Combien d'animaux perdent la vie chaque jour pour l'alimentation humaine ?
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Les chiffres qui circulent sur l'abattage mondial sont souvent faux, et pas d'un peu : on lit couramment 25 millions de poulets tués par jour, alors que la comptabilité de la FAO en donne plus de 200 millions. Voici d'où viennent les vrais ordres de grandeur, qui les publie, et ce qu'ils recouvrent vraiment.
Une seule source sérieuse pour les animaux terrestres
Les États déclarent chaque année à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture le nombre d'animaux abattus sur leur territoire. Ces déclarations alimentent la base FAOSTAT, publique et consultable. C'est la seule série longue dont on dispose, et toutes les estimations crédibles en découlent.
Le total tourne autour de 80 milliards d'animaux terrestres par an sur les dernières années disponibles. Rapporté au jour, cela donne près de 220 millions d'animaux terrestres, chaque jour, pour l'alimentation. Les volailles pèsent l'écrasante majorité de ce total, ce qui est logique : il faut beaucoup de poulets de 2 kg pour égaler un bovin.
Le tableau corrigé
| Type d'animal | Par an (ordre de grandeur) | Par jour |
| Poulets et autres volailles | environ 75 milliards | environ 205 millions |
| Porcs | environ 1,5 milliard | environ 4 millions |
| Moutons et chèvres | environ 1 milliard | environ 2,7 millions |
| Bovins | environ 320 millions | environ 880 000 |
| Poissons d'élevage | 80 à 170 milliards (estimation) | 200 à 470 millions |
| Poissons sauvages capturés | 1 000 à 2 200 milliards (estimation) | 3 à 6 milliards |
On voit tout de suite pourquoi les chiffres ronds qui traînent sur les réseaux sont incohérents entre eux : annoncer 150 millions d'animaux terrestres par jour tout en affirmant que les poulets seuls en représentent 25 millions, c'est se tromper d'un facteur huit sur la ligne principale.
Les poissons, un comptage qui n'existe presque pas
Pour les poissons, la statistique officielle raisonne en tonnes, pas en individus. Personne ne compte les sardines une par une. Les estimations en nombre d'animaux reposent sur un travail de conversion mené par l'organisation britannique Fishcount, qui divise les tonnages déclarés par le poids moyen de chaque espèce capturée.
Le résultat donne des fourchettes très larges, de l'ordre de mille à deux mille deux cents milliards de poissons sauvages par an. L'incertitude vient du poids moyen retenu, mais aussi de tout ce qui échappe aux déclarations : la pêche illégale, la pêche de subsistance, et les prises accessoires rejetées mortes par-dessus bord. Ces dernières ne figurent dans aucun bilan alimentaire alors qu'elles représentent plusieurs millions de tonnes.
Ce que ces nombres ne disent pas
Un chiffre d'abattage mesure des morts, pas des conditions de vie. Deux poulets comptés à l'identique dans FAOSTAT peuvent avoir vécu 35 jours dans un bâtiment à 22 sujets au mètre carré ou 81 jours en plein air sous label. La statistique globale écrase cette différence, qui est pourtant celle sur laquelle un consommateur peut agir.
Les nombres masquent aussi un effet de composition contre-intuitif. Comme le poulet est petit, remplacer un steak de bœuf par du blanc de poulet fait grimper le nombre d'animaux tués pour la même quantité de protéines. Un kilo de viande de volaille correspond à peu près à deux tiers d'animal, un kilo de bœuf à un trois-centième d'animal. Selon qu'on cherche à réduire le nombre d'animaux tués ou l'empreinte carbone, les arbitrages ne pointent pas dans la même direction.
Les points à vérifier avant de relayer un chiffre
- La source est-elle nommée : FAOSTAT pour les animaux terrestres, Fishcount ou un travail équivalent pour les poissons.
- L'année est-elle précisée : le total mondial progresse d'environ 2 % par an depuis vingt ans.
- Les poissons sont-ils inclus ou non : un facteur vingt sépare les deux totaux.
- Le chiffre est-il donné en individus ou en tonnes : les deux circulent sous le même intitulé.
Sur ce sujet, l'approximation dessert le propos. Un chiffre gonflé se fait démonter en trois clics et emporte avec lui le reste de l'argumentation, alors que les données réelles sont déjà largement suffisantes pour donner à réfléchir.
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