Le Lynx pardelle, symbole de la renaissance écologique
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Le retour du lynx ibérique tient à un animal beaucoup moins spectaculaire que lui : le lapin de garenne. Tant que le lapin va bien, le lynx se reproduit et colonise. Dès que la myxomatose passe, les portées s'effondrent. Toute l'histoire de ce sauvetage se joue là.
Le lynx ibérique (Lynx pardinus), aussi appelé lynx d'Espagne ou lynx pardelle, ne vit que dans la péninsule Ibérique. En 2002, il en restait environ une centaine, répartis en deux noyaux isolés, à Doñana et dans la Sierra Morena. C'était alors le félin le plus menacé de la planète. Vingt ans plus tard, il sert de référence à toutes les campagnes européennes de conservation des carnivores.

Le lapin, le vrai moteur
Le lynx ibérique est un chasseur ultra spécialisé. Le lapin de garenne représente autour de 80 à 90 % de son régime, et un adulte en consomme à peu près un par jour, davantage pour une femelle qui élève des jeunes. Cette dépendance explique la chute des années 1990 bien mieux que la chasse ou le braconnage : la myxomatose, puis la maladie hémorragique virale du lapin, ont ravagé les garennes ibériques et le prédateur a suivi.
C'est aussi ce qui rend le succès actuel fragile. Les programmes de réintroduction ne se contentent pas de relâcher des félins, ils restaurent d'abord les garennes : broussailles, tas de pierres, semis, lapins réintroduits, parfois vaccinés. Un site sans lapins est un site sans lynx, quel que soit le nombre d'animaux qu'on y relâche.
Ce qui a fonctionné
L'élevage en captivité a été la première brique. L'espèce se reproduit bien en centre, et les jeunes issus des naissances contrôlées, relâchés sur des territoires préparés, se sont installés puis reproduits sur place. Le programme européen LIFE a fédéré une vingtaine d'organisations, avec des réintroductions en Andalousie, en Castille-La Manche, en Estrémadure et dans le sud du Portugal.
Le lynx s'est aussi montré plus accommodant qu'on ne le craignait. Il s'installe à proximité de zones habitées, de cultures, de routes secondaires, à condition de disposer de fourrés denses pour se cacher le jour. Enfin, l'Espagne a fait de ce félin un emblème national, ce qui a débloqué des financements que peu d'espèces discrètes obtiennent.
Un lynx en France ?
On lit parfois que l'espèce pourrait réapparaître côté français, du côté de Perpignan. Le calcul ne tient pas vraiment : les noyaux réintroduits les plus septentrionaux se trouvent à plusieurs centaines de kilomètres au sud des Pyrénées, et aucun lynx ibérique n'a été documenté en France à ce jour. Le félin qu'on suit dans le Jura et les Vosges est une autre espèce, le lynx boréal. Il faudrait une chaîne continue de garennes le long de la façade méditerranéenne pour que l'hypothèse devienne sérieuse.
La fiche, sans les approximations
Un lynx ibérique adulte pèse 9 à 10 kg pour une femelle, 12 à 13 kg pour un mâle. Il mesure 85 à 110 cm de long, pour environ 45 à 50 cm au garrot : les 60 à 70 cm qu'on lit souvent confondent la hauteur au garrot avec la longueur totale hors queue. La longévité atteint une douzaine d'années dans la nature. C'est un chasseur d'affût, redoutable sur trente mètres, pas un coureur de fond, et les vitesses de pointe très élevées qui circulent à son sujet ne reposent sur aucune mesure fiable.
Les pinceaux de poils noirs au bout des oreilles ne sont pas décoratifs : ils améliorent la localisation des sons aigus, ceux d'un lapin qui bouge dans un fourré. L'animal vit seul, marque son territoire à l'urine et évite les rencontres, ce qui limite les conflits entre adultes. Sa queue courte, au bout noir, et ses favoris lui donnent une silhouette qu'on ne confond avec rien d'autre dans le maquis andalou.
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