Le chat chartreux : apparence, caractère, histoire, santé et alimentation

Connaissez-vous le chat Chartreux, particulièrement doux, à la robe bleu-gris et aux yeux jaunes ? Rien d’étonnant ! La popularité du chat Chartreux est bien plus ancienne que la publicité Sheba dans laquelle il apparait. Mais le nom de « Chartreux » prête souvent à confusion, car il est aussi utilisé pour désigner différents chats à la robe bleu-gris, comme les chats Angora à poil long et bleu ou le Bristish shorthair au pelage bleu-gris.
Sommaire6 sections
  1. 01Reconnaître un chartreux en dix secondes
  2. 02Le caractère : silencieux, pas distant
  3. 03Une histoire française, et une légende qui ne tient pas
  4. 04Santé : ce qui est documenté, ce qui ne l'est pas
  5. 05Nourrir un chat qui grossit facilement
  6. 06Acheter un chaton : les questions qui filtrent

Un chat gris n'est pas un chartreux. La race répond à un standard précis, elle se reconnaît à la tête autant qu'à la robe, et elle a failli disparaître deux fois au XXe siècle. Voilà ce qui la distingue vraiment du bleu russe et du british shorthair.

La confusion est permanente dans les petites annonces, où n'importe quel chaton gris devient « type chartreux ». Elle n'est pas anodine : trois races portent une robe bleue, elles n'ont ni la même morphologie, ni le même caractère, ni les mêmes prédispositions de santé. Autant savoir ce que l'on regarde avant de signer.

Reconnaître un chartreux en dix secondes

La robe est bleue, entendez gris ardoise, du plus clair au plus soutenu, avec un reflet argenté quand la lumière rase le poil. Elle doit être uniforme : pas de médaillon blanc, pas de fantôme de rayures chez l'adulte, même si les chatons naissent souvent avec des marques tabby qui s'effacent dans les premiers mois. Le poil est court, dense, légèrement laineux, doublé d'un sous-poil épais qui le fait se décoller quand on passe la main à rebrousse-poil. Cette texture est un critère du standard, pas un détail.

La tête tranche avec celle du bleu russe : large, en trapèze inversé, avec des joues pleines chez le mâle entier et un museau étroit qui donne l'impression d'un léger sourire. Les yeux vont du jaune cuivré à l'orange franc, jamais au vert, alors que le bleu russe a précisément les yeux verts. Le british shorthair, lui, est plus rond partout, tête, yeux et corps.

Un gabarit qui trompe sur la photo

Le dimorphisme est marqué. Un mâle adulte pèse couramment 6 à 7 kilos, la femelle reste entre 3,5 et 5 kilos, et la différence de silhouette est frappante quand on les voit côte à côte. Le mâle met du temps à se construire : il n'atteint son format définitif que vers 3 ans, avec des épaules larges, une poitrine profonde et des pattes courtes mais épaisses. Ne jugez pas un chaton de six mois sur sa carrure, il n'a rien montré encore.

Le caractère : silencieux, pas distant

Le trait le plus constant chez les propriétaires est le silence. Le chartreux miaule peu, parfois une petite voix chuintée sans rapport avec sa taille, et beaucoup de sujets ne s'expriment quasiment qu'en ronronnant. Qui cherche un chat bavard doit regarder ailleurs.

C'est un chat posé, observateur, qui suit d'une pièce à l'autre et s'installe à portée sans exiger le contact. La nuance compte : présent dans la pièce ne veut pas dire couché sur vous. Beaucoup de chartreux supportent mal les caresses longues et quittent les genoux au bout de quelques minutes, sans que cela signale une quelconque froideur. Les personnes qui rêvent d'un chat pot de colle sont souvent déçues, celles qui travaillent à la maison trouvent le compagnon idéal.

L'instinct de chasse reste vif, y compris chez un chat d'appartement qui n'a jamais vu une souris. Il se canalise en jeu : canne à pêche, balles, jouets distributeurs de croquettes. Deux séances de dix minutes par jour valent mieux qu'une heure le dimanche, et un chartreux qui s'ennuie grossit.

Une histoire française, et une légende qui ne tient pas

L'origine du nom fait l'objet d'un récit tenace : les chats auraient été élevés par les moines de la Grande Chartreuse. Aucune archive de l'ordre ne le confirme, et les cartusiens eux-mêmes n'en trouvent pas trace. L'hypothèse la plus solide renvoie à un textile, la « pile de Chartreux », une laine d'origine espagnole dont la couleur et le toucher rappelaient la fourrure de ces chats. L'autre récit, celui des chats rapportés de Syrie par des croisés, relève du même folklore.

Ce qui est documenté, en revanche, commence au XVIIIe siècle. Buffon décrit le « chat des chartreux » comme l'une des variétés de chats présentes en France, et le naturaliste suédois Linné lui donne un nom latin. La race telle qu'on la connaît est bien plus récente : dans les années 1920 et 1930, deux soeurs, Christine et Suzanne Léger, repèrent à Belle-Île-en-Mer une population de chats bleus vivant en semi-liberté et engagent un travail de sélection à partir de ces sujets. Les deux guerres déciment le cheptel, reconstitué ensuite avec des apports de british shorthair et de persan bleu.

Cette histoire a une conséquence directe pour l'acheteur : les lignées sont peu nombreuses et la consanguinité se surveille. Un éleveur sérieux parle spontanément du coefficient de parenté de ses portées.

Santé : ce qui est documenté, ce qui ne l'est pas

Le chartreux est une race dans l'ensemble solide, avec une espérance de vie couramment située entre 12 et 15 ans, et souvent au-delà pour un chat stérilisé vivant à l'intérieur. Deux points reviennent néanmoins dans le suivi des élevages.

La luxation de la rotule est l'anomalie orthopédique la plus citée chez cette race. Elle se repère à une démarche sautillante sur un postérieur, à une patte tenue en l'air quelques foulées puis reposée comme si de rien n'était. Les formes légères passent inaperçues toute une vie, les formes marquées relèvent de la chirurgie : c'est au vétérinaire de grader la lésion, pas au propriétaire.

La polykystose rénale, elle, est historiquement liée au persan et au british shorthair, deux races utilisées pour reconstruire le chartreux après-guerre. Le risque résiduel justifie que les reproducteurs soient dépistés par échographie ou test génétique. En revanche, la dysplasie de la hanche, souvent citée à tort dans les fiches de race, concerne surtout le maine coon et n'est pas une caractéristique du chartreux.

Nourrir un chat qui grossit facilement

La musculature du chartreux masque la prise de poids, et la stérilisation réduit ses besoins énergétiques d'environ un tiers tout en augmentant son appétit. Le laisser en libre-service devant un bol rempli est le meilleur moyen d'arriver à un chat de 9 kilos à cinq ans, avec l'arthrose et le diabète qui vont avec.

Le contrôle se fait à la main plus qu'à la balance : on doit sentir les côtes sous une fine couche de gras, sans appuyer, et distinguer une taille vue de dessus. Une alimentation riche en protéines animales, des portions pesées, de l'eau disponible en plusieurs points de la maison, et des croquettes réparties dans des jouets à faire rouler plutôt que dans une gamelle unique. Pour un chat en surpoids avéré, le régime se construit avec le vétérinaire : une perte de poids trop rapide chez le chat expose à une atteinte hépatique sérieuse.

Acheter un chaton : les questions qui filtrent

En France, un chaton de race se cède obligatoirement identifié, vacciné, avec un certificat vétérinaire et un pedigree LOOF si le terme « chartreux » figure sur l'annonce. Sans pedigree, le mot est légalement interdit, on doit lire « chat d'apparence chartreux ». Comptez un ordre de grandeur de mille euros pour un chaton de compagnie issu d'un élevage déclaré, davantage pour un sujet destiné à la reproduction ou à l'exposition.

Demandez à voir la mère, sur place, avec les chatons. Demandez les résultats de dépistage des reproducteurs et l'âge de cession, jamais avant huit semaines révolues et plutôt douze pour une socialisation aboutie. Un éleveur qui propose une livraison sur un parking, qui refuse la visite ou qui brade un chaton de six semaines vend autre chose qu'un chartreux.

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