L'auto-médication chez les animaux : Comment les animaux se soignent-ils naturellement ?

De nombreux animaux n'agissent pas par hasard pour soulager leurs maux, car ils connaissent les vertus thérapeutiques des herbes, des écorces, des mousses et autres graines.
Sommaire5 sections
  1. 01Ce qu'il faut prouver pour parler d'automédication
  2. 02Le cas fondateur : les feuilles avalées entières des chimpanzés
  3. 03Le comportement n'est pas réservé aux grands singes
  4. 04Et votre chien qui mange de l'herbe ?
  5. 05Ce que la recherche peut en tirer

Des chimpanzés qui avalent des feuilles rêches sans les mâcher, des chenilles qui changent de plante hôte quand elles sont parasitées : l'automédication animale est documentée. Ce qu'elle n'autorise pas, c'est de soigner son chien avec des plantes.

La discipline porte un nom, la zoopharmacognosie, forgé au début des années 1990 par le biochimiste Eloy Rodriguez et le primatologue Richard Wrangham. Elle étudie l'usage que les animaux font de substances naturelles à effet médicinal, avec ses protocoles et ses controverses. Mieux vaut savoir ce qu'elle établit exactement avant d'en tirer des conclusions pour son propre animal.

Ce qu'il faut prouver pour parler d'automédication

Un animal qui mange une plante amère ne s'automédique pas forcément. Les chercheurs travaillent avec une grille assez stricte : la substance doit être ingérée ou utilisée en dehors du régime alimentaire normal, l'animal doit y recourir davantage quand il est atteint, la substance doit avoir un effet démontré sur l'agent pathogène, et cet effet doit améliorer la survie ou la reproduction. Beaucoup d'anecdotes circulant sur les réseaux échouent dès le premier critère.

Le cas fondateur : les feuilles avalées entières des chimpanzés

Dans les années 1970 puis 1980, à Gombe et à Mahale en Tanzanie, des primatologues ont noté un comportement étrange. Tôt le matin, à jeun, certains chimpanzés cueillaient des feuilles d'Aspilia, les repliaient dans la bouche et les avalaient sans mâcher. On retrouvait ensuite ces feuilles intactes dans les selles, accompagnées de vers adultes, souvent des Oesophagostomum.

L'hypothèse chimique, celle d'un principe actif antiparasitaire, a été avancée puis largement remise en cause. L'explication qui tient aujourd'hui est mécanique : la surface des feuilles est couverte de micro-crochets rigides, et leur passage accéléré dans l'intestin décroche les vers de la paroi. Ce sont des dizaines d'espèces de plantes rêches qui servent ainsi, sans parenté chimique entre elles, ce qui appuie la piste physique. Les chimpanzés recourent aussi à la mastication de moelle de Vernonia amygdalina, cette fois pour ses composés amers, quand ils sont visiblement malades.

Chien couché sur le sol, museau posé entre les pattes, air abattu

Le comportement n'est pas réservé aux grands singes

Les mésanges bleues de Corse garnissent leur nid de plantes aromatiques fraîches, lavande stéchade, achillée, menthe, et renouvellent l'apport pendant toute la nidification. Les nichées ainsi équipées montrent une charge parasitaire réduite et des poussins en meilleur état. Les moineaux et certains oiseaux urbains font l'équivalent avec des fibres de mégots imprégnées de nicotine, efficace contre les acariens, mais toxique par ailleurs : un bel exemple de solution qui a un prix.

Et votre chien qui mange de l'herbe ?

C'est l'exemple qu'on brandit systématiquement, et c'est le plus fragile. L'idée reçue veut que le chien mange de l'herbe pour se faire vomir. Les enquêtes menées sur plusieurs centaines de propriétaires montrent l'inverse : la grande majorité des chiens qui broutent ne présentaient aucun signe de malaise avant, et moins d'un sur cinq vomit après. Le comportement est banal, il s'observe aussi chez les canidés sauvages, et il n'indique en général rien de particulier.

Ce que la recherche peut en tirer

L'intérêt pratique de la zoopharmacognosie est ailleurs : elle sert de filtre. Plutôt que de cribler au hasard des milliers d'extraits végétaux, on examine en priorité les plantes que les animaux sélectionnent de façon répétée en situation d'infection. Des travaux récents sur un orang-outan soignant une plaie faciale avec une pâte de feuilles mâchées ont relancé l'attention sur les usages topiques.

Il y a une conséquence directe sur la conservation. Ces répertoires végétaux sont locaux et parfois propres à un groupe. Raser une forêt ne détruit pas seulement des individus : elle emporte aussi un savoir-faire transmis, et les plantes qui vont avec.

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