Le loris lent : un adorable primate au venin redoutable !
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Le loris lent qui lève les bras dans les vidéos virales ne demande pas de câlin : il va chercher la glande à venin logée au creux de son coude. Ce geste, filmé des millions de fois, est une posture de défense, et c'est lui qui a nourri le trafic de l'espèce.
Un primate fait pour la nuit, aveuglé par nos lampes
Les loris lents (genre Nycticebus) vivent dans les forêts d'Asie du Sud-Est, de l'Assam à Java et Bornéo. Ils sortent à la tombée du jour et se déplacent main après main, sans jamais sauter. Leurs gros yeux sont doublés d'un tapetum lucidum, la couche réfléchissante qui fait briller leurs pupilles dans le faisceau d'une torche. C'est ce reflet qui les condamne : un braconnier qui balaie la canopée repère deux points orange à trente mètres, et le loris ébloui se fige.
Une langue à nectar, une seconde langue, un peigne dentaire
Sa langue est longue et fine, faite pour le nectar et la gomme qui suinte des blessures d'écorce. Le loris lent de Sumatra visite les fleurs du palmier bertam et en ressort couvert de pollen. Sous cette langue s'en cache une deuxième, dentelée, la sublingua : elle nettoie le peigne dentaire, cette rangée d'incisives et de canines inférieures couchées vers l'avant qui sert au toilettage et au raclage de l'écorce. Ses mains ont un pouce très écarté et un index quasi atrophié, une tenaille qui tient une branche des heures durant.
Le seul primate venimeux connu
On lit souvent « un des rares primates venimeux ». C'est trop prudent : à ce jour, les loris lents sont les seuls primates venimeux identifiés. Une glande brachiale, sur la face interne du bras, produit une sécrétion huileuse. L'animal la lèche, la mêle à sa salive et charge son peigne dentaire avant de mordre. Chez l'homme, ces morsures donnent des plaies qui cicatrisent mal, des nécroses locales et, dans plusieurs cas documentés, un choc anaphylactique. Les mères en enduisent aussi le pelage de leurs petits avant de les laisser accrochés à une branche.
Protégé sur le papier depuis 2007
Tous les loris lents figurent à l'annexe I de la CITES depuis 2007, ce qui interdit le commerce international à but commercial. Plusieurs espèces sont classées en danger ou en danger critique par l'UICN, dont le loris de Java. La déforestation liée à l'huile de palme fait le reste, et les corridors manquent : un loris ne traverse pas une route, il est trop lent. Reste notre part : les vidéos de loris chatouillés circulent toujours.
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