Le fascinant monde des chevaux sauvages : portrait de l'Amérique du Nord et de l'Australie

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Sommaire5 sections
  1. 01Sauvage, féral : les deux mots ne disent pas la même chose
  2. 02Ce que la génétique a changé depuis 2021
  3. 03Aux États-Unis, un problème de comptage devenu politique
  4. 04L'effet des chevaux sur le milieu : des deux côtés
  5. 05En Australie, la question se pose en termes de tir

Les mustangs du Nevada et les brumbies australiens descendent de chevaux domestiques échappés, pas d'une lignée restée sauvage, et ce détail décide de tout : du statut juridique de l'animal jusqu'aux hélicoptères de tir qui survolent les parcs nationaux australiens.

Sauvage, féral : les deux mots ne disent pas la même chose

Harde de chevaux libres au galop dans une plaine sèche et poussiéreuse

Un animal sauvage appartient à une espèce jamais domestiquée, un animal féral descend d'animaux domestiques retournés à la vie libre. Le seul cheval réellement sauvage encore vivant est le cheval de Przewalski, et il ne vit plus en liberté que parce qu'on l'y a remis. La distinction n'a rien d'un débat de vocabulaire. En Australie, le brumby est classé comme espèce introduite, ce qui autorise son abattage. Aux États-Unis, le Wild Free-Roaming Horses and Burros Act de 1971 protège au contraire le mustang comme un symbole national, et interdit de l'abattre sur les terres fédérales. Même animal, même origine, deux traitements opposés.

Ce que la génétique a changé depuis 2021

Le récit qu'on lisait partout plaçait la domestication du cheval vers 3 500 avant notre ère, chez les Botaï, au nord du Kazakhstan. Une étude parue dans Nature en 2021, menée par l'équipe de Ludovic Orlando à partir de centaines de génomes anciens, a rebattu les cartes : la lignée dont descendent tous les chevaux domestiques actuels vient des steppes entre la basse Volga et le Don, et ne se répand en Eurasie qu'à partir de 2 200 avant notre ère.

Les chevaux des Botaï n'ont pas laissé de descendance parmi nos chevaux : ils sont apparentés au cheval de Przewalski. La domestication réussie est donc plus tardive qu'on ne le croyait, et fulgurante une fois lancée.

Deux autres erreurs circulent beaucoup. Le dernier tarpan connu n'est pas mort au dix-neuvième siècle mais en 1909, dans un zoo russe. Et le cheval de Przewalski ne s'est pas éteint à l'état sauvage pendant la Seconde Guerre mondiale : la dernière observation en liberté date de 1969, dans le désert de Dzoungarie, en Mongolie. Les réintroductions ont commencé en 1992 dans le parc de Hustai Nuruu, à partir des animaux conservés en zoo, et la population libre de Mongolie dépasse aujourd'hui le millier d'individus.

Aux États-Unis, un problème de comptage devenu politique

Le Bureau of Land Management, l'agence fédérale qui gère les terres publiques de l'Ouest américain, estimait en 2023 la population de chevaux et d'ânes libres à environ 73 000 têtes, pour un seuil de gestion fixé autour de 27 000. L'écart n'est pas un détail administratif : sans prédateur et avec des hivers doux, une harde peut croître de 15 à 20 % par an, ce qui double les effectifs en quatre à cinq ans.

Comme la loi interdit l'abattage, l'agence capture et place les animaux en enclos. Des dizaines de milliers de chevaux vivent ainsi en pension aux frais du contribuable, et l'entretien de ce cheptel hors zone absorbe l'essentiel du budget du programme. Les adoptions, encouragées par une prime, ne suffisent pas. Sur ce point, le calcul ne tient pas : on a protégé l'animal sans se donner les moyens de réguler sa population.

L'effet des chevaux sur le milieu : des deux côtés

Le cheval broute plus ras que le bovin, parce qu'il a des incisives sur les deux mâchoires, et il digère dans le gros intestin, donc il mange davantage à valeur nutritive égale. Sur sol sec, cela se voit vite : tassement des berges, érosion autour des points d'eau, recul des herbes indigènes.

À l'inverse, une étude parue dans Science en 2021 a montré que dans les déserts nord-américains, les chevaux et les ânes férals creusent des puits dans les lits de rivières à sec, parfois profonds de plus d'un mètre, et que ces trous d'eau sont ensuite fréquentés par des dizaines d'espèces. Le bilan dépend donc du milieu : catastrophique dans une tourbière d'altitude, bien plus ambigu dans un désert chaud.

En Australie, la question se pose en termes de tir

Les brumbies descendent des chevaux débarqués avec la Première Flotte britannique en 1788. Leur population, estimée à environ 400 000 animaux sur l'ensemble du continent, en fait la plus grande population de chevaux libres au monde. Ils occupent aussi bien les plaines arides du centre que les forêts tempérées du sud-est.

Le conflit s'est cristallisé sur le parc national du Kosciuszko, dans les Alpes australiennes, où subsistent des tourbières d'altitude et des espèces endémiques comme la grenouille corroboree. Le Parlement de Nouvelle-Galles du Sud a autorisé en 2023 le tir depuis hélicoptère, avec l'objectif de ramener les effectifs du parc à 3 000 têtes d'ici la mi-2027. Les associations de défense des brumbies s'y opposent au nom de leur valeur patrimoniale.

Il n'y a pas de solution indolore ici. La contraception par vaccin fonctionne sur de petites populations accessibles, mais elle suppose de retrouver chaque jument tous les un à deux ans. Sur des milliers d'animaux dispersés en montagne, personne n'a montré que c'était faisable.

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