Connaissez-vous cet incroyable animal qui protège les moutons en faisant fuir les prédateurs ?
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Le gardien de troupeau dont on parle ici n'est pas un chien : c'est un lama, placé seul au milieu des brebis, et son efficacité tient à une limite précise. Face à un renard, à un chien errant ou à un coyote isolé, il fait fuir l'intrus. Face à une meute, à un loup ou à un ours, il ne peut rien, et le présenter comme une protection universelle met un troupeau en danger.
La pratique n'a rien de nouveau. Des éleveurs nord-américains y recourent depuis les années 1980, d'abord dans l'ouest des États-Unis, puis au Canada et en Australie, où les agneaux paient un lourd tribut aux coyotes et aux dingos. En France, quelques exploitations ovines ont suivi, comme cette ferme de Mortagne-sur-Gironde, en Charente-Maritime, qui a intégré un jeune lama nommé Scott à son troupeau en 2020.
Pourquoi un lama, et pas une chèvre ou un âne
Trois traits se combinent chez le lama. Sa taille d'abord : un adulte atteint 1,70 à 1,80 m au sommet de la tête pour 120 à 200 kg, ce qui le place bien au-dessus de la ligne de dos des brebis et lui donne une vue dégagée sur tout le pâturage. Sa vigilance ensuite : les camélidés fixent longuement un mouvement suspect et lancent un cri d'alarme aigu, très reconnaissable, qui met le troupeau en mouvement. Son aplomb enfin : un lama ne fuit pas devant un canidé, il avance vers lui. Beaucoup de prédateurs opportunistes renoncent devant cette réaction inattendue.
Son arsenal est modeste mais dissuasif : il crache, il donne des coups de pied avant, il piétine, il bouscule. Rien qui arrête un prédateur déterminé, tout ce qu'il faut pour décourager un animal qui cherchait un repas facile.
Ce que la mise en place demande vraiment
Un lama ne se lâche pas dans un pré le lundi pour être opérationnel le mardi. Comptez deux à quatre semaines d'adaptation, dans un enclos plus petit, avec quelques brebis d'abord, avant d'élargir à l'ensemble du troupeau et à la parcelle entière. L'animal doit reconnaître son territoire et considérer ces moutons comme les siens.
L'entretien est léger mais réel. Le lama broute la même herbe que les brebis, boit beaucoup en été, et supporte mal la chaleur humide : une tonte annuelle au printemps n'est pas négociable sous nos climats. Ses ongles se taillent une à deux fois par an, ses dents et son état général se surveillent, et un suivi vétérinaire régulier reste nécessaire, notamment pour la vermifugation.
Les limites qu'il faut dire clairement
Un lama n'est pas un chien de protection. Il n'a ni la mâchoire, ni l'endurance, ni le mode de fonctionnement en binôme qui permettent au patou de tenir tête à un prédateur nocturne. Contre le loup, la réponse reconnue en France repose sur les chiens de protection, les clôtures électrifiées et le regroupement nocturne des animaux, pas sur un camélidé.
Deuxième limite, moins connue : lama et chien de protection cohabitent mal. Le lama identifie tout canidé comme une menace, y compris celui qui travaille dans le même pré. Il faut choisir un dispositif, ou séparer soigneusement les lots.
Un dispositif à sa juste place
Le lama gardien coche des cases que le chien ne coche pas : pas de dressage lourd, pas de risque d'incident avec les randonneurs, pas d'alimentation carnée à prévoir, une présence permanente dans le pré. Pour un éleveur de quelques dizaines de brebis en plaine, confronté à des attaques ponctuelles de canidés isolés, c'est une piste sérieuse, à condition de choisir le bon animal et d'accepter un mois de mise en route. Pour le reste, il complète un dispositif, il ne le remplace pas.
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