Découverte des habitants sauvages des forêts de montagne en Asie

partez à la découverte des fascinants habitants sauvages des forêts de montagne en asie, à travers une exploration captivante de la diversité de la faune et de la flore de cette région unique.
Sommaire4 sections
  1. 01Pourquoi ces forêts abritent des espèces qu'on ne trouve nulle part ailleurs
  2. 02Le saola, l'animal que personne n'a jamais vu vivant dans la nature
  3. 03Une correction sur le rhinocéros de Java
  4. 04Les gibbons, ou comment se parler sans se battre

La cordillère annamitique, entre le Vietnam et le Laos, a livré quatre grands mammifères inconnus de la science en huit ans, de 1992 à 2000. Elle est en train de les perdre, et pas à cause de la déforestation.

C'est le paradoxe de ces forêts de montagne. Vues du satellite, elles tiennent bon : la canopée est encore là sur une bonne partie des 1 100 kilomètres de la chaîne. Vues du sol, elles se vident. Les biologistes parlent de syndrome de la forêt vide, une expression forgée par Kent Redford en 1992 pour décrire un couvert forestier intact où il ne reste plus rien de gros qui bouge.

Versant boisé noyé dans la brume, forêt de montagne dense d'Asie du Sud-Est

Pourquoi ces forêts abritent des espèces qu'on ne trouve nulle part ailleurs

Entre 800 et 2 000 mètres d'altitude, les versants annamitiques interceptent la mousson venue de la mer de Chine. Le brouillard se condense sur les feuilles et alimente les sols en permanence, y compris en saison sèche. Cette humidité constante entretient une forêt sempervirente de feuillus, très différente des forêts de plaine qui perdent leurs feuilles quelques mois par an.

Ajoutez l'isolement : chaque massif fonctionne comme une île, séparée de la suivante par des vallées trop chaudes ou trop sèches pour les espèces d'altitude. Les populations divergent, et on obtient un taux d'endémisme rare à cette latitude. Environ 130 espèces de mammifères et plus de 400 d'oiseaux ont été recensées dans l'ensemble du massif.

Le saola, l'animal que personne n'a jamais vu vivant dans la nature

Gibbon aux joues claires suspendu par un bras à une branche sous la canopée

En mai 1992, une équipe du ministère vietnamien des Forêts et du WWF repère dans une maison de la réserve de Vu Quang, province de Ha Tinh, un crâne portant deux cornes droites et parallèles. Personne ne l'identifie. C'était le saola, Pseudoryx nghetinhensis, première grande espèce de mammifère décrite depuis plus de cinquante ans.

On le surnomme licorne d'Asie à cause de ces cornes qui se superposent de profil. Le texte que je reprends le présentait comme un croisement entre une antilope et un cerf : c'est faux, le saola est un bovidé, apparenté aux bœufs sauvages, et il ne descend d'aucun croisement. Aucun biologiste ne l'a jamais observé vivant en liberté. La dernière image connue est un cliché de piège photographique pris en septembre 2013 dans la province de Quang Nam. L'UICN le classe en danger critique, avec une population qui pourrait être inférieure à cent individus, si elle existe encore.

Une correction sur le rhinocéros de Java

On lit régulièrement que le rhinocéros de Java hanterait encore ces forêts. Il n'y est plus. Le dernier individu vietnamien a été retrouvé abattu dans le parc national de Cat Tien en avril 2010, une balle dans la patte et la corne sciée. Le WWF et l'International Rhino Foundation ont déclaré l'espèce éteinte au Vietnam en 2011. Il n'en reste qu'une population, dans le parc d'Ujung Kulon à l'extrême ouest de Java, quelques dizaines d'individus sur une seule presqu'île, avec le risque qu'un tsunami ou une épidémie emporte tout.

Les gibbons, ou comment se parler sans se battre

Les gibbons à joues blanches du genre Nomascus vivent en couples, avec leurs jeunes, sur un territoire de trente à cinquante hectares défendu à la voix. Le duo chante à l'aube, la femelle lançant un appel modulé que le mâle complète. Le son porte à plus d'un kilomètre dans la vallée. C'est une façon économique de dire aux voisins où passe la frontière, sans avoir à se déplacer ni à se battre.

Le texte d'origine décrivait des familles à hiérarchie stricte dominées par les femelles. Les observations de terrain ne montrent rien de tel : le couple est stable, il coopère pour défendre le territoire, et il n'y a pas de rang établi entre les deux. Ce qui a pu créer la confusion, c'est la couleur. Les petits naissent crème, virent au noir vers un ou deux ans, puis les femelles redeviennent dorées à la maturité sexuelle, vers six à huit ans. Un groupe montre donc un mâle noir et une femelle claire, ce qui se lit facilement de loin mais ne dit rien du rapport de force.

Pour aller plus loin, le magazine Le Monde des Animaux & de la Nature consacre régulièrement des dossiers photographiques à ces massifs. Les images de saola qu'on y voit sont toujours les mêmes : trois ou quatre clichés de pièges photographiques, pris en 1999 et en 2013. C'est tout ce que nous avons.

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