Le przewalski le dernier vrai cheval sauvage

Le cheval de Przewalski (Equus caballus przewalskii ou Equus ferus przewalskii), encore appelé cheval de Prjevalski ou takh en mongol, est une espèce séparée ou une sous-espèce du cheval (Equus caballus). Il est caractérisé par un aspect massif, une grosse tête, une forte encolure et une couleur de robe bai dun, qui rappellent les représentations de l'art préhistorique. Il mesure 1,30 m en moyenne au garrot.
Sommaire5 sections
  1. 01Une redécouverte de 1878, pas une découverte
  2. 02Zéro individu libre en 1969, environ 2 000 aujourd'hui
  3. 03Le détour par la Lozère
  4. 04Fiche d'identité
  5. 05Et les chevaux de Lascaux

Le cheval de Przewalski traîne partout la même étiquette: dernier cheval vraiment sauvage de la planète. L'ADN a fragilisé ce titre en 2018, sans rien enlever à une histoire de sauvetage peu banale.

Autant le dire tout de suite, puisque c'est la question que pose le titre. Le takh, comme l'appellent les Mongols, a bien vécu libre dans les steppes d'Asie centrale, il a bien disparu de la nature, et il y est bien revenu. Mais l'expression "vrai cheval sauvage" suppose une lignée jamais touchée par l'homme, et c'est précisément ce que la génétique a remis en cause.

Une redécouverte de 1878, pas une découverte

Nikolaï Prjevalski, officier et explorateur russe, rapporte en 1878 d'une expédition en Dzoungarie un crâne et une peau de cheval inconnu des naturalistes européens. Le zoologiste Ivan Poliakov le décrit officiellement en 1881 et lui donne le nom d'Equus przewalskii. Les éleveurs mongols, eux, connaissaient l'animal depuis toujours: il figure dans des textes chinois bien antérieurs. La science occidentale n'a fait que le nommer.

Sur un point, l'idée reçue tombe: le Przewalski n'est pas l'ancêtre de nos chevaux de selle. Les deux lignées ont divergé il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Ce sont des cousins, pas une filiation.

Zéro individu libre en 1969, environ 2 000 aujourd'hui

La chasse, la concurrence des troupeaux domestiques pour l'eau et les hivers de disette ont eu raison des dernières hardes. La dernière observation fiable dans la nature date de 1969, dans le désert de Gobi. L'espèce est alors éteinte à l'état sauvage.

Tout ce qui vit aujourd'hui descend d'une douzaine de fondateurs capturés au tournant du XXe siècle et élevés dans des parcs européens. Cette base génétique minuscule explique la rigueur des programmes d'élevage: chaque accouplement est calculé sur un registre international pour limiter la consanguinité. La réintroduction commence en 1992 en Mongolie, à Hustai Nuruu et dans la Gobi B. La Chine suit au Xinjiang, la Russie ouvre un site dans l'Oural en 2015. L'UICN a reclassé l'espèce d'éteinte à l'état sauvage à "en danger" en 2011.

Le détour par la Lozère

Le causse Méjean, en Lozère, n'a rien d'un décor mongol de carte postale, et pourtant le calcul était le bon: plateau calcaire, pelouses rases, amplitudes thermiques fortes, très peu de clôtures. L'association Takh y installe un noyau de chevaux au début des années 1990, sur le domaine du Villaret. Le principe: pas de box, pas de rationnement, pas de soins de confort. Les poulains naissent dehors, les hardes se structurent seules, les jeunes mâles sont chassés du groupe comme ils le seraient en steppe.

L'objectif n'était pas d'avoir de jolis chevaux dans un pré de Lozère. En 2004 et 2005, une vingtaine d'animaux nés là sont partis vers l'ouest de la Mongolie pour fonder la population de Khomyn Tal. Des chevaux élevés sur un causse français ont donc réensemencé la steppe d'origine.

Fiche d'identité

  • Taille: environ 1,30 m au garrot, soit la hauteur d'un poney, avec une charpente nettement plus lourde.
  • Poids: 200 à 300 kg.
  • Robe: isabelle à louvet, ventre et bout du nez clairs, raie de mulet sombre sur l'échine, zébrures discrètes au-dessus des genoux et des jarrets.
  • Tête et crinière: tête forte, crinière courte dressée en brosse qui mue chaque année, sans toupet retombant sur le front.
  • Caryotype: 66 chromosomes, contre 64 chez le cheval domestique. Les croisements entre les deux donnent des hybrides à 65 chromosomes, et ces hybrides sont féconds, ce qui rend la séparation des populations nécessaire sur le terrain.
  • Caractère: vif, résistant au froid, réfractaire au contact humain. On ne monte pas un Przewalski.

Et les chevaux de Lascaux

On lit souvent que les chevaux peints à Lascaux sont des Przewalski. La silhouette trapue, l'encolure épaisse et la crinière droite y ressemblent, c'est vrai. Mais l'analyse de l'ADN ancien a montré que les chevaux d'Europe occidentale du Paléolithique portaient des robes variées, noires, baies, et parfois tachetées. Les artistes de Lascaux ne peignaient donc pas forcément des takhs. Ils peignaient les chevaux qu'ils avaient sous les yeux, et ceux-là n'ont pas de descendance connue.

Reste ceci: une espèce passée par zéro individu libre pendant vingt-trois ans court de nouveau en Mongolie. Cela s'est joué sur une douzaine d'animaux de zoo et sur la patience de gens qui ont tenu un registre généalogique pendant un siècle.

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