite ou refuse de poser un pied.
Volailles et porcs : les oubliés du tableau champêtre
On les cite rarement, alors qu'ils représentent l'essentiel des animaux d'élevage en nombre. Une poule pondeuse fournit un peu moins d'un oeuf par jour en pleine ponte, avec une baisse nette en hiver quand la durée du jour raccourcit. Les poulets de chair partent entre 35 jours pour les souches à croissance rapide et 81 jours minimum pour un label rouge fermier : cet écart de durée distingue les cahiers des charges mieux que n'importe quelle mention sur l'emballage.
Le porc, absent de l'imagerie champêtre, reste une production majeure très concentrée dans le Grand Ouest, avec des truies qui mettent bas dix à quinze porcelets, deux fois par an environ.
Un animal de ferme n'est pas un animal de parc
La différence mérite d'être posée, parce qu'elle explique beaucoup de malentendus dans les fermes pédagogiques. Un animal d'élevage a une fonction économique et une fin programmée ; un animal de parc zoologique vaut par sa présence, sa rareté et parfois son programme d'élevage international, comme l'a montré le cas du premier panda né en France, reparti vers la Chine. Les deux mondes n'obéissent pas aux mêmes règles.
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