Les chimpanzés : ces incroyables acrobates des arbres
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Un chimpanzé adulte passe près de la moitié de sa journée au sol et ne se balance presque jamais de branche en branche. L'acrobate de la forêt africaine, c'est le gibbon, pas lui.

Photo gratuite de singe avec Alphonse
La confusion vient d'un mot : la brachiation, ce déplacement bras tendus où l'animal lâche une prise avant d'attraper la suivante. Les gibbons la pratiquent en continu, sur des dizaines de mètres, à plus de 50 km/h en descente. Les chimpanzés en sont capables, surtout les jeunes, mais ils la réservent à quelques mètres de passage. Un mâle de 50 kg qui se lance en pendule sur une branche de 3 cm finit par terre.
Le poids décide de tout
Au sol, le chimpanzé marche sur les phalanges intermédiaires des mains, poing fermé vers l'avant, ce qu'on appelle la marche sur les articulations. C'est sa vitesse de croisière pour couvrir du terrain entre deux arbres fruitiers. Il monte quand il y a une raison de monter : un figuier en fruit, un prédateur, la nuit qui tombe.
Dans l'arbre, la posture typique n'est pas le pendule mais la grimpe verticale, mains et pieds en opposition autour du tronc, puis une progression prudente sur les grosses branches, souvent à quatre pattes, parfois debout en se tenant d'une main au-dessus de la tête. Quand la branche devient fine, il répartit son poids sur trois ou quatre appuis au lieu d'un seul. C'est plus lent, c'est moins spectaculaire, et ça tient.
Un pouce à chaque pied
Le pied du chimpanzé possède un gros orteil opposable, long et mobile, qui se referme sur une branche comme un pouce. C'est la différence la plus nette avec notre pied à nous, devenu un levier de marche rigide. Un chimpanzé peut rester accroché par un pied et une main pendant qu'il décortique un fruit des deux autres membres.
Le nid du soir, la vraie prouesse
Chaque soir, un chimpanzé se construit un nid dans un arbre. Il plie des branches vers l'intérieur, les entrecroise, tapisse le fond de rameaux feuillus. L'opération prend rarement plus de cinq minutes. Et il recommence le lendemain ailleurs : le nid est presque toujours à usage unique.
Ce geste n'est pas un réflexe, il s'apprend. Les jeunes s'entraînent pendant des mois à faire des nids de jour bâclés, avant de dormir seuls vers quatre ou cinq ans. Jusque-là, ils passent la nuit dans celui de leur mère. Les chercheurs se servent d'ailleurs des nids pour recenser les populations : on ne voit pas les chimpanzés, on compte leurs lits.
Les jeunes apprennent en tombant
Un chimpanzé de deux ans qui joue dans la canopée tombe régulièrement. Les chutes font partie de l'apprentissage, et les squelettes de chimpanzés sauvages portent souvent des traces de fractures anciennes consolidées. C'est le prix de l'entraînement.
Le jeu à plusieurs ajoute une couche : il faut évaluer la branche, mais aussi le poids du copain qui arrive dessus. Les mères interviennent peu, sauf quand un petit s'aventure sur une ramure trop fine. Un cri suffit en général à le faire redescendre.
Une espèce en danger, et ça se voit dans les arbres
Le chimpanzé commun, Pan troglodytes, est classé en danger sur la liste rouge de l'UICN. Les causes se cumulent : coupe des forêts pour l'huile de palme et le bois, chasse pour la viande de brousse, épidémies virales dont Ebola, qui a décimé certaines populations d'Afrique centrale dans les années 2000.
Dire que les chimpanzés sont des acrobates hors pair fait une belle phrase, mais ça rate ce qui les rend intéressants. Leur force n'est pas la voltige, c'est le calcul : choisir la branche, doser l'appui, savoir quand redescendre. Un animal de 50 kg qui vit à quinze mètres du sol depuis des millions d'années a surtout appris la prudence.
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