Le scorpion : une fascinante découverte de l'évolution
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Un scorpion peut tenir près d'un an sans manger. C'est cette économie de moteur, plus que le dard, qui explique qu'une lignée apparue il y a plus de 430 millions d'années soit encore là, du Sahara aux caves de Provence.
Ce que 430 millions d'années ont fabriqué
Les plus anciens fossiles reconnus comme des scorpions remontent au Silurien, autour de 435 millions d'années. Ils sont donc antérieurs aux dinosaures d'environ deux cents millions d'années, et antérieurs aux forêts de fougères arborescentes du Carbonifère.
Une précision s'impose au passage, parce que la confusion traîne partout. Les fameux « scorpions de mer » géants, ces animaux de deux mètres qui patrouillaient les fonds paléozoïques, sont des euryptérides. Ce sont des cousins, pas des ancêtres, et les scorpions n'en descendent pas. Les premiers vrais scorpions étaient aquatiques ou amphibies, respiraient par des branchies, et ont gagné la terre ferme en transformant ces branchies en poumons en livre, des feuillets empilés logés sous l'abdomen.
Huit pattes, deux pinces, et des organes qu'on ne soupçonne pas
La silhouette est connue : huit pattes, deux pinces (les pédipalpes) et une queue articulée terminée par le telson, la vésicule à venin. Environ 2 500 espèces sont décrites aujourd'hui, et le catalogue grossit encore de quelques espèces par an.
Sous le corps, entre la quatrième paire de pattes, se trouvent deux organes en forme de peigne, les pectines. Le scorpion les traîne sur le sol et y lit la granulométrie du sable, les traces chimiques laissées par un congénère, l'état d'humidité. Ses yeux, eux, sont mauvais : deux yeux médians et des yeux latéraux qui ne font guère mieux que distinguer la lumière de l'ombre. Il chasse à la vibration, grâce à des poils sensoriels et des fentes minuscules dans sa cuticule qui détectent l'onde produite par un insecte marchant à quelques dizaines de centimètres.
Un métabolisme de veilleuse
Le métabolisme d'un scorpion tourne à une fraction de celui d'un insecte de taille comparable. Il passe la majeure partie de sa vie immobile, sous une pierre ou au fond d'un terrier, et ne sort que pour manger ou boire. Une seule proie de bonne taille peut représenter un tiers de sa masse corporelle et le tenir des semaines.
Le régime suit la taille : insectes, araignées, cloportes et mille-pattes pour les petites espèces, lézards et parfois petits serpents pour les plus grandes. Les espèces à grosses pinces broient leur proie et se servent peu du venin ; celles à pinces fines, souvent les plus dangereuses, piquent d'abord.
Le venin, et la part de réalité
Toutes les espèces possèdent des glandes à venin, mais très peu représentent un danger pour l'homme. Sur les quelque 2 500 espèces décrites, une trentaine sont considérées comme potentiellement mortelles, soit environ 1 %, et presque toutes appartiennent à la famille des Buthidae. Leiurus quinquestriatus, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, fait partie des plus redoutées, avec Androctonus australis et le Tityus serrulatus brésilien.
En France métropolitaine, le sujet est nettement moins dramatique. On trouve le scorpion noir à queue jaune (Euscorpius flavicaudis), courant dans les vieux murs et les caves du Sud, dont la piqûre fait à peu près l'effet d'une piqûre d'ortie appuyée, et le scorpion languedocien (Buthus occitanus), plus douloureux, présent dans les garrigues. Aucun des deux n'a causé de décès documenté chez un adulte en bonne santé.
Une mère qui porte ses petits
Dernier trait qui détonne chez un arthropode : les scorpions sont vivipares. Après une parade nuptiale où le mâle fait avancer la femelle sur un spermatophore qu'il a déposé au sol, la gestation dure de plusieurs mois à plus d'un an selon les espèces. Les jeunes naissent formés, grimpent aussitôt sur le dos de leur mère et y restent jusqu'à leur première mue. Hors de cette période, l'adulte vit seul, et plusieurs espèces sont franchement cannibales.
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