Les animaux ont-ils des émotions ? Découvrez pourquoi il est urgent de les reconnaître !

les animaux ont-ils des émotions ? découvrez l'urgence de reconnaître leurs sentiments dans cette fascinante exploration scientifique.
Sommaire4 sections
  1. 01Ce que les laboratoires ont réellement mesuré
  2. 02Le Royaume-Uni est allé plus loin que nous
  3. 03Les ordres de grandeur, parce qu'ils manquent toujours
  4. 04Ce que ça change pour quelqu'un qui a un animal chez lui

La question n'est plus de savoir si les animaux ressentent quelque chose : le droit français l'a tranché en 2015, le droit européen en 2009. Ce qui reste ouvert, c'est de savoir lire ces émotions sans leur prêter les nôtres.

Le débat tel qu'il est raconté dans la plupart des articles ressemble à un combat entre deux camps, les scientifiques prudents contre les propriétaires sentimentaux. Sur le terrain, la ligne de fracture passe ailleurs. Elle sépare ceux qui observent un comportement et ceux qui racontent une histoire par-dessus. Votre chien a l'air coupable devant la poubelle renversée : ce que vous voyez est une posture d'apaisement déclenchée par votre propre visage, pas un remords. Les travaux d'Alexandra Horowitz en 2009 l'ont montré en faisant croire à des maîtres que leur chien avait désobéi alors qu'il n'avait rien fait. L'air coupable apparaissait quand même.

Chien allongé au sol, oreilles basses, qui détourne le regard de son maître

Ce que les laboratoires ont réellement mesuré

Les preuves ne viennent pas d'anecdotes de propriétaires attendris. Elles viennent de protocoles où l'animal doit arbitrer entre deux options, ce qui oblige à révéler une préférence.

Chez la pieuvre, on a montré qu'un individu blessé évite ensuite le compartiment où la douleur est survenue et recherche celui où il a reçu un anesthésiant local. Ce n'est pas un réflexe, c'est un apprentissage qui suppose un état interne désagréable, mémorisé et évité. Le bernard-l'ermite, lui, accepte un choc électrique plus fort avant d'abandonner une coquille de bonne qualité que pour une coquille médiocre : il met la douleur et le confort sur la même balance.

Le labre nettoyeur, un poisson de dix centimètres, a réagi à une marque colorée placée sous sa gorge en allant se frotter contre le substrat après s'être vu dans un miroir. L'étude publiée en 2019 dans PLOS Biology a fait un scandale dans la discipline, parce que le test du miroir était jusque-là réservé aux grands singes, aux éléphants, aux dauphins et aux pies. Chez l'enfant humain, il est réussi vers 18 à 24 mois.

Le texte d'origine parlait de « couleuvres d'eau » qui reconnaîtraient leur odeur. Il s'agit en réalité de couleuvres rayées, les garter snakes nord-américains, qui distinguent leur propre signature chimique de celle de congénères. La confusion vient d'une traduction approximative, et elle traîne dans tout le corpus francophone sur le sujet.

Le Royaume-Uni est allé plus loin que nous

L'Animal Welfare (Sentience) Act, voté en 2022, a étendu la reconnaissance de la sensibilité aux céphalopodes et aux crustacés décapodes, poulpes, crabes et homards compris. Cette extension repose sur un rapport commandé à la London School of Economics, publié en 2021, qui a passé en revue plus de trois cents études selon huit critères, dont la présence de nocicepteurs, l'intégration nerveuse centrale et l'arbitrage entre douleur et récompense. Sur le continent, ébouillanter un homard vivant reste légal.

Les ordres de grandeur, parce qu'ils manquent toujours

Le texte d'origine évoquait « des centaines de milliers d'animaux » en laboratoire. Le chiffre réel est plus élevé : de l'ordre de deux millions d'utilisations d'animaux par an en France selon l'enquête statistique annuelle du ministère de l'Enseignement supérieur, souris et rats en grande majorité. Côté élevage, la France abat près d'un milliard d'animaux terrestres chaque année, dont plus de huit sur dix sont des volailles. Ces deux nombres n'ont pas le même poids moral pour tout le monde, mais ils devraient au moins être connus avant d'en discuter.

Ce que ça change pour quelqu'un qui a un animal chez lui

La Déclaration de Montréal sur l'exploitation animale, portée en 2022 par des universitaires de plusieurs pays, demande de traiter les animaux autrement que comme des marchandises. C'est un texte de positionnement, sans effet juridique. Les décisions qui changent quelque chose se prennent plus près : choisir un élevage qu'on visite plutôt qu'une animalerie, accepter une consultation antidouleur pour un vieux chien arthrosique au lieu d'attendre qu'il boite, refuser un dressage qui repose sur la contrainte.

Reconnaître qu'un animal ressent quelque chose ne règle aucune question éthique par magie. Ça oblige simplement à en discuter avec des faits plutôt qu'avec des impressions.

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