14 août : Pourquoi cette date est-elle cruciale pour tous les amoureux des lézards ?

Journée mondiale du lézard : célébrons ces fascinantes créatures
Sommaire6 sections
  1. 01Cinq affirmations répandues, passées au crible
  2. 02Ce qu'un lézard fait de sa journée
  3. 03Cinq espèces qui méritent leur réputation
  4. 04Qui vit sur votre mur, en France
  5. 05Les menaces réelles, dans l'ordre
  6. 06Quatre gestes qui changent quelque chose dans un jardin

Le 14 août, la Journée mondiale du lézard n'a aucune existence officielle : ni l'ONU ni l'UICN ne la reconnaissent, elle circule depuis les années 2010 sur les réseaux et dans les zoos anglophones. Cela ne la rend pas inutile, mais ça déplace la question : plutôt que de célébrer, autant vérifier ce qu'on croit savoir sur ces reptiles, parce que la moitié des affirmations qui circulent à leur sujet sont fausses.

Cinq affirmations répandues, passées au crible

« Le tuatara est un lézard à trois yeux »

Faux sur le premier point. Le tuatara de Nouvelle-Zélande n'est pas un lézard : c'est le dernier représentant des Rhynchocéphales, une lignée séparée de celle des lézards et des serpents depuis plus de 200 millions d'années. Le confondre avec un lézard revient à confondre un crocodile avec un varan.

Vrai sur le second, et bien plus largement qu'on ne le dit. L'œil pariétal, une petite tache claire au sommet du crâne, existe chez de nombreux lézards, notamment chez les iguanes et les lacertidés. Il ne forme pas d'image mais détecte la lumière et sa polarisation, et il participe au calage des rythmes circadiens et à la régulation thermique.

« L'anolis a une langue extensible pour attraper ses proies »

Confusion pure. La langue balistique projetée à plus d'une fois la longueur du corps, c'est le caméléon, et c'est un mécanisme d'accélération élastique digne d'une arbalète. L'anolis, lui, se reconnaît à son fanon gulaire : un repli de peau coloré, déployé par un os de la gorge, qu'il agite pour signaler son territoire ou séduire une femelle. Chaque espèce d'anolis a sa couleur et son rythme de déploiement, c'est même comme ça qu'on les distingue sur le terrain.

« La langue du gecko peut porter huit grains de riz »

Cette phrase est passée d'article en article sans que personne ne se demande d'où elle venait. Elle ne veut rien dire. Ce qui est mesuré et publié, c'est l'adhérence des doigts : les coussinets du gecko portent des lamelles couvertes de millions de setæ, des poils microscopiques qui se terminent en spatules de quelques centaines de nanomètres. L'adhésion vient des forces de van der Waals, et un gecko tokay peut théoriquement supporter plusieurs dizaines de fois son propre poids. C'est cette mécanique qui a inspiré les adhésifs secs réutilisables étudiés en robotique.

« Le dragon de Komodo tue avec une salive pleine de bactéries »

Cette explication a tenu trente ans avant d'être renversée. Des travaux publiés en 2009 par l'équipe de Bryan Fry ont montré que Varanus komodoensis possède de vraies glandes à venin dans la mâchoire inférieure, produisant des composés anticoagulants et hypotenseurs. La proie ne meurt pas d'une infection lente, elle meurt d'hémorragie et de chute de pression. Le plus grand lézard actuel atteint 3 mètres pour 70 à 90 kg, et il n'existe que sur cinq îles indonésiennes.

« La Cubiculacétophobie, la peur qu'un lézard tombe sur votre lit »

Ce mot n'existe pas. Il ne figure ni dans la littérature clinique, ni dans les classifications de troubles anxieux, et sa construction ne suit aucune racine grecque ou latine cohérente. Il a été inventé sur un forum et recopié depuis. La peur des reptiles, elle, existe bel et bien sous le nom d'herpétophobie, et elle se traite comme les autres phobies spécifiques, par exposition progressive, avec un professionnel.

Ce qu'un lézard fait de sa journée

Un lézard n'est pas à sang froid, il est ectotherme, ce qui est très différent. Sa température corporelle dépend de l'extérieur, mais il la pilote activement, et avec une précision qui surprend : un lézard des murailles maintient sa température de fonctionnement dans une fourchette de deux ou trois degrés autour de 33 °C, en alternant plein soleil, ombre et postures inclinées face aux rayons. Ce va-et-vient occupe une grande partie de sa matinée.

Conséquence pratique : un lézard sur un mur au petit matin est en train de recharger, pas de se prélasser. Il est lent, vulnérable, et il fuit mal. C'est le moment où les chats domestiques en attrapent le plus. Passé 11 heures, le même animal devient quasiment inattrapable.

Le changement de couleur du caméléon, souvent expliqué par le camouflage, tient surtout à la communication et à la thermorégulation. Une étude genevoise de 2015 en a détaillé le mécanisme : des cellules de la peau, les iridophores, contiennent des nanocristaux de guanine dont le caméléon modifie l'espacement en relâchant ou en tendant sa peau. En changeant l'espacement, il change la longueur d'onde réfléchie. C'est de l'optique, pas de la pigmentation.

Autre réglage thermique méconnu : la détermination du sexe. Chez plusieurs groupes de lézards, dont certains geckos et agames, c'est la température d'incubation des œufs qui décide du sexe des juvéniles, parfois en interaction avec les chromosomes. Un réchauffement de quelques degrés sur un site de ponte suffit à déséquilibrer le sex-ratio d'une population entière, et ce mécanisme se corrige très mal une fois enclenché. C'est l'une des raisons pour lesquelles les reptiles figurent parmi les groupes les plus exposés au changement climatique, au même titre que les tortues marines.

Cinq espèces qui méritent leur réputation

  • Le basilic à plumes (Basiliscus plumifrons) court sur l'eau sur quelques mètres, à environ 1,5 m/s, grâce à des franges de peau sur les orteils postérieurs qui piègent une poche d'air à chaque foulée. Les juvéniles y arrivent mieux que les adultes, question de rapport masse sur surface.
  • Le Draco volans d'Asie du Sud-Est déploie ses côtes allongées, tendues de peau, et plane d'un tronc à l'autre sur une dizaine de mètres. Il ne bat pas d'ailes, il descend en pente douce.
  • Le lézard cornu du Texas (Phrynosoma cornutum) projette un jet de sang par les sinus orbitaux, jusqu'à 1,50 m, quand un canidé le menace. Le sang contient un composé répulsif pour les chiens et les renards, mais pas pour les oiseaux.
  • L'iguane marin des Galápagos (Amblyrhynchus cristatus) broute les algues en apnée jusqu'à 9 mètres de fond, puis évacue le sel excédentaire en éternuant par des glandes nasales. C'est lui, l'herbivore marin ; l'iguane terrestre des mêmes îles mange surtout du cactus.
  • L'orvet fragile (Anguis fragilis) n'a pas de pattes et se fait tuer chaque année par des gens qui le prennent pour une vipère. Il a des paupières mobiles, ce qu'aucun serpent n'a, et il perd sa queue quand on le saisit, ce qu'aucun serpent ne fait. C'est un lézard, il est protégé, et il mange les limaces de votre potager.

Qui vit sur votre mur, en France

Inutile d'aller aux Galápagos : la quinzaine d'espèces métropolitaines se laisse identifier sans matériel, à condition de savoir quoi regarder.

Le lézard des murailles (Podarcis muralis) est celui que tout le monde voit, de 15 à 20 cm queue comprise, brun grisâtre, plaqué contre les pierres et les façades, présent dans la quasi-totalité du pays. Le lézard vert occidental (Lacerta bilineata) est deux fois plus long, d'un vert éclatant, avec une gorge bleue chez le mâle au printemps ; il occupe les lisières et les haies au sud de la Loire, et sa morsure, s'il est manipulé, est impressionnante mais sans danger.

Le lézard ocellé (Timon lepidus) est le géant européen, jusqu'à 70 cm, vert semé d'ocelles bleus sur les flancs. Il occupe les garrigues, les vignobles en terrasses et les milieux ouverts du pourtour méditerranéen et de la côte atlantique, et ses effectifs reculent avec la disparition des pelouses sèches et des terriers de lapin qu'il squatte. Le rencontrer se raconte.

La tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica), gecko trapu à la peau granuleuse, chasse les insectes sous les lampadaires du Midi, la nuit, et remonte lentement vers le nord. Elle entre parfois dans les maisons, où elle ne fait rien d'autre que débarrasser les murs de leurs moustiques. Enfin le lézard vivipare (Zootoca vivipara), petit et discret, vit en altitude et dans les tourbières, et il fait exactement ce que son nom indique : les jeunes naissent formés, sans coquille, une adaptation au froid des Alpes et du Massif central.

Les menaces réelles, dans l'ordre

La destruction des habitats arrive largement en tête, et elle prend une forme très banale en France : la disparition des murets de pierre sèche, des tas de bois, des friches et des talus. Un lézard des murailles a besoin d'une paroi exposée au sud, d'interstices pour se réfugier en trois secondes et d'insectes à proximité. Un mur en parpaings enduit et une pelouse tondue à 3 cm ne fournissent aucun des trois.

Viennent ensuite les pesticides, qui coupent la ressource alimentaire avant d'intoxiquer l'animal lui-même, puis les espèces introduites, particulièrement redoutables sur les îles, et le changement climatique. Ce dernier point est contre-intuitif : on imagine que des animaux qui aiment la chaleur y gagneront. Les modèles publiés dans Science en 2010 par Barry Sinervo et ses coauteurs disent l'inverse. Quand les températures de milieu de journée dépassent leur optimum, les lézards passent leurs heures d'activité à l'ombre au lieu de chasser, le bilan énergétique s'effondre et les populations s'éteignent localement. L'étude estimait que 20 % des espèces de lézards pourraient disparaître d'ici 2080.

Le bon exemple de ce que peut donner l'attention portée à ces animaux : le dragon des prairies sans oreilles de Victoria (Tympanocryptis pinguicolla), qu'on croyait éteint depuis une cinquantaine d'années, a été retrouvé en 2023 dans une prairie du sud-est australien. Une seule population connue, sur une parcelle. C'est une bonne nouvelle fragile, pas un retournement.

Quatre gestes qui changent quelque chose dans un jardin

Empilez des pierres plates dans un angle ensoleillé, contre un mur exposé au sud, avec des interstices. Un tas de 80 cm sur 80 cm suffit à héberger des lézards des murailles en quelques mois, et il servira aussi aux abeilles solitaires.

Laissez une bande d'herbe haute, ne serait-ce qu'un mètre le long d'une clôture. C'est là que vivent les criquets et les araignées dont les lézards se nourrissent. Une pelouse rase est un désert alimentaire.

Arrêtez les insecticides, y compris les pièges à limaces au métaldéhyde. Les orvets et les hérissons font le même travail gratuitement.

Ne les manipulez pas. Attraper un lézard par la queue déclenche l'autotomie, et cette perte se paie sur sa saison de reproduction. Si vous voulez contribuer sérieusement, photographiez ce que vous voyez et versez vos observations dans une base participative comme Faune-France ou l'INPN : les données de répartition manquent bien plus que les bonnes intentions.

Reste la question du 14 août. Une journée sans statut officiel qui pousse quelques milliers de personnes à empiler des pierres au fond du jardin fait plus pour les lézards qu'un label onusien sans suite. Le seul usage discutable serait d'en profiter pour acheter un gecko en animalerie : ces animaux vivent dix à vingt ans, exigent un terrarium chauffé, un éclairage UVB renouvelé chaque année et des insectes vivants, et les refuges spécialisés récupèrent chaque automne les achats d'été.

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