Le Bleu Russe : apparence, caractère, histoire, santé et alimentation
Sommaire6 sections
- 01Ce gris n'est pas bleu, et ce n'est pas une illusion d'optique
- 02D'Arkhangelsk à Londres, et non l'inverse
- 03Le mot hypoallergénique ne devrait pas figurer dans une annonce
- 04Santé : une race solide, deux points à surveiller
- 05Alimentation : de l'eau, des repas fractionnés, aucun reste de table
- 06Trouver un chaton sans se faire avoir
Le Bleu Russe ne vient pas saluer les invités. Il s'éclipse, observe depuis le haut d'une armoire, et redescend une fois la maison redevenue calme. C'est la première chose à savoir avant d'en adopter un, bien avant sa robe gris bleuté et ses yeux verts.
Cette réserve n'a rien d'un défaut de sociabilisation. Elle fait partie de la race, elle se retrouve d'une portée à l'autre, et elle explique pourquoi ce chat convient très bien à un foyer tranquille et assez mal à une maison où défilent des enfants en bas âge et leurs copains. Avec ses deux ou trois humains de référence, en revanche, le Bleu Russe devient collant : il suit d'une pièce à l'autre, s'installe sur le clavier, et réclame le jeu à heure fixe.
Ce gris n'est pas bleu, et ce n'est pas une illusion d'optique
On lit souvent que le poil du Bleu Russe serait transparent à son extrémité et renverrait la lumière de façon à simuler du bleu. C'est faux, et l'explication est plus simple. Le Bleu Russe est un chat génétiquement noir chez qui le gène de dilution, à l'état homozygote, étale les granules de pigment le long du poil au lieu de les tasser. Le noir devient gris ardoise, et l'usage félin appelle ce gris bleu. Le même mécanisme transforme le roux en crème et le chocolat en lilas.
La particularité réelle du pelage est ailleurs : il est double, court, et les deux couches ont presque la même longueur. Le sous-poil pousse aussi dru que le poil de couverture, ce qui donne cette fourrure qui tient debout quand on passe la main à rebrousse-poil et qui garde la trace du doigt une seconde. Les extrémités argentées, elles, existent bien : le ticking des pointes éclaircit l'ensemble et donne ce reflet métallique sous une lampe. Les yeux, verts chez l'adulte, ne le deviennent pas tout de suite : les chatons naissent avec des yeux bleus qui virent au jaune vers quatre mois, puis au vert entre huit mois et deux ans.
D'Arkhangelsk à Londres, et non l'inverse
Le récit qui circule le plus veut que des marins britanniques aient introduit la race en Russie au XVIIIe siècle. Le sens est inversé et la date approximative. Le point de départ documenté, c'est le port d'Arkhangelsk, sur la mer Blanche, d'où des marins auraient rapporté ces chats vers l'Angleterre dans les années 1860. Les premiers spécimens présentés au Crystal Palace de Londres, en 1875, y figuraient sous le nom d'Archangel Cat, le chat d'Arkhangelsk. Il ne s'agit d'aucun archipel arctique : Arkhangelsk est une ville portuaire, et le climat y explique peut-être la densité du sous-poil, mais cela reste une hypothèse.
La suite est mieux établie. La Seconde Guerre mondiale a failli emporter la race : les effectifs britanniques étaient réduits à quelques sujets, et les éleveurs ont dû croiser avec du Siamois et du British Shorthair pour reconstituer une population. Ce détour a longtemps laissé des sujets trop typés siamois, à tête longue et à voix forte, que les éleveurs ont mis trois décennies à corriger. Quant aux tsars, aucune source sérieuse ne les relie à cette race en particulier : la légende est jolie, elle n'a pas de pièce à l'appui.
Le mot hypoallergénique ne devrait pas figurer dans une annonce
C'est l'argument de vente le plus fréquent, et le plus trompeur. Aucune race de chat n'est hypoallergénique. Ce qui déclenche l'allergie n'est pas le poil mais une protéine, Fel d 1, produite surtout par les glandes salivaires et sébacées, puis déposée sur le pelage au cours du toilettage. Le Bleu Russe en produirait en moyenne un peu moins que d'autres races, mais la variation d'un individu à l'autre est large, les mâles entiers en produisent davantage que les femelles et les mâles castrés, et rien ne garantit qu'une personne allergique tolérera ce chat-là.
Santé : une race solide, deux points à surveiller
Le Bleu Russe fait partie des races peu chargées en maladies héréditaires connues. Il n'existe pas, à ce jour, de test génétique spécifique à lui réclamer chez un éleveur, contrairement au Maine Coon ou au Bengal. Deux problèmes reviennent quand même en consultation.
Le premier est le surpoids. Ce chat mange volontiers, bouge peu si personne ne l'y invite, et sa fourrure dense masque très bien les kilos. Le repère est tactile : vous devez percevoir les côtes sous une fine couche de gras en posant la main à plat sur le flanc, sans appuyer. Si vous devez chercher, le chat a grossi, et 500 grammes en trop sur un animal de 4 kg font plus de 12 % de sa masse.
Le second est le stress urinaire. Un chat réservé qui encaisse mal les changements est un candidat classique à la cystite idiopathique : il va et vient dans le bac, urine par petites quantités, parfois hors de la litière, et se lèche le bas-ventre. Un mâle qui pousse sans rien émettre est une urgence vétérinaire immédiate, de jour comme de nuit : l'obstruction urétrale tue en quelques heures. Ne tentez rien vous-même, n'administrez aucun médicament humain, et en particulier jamais de paracétamol, mortel pour le chat à très faible dose.
Alimentation : de l'eau, des repas fractionnés, aucun reste de table
Rien de spécifique à la race dans la gamelle : un aliment complet de bonne qualité, riche en protéines animales, distribué en plusieurs petits repas plutôt qu'en libre-service, suffit. La ration se calcule sur le poids idéal de l'animal, pas sur son poids du jour. Une part d'alimentation humide, au moins un tiers de la ration, augmente la quantité d'eau ingérée et rend service aux reins comme à la vessie.
Côté interdits, la liste ne se négocie pas : ni oignon, ni ail, ni poireau ou ciboulette, crus, cuits ou en poudre de bouillon, qui détruisent les globules rouges ; ni chocolat ; ni raisin frais ou sec ; ni alcool ; ni produit sucré au xylitol. Le lait de vache n'est pas toxique mais la plupart des chats adultes digèrent mal le lactose et finissent avec la diarrhée. Et si vous avez des fleurs à la maison, retirez les lys : toutes les parties de la plante, pollen compris, provoquent une insuffisance rénale aiguë chez le chat, parfois après un simple léchage du pelage souillé.
Trouver un chaton sans se faire avoir
Un chaton de Bleu Russe vendu sans pedigree LOOF n'est pas un Bleu Russe : c'est un chat gris, ce qui n'a rien de déshonorant mais ne justifie pas le prix demandé. Le pedigree est le seul document qui atteste la race en France, et il s'ajoute au certificat vétérinaire, à la puce et au numéro de portée que l'éleveur doit faire figurer dans son annonce.
Demandez à voir la mère, et regardez comment elle se comporte à votre arrivée. Une chatte qui se lève, renifle et repart tranquillement vaquer est bon signe. Une chatte tapie au fond d'une cage, dans une pièce sans fenêtre, l'est beaucoup moins : le tempérament réservé de la race amplifie tout déficit de sociabilisation, et un chaton de Bleu Russe mal manipulé entre 3 et 9 semaines restera craintif toute sa vie. Refuges et associations accueillent par ailleurs des chats gris à poil court qui n'ont du Bleu Russe que l'allure : pour qui cherche un compagnon plutôt qu'un titre, la question mérite d'être posée avant de verser un acompte.
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