Pourquoi les défenseurs des animaux sont-ils en guerre contre l'extrême droite ?

découvrez pourquoi les défenseurs des animaux sont engagés dans un conflit contre l'extrême droite et comment cette problématique affecte la société actuelle.
Sommaire5 sections
  1. 01Ce qui s'est passé en juin 2024
  2. 02Le comparateur, et ce qu'il mesure vraiment
  3. 03Le décalage entre le discours et les votes
  4. 04Une précision qui manque souvent dans ce débat
  5. 05Ce que craignent les associations, au concret

Fin juin 2024, entre la dissolution de l'Assemblée nationale et les deux tours des législatives anticipées, une bonne partie du mouvement de protection animale a fait ce qu'elle ne fait presque jamais : appeler à voter contre un parti nommément désigné. Le motif tient en une base de données de votes parlementaires, pas en une querelle de valeurs.

Ce qui s'est passé en juin 2024

Manifestation pour les droits des animaux, pancartes brandies dans une rue

Le président de la République dissout l'Assemblée le 9 juin 2024, au lendemain des européennes. Trois semaines de campagne, deux tours les 30 juin et 7 juillet. Dans cet intervalle très court, des associations de protection animale et des personnalités publiques signent des tribunes appelant à faire barrage au Rassemblement national et à soutenir les formations classées à gauche. L'humoriste Guillaume Meurice et le groupe Shaka Ponk figurent parmi les signataires relayés à l'époque.

Une prise de position de ce type reste rare dans ce milieu. La plupart des associations de protection animale tiennent à une neutralité partisane, pour des raisons statutaires autant que stratégiques : elles ont besoin de parler à des élus de tous bords pour faire passer un amendement. Le choix de rompre cette réserve à quelques jours d'un scrutin est en soi l'information.

Le comparateur, et ce qu'il mesure vraiment

L'argument central des associations n'est pas idéologique, il est comptable. Le comparateur Politique et Animaux, édité par L214 Éthique et Animaux, recense les votes, les amendements et les prises de position publiques des parlementaires sur les questions animales, puis agrège ces données par groupe politique. La France insoumise et Les Écologistes y obtiennent les notes les plus hautes, le Rassemblement national et les formations de droite les plus basses.

Ce que mesure cet outil mérite d'être compris avant d'en tirer des conclusions. Il note des comportements parlementaires sur des textes précis : élevage en cage, transport d'animaux vivants, corrida, chasse, expérimentation, animaux de cirque. Il ne note ni les convictions personnelles ni les déclarations de campagne. Un député qui aime les chats et qui vote contre l'interdiction des cages reçoit une mauvaise note, et c'est le principe même de l'exercice.

La méthodologie est publique, donc discutable. Elle a ses biais : le choix des textes retenus, la pondération, le fait qu'une abstention ou une absence compte. Un observateur de bonne foi peut contester tel arbitrage. Il aura plus de mal à contester l'écart global, qui est large et constant d'une législature à l'autre.

Le décalage entre le discours et les votes

Le Rassemblement national ne se présente pas comme un parti hostile aux animaux. Il communique régulièrement sur la maltraitance des animaux de compagnie, sur les abandons de l'été, sur l'abattage sans étourdissement préalable. Ce dernier thème occupe une place particulière dans son discours, où il se mêle à une critique de l'abattage rituel qui déborde largement la question du bien-être animal.

Les associations pointent ce qu'elles considèrent comme le décalage : ce discours ne se retrouve pas dans les votes sur l'élevage intensif, la chasse ou la corrida, trois sujets qui pèsent quantitativement bien plus lourd en nombre d'animaux concernés. Un milliard d'animaux terrestres sont abattus chaque année en France, dont la très grande majorité issus d'élevages intensifs. La maltraitance domestique, aussi réelle soit-elle, ne joue pas dans le même ordre de grandeur.

Sur ce point, le reproche me paraît documenté. Chercher la cohérence d'un parti sur les animaux en regardant ses communiqués plutôt que ses scrutins revient à juger un restaurant sur la carte affichée en vitrine.

Une précision qui manque souvent dans ce débat

Le mot antispécisme est employé un peu partout dans cette discussion, souvent à tort. L'antispécisme est une position philosophique précise : elle refuse d'écarter les intérêts d'un être vivant au seul motif qu'il n'appartient pas à l'espèce humaine. Elle ne postule pas que tous les êtres vivants seraient égaux, ni qu'un moustique vaudrait un chimpanzé.

Surtout, la majorité des gens qui défendent les animaux en France ne sont pas antispécistes. Les refuges, la SPA, les associations de protection de la faune sauvage, les vétérinaires engagés sur le bien-être en élevage relèvent d'une tradition welfariste : réduire la souffrance, améliorer les conditions, sans remettre en cause l'usage des animaux. Confondre les deux courants, comme le font les textes qui opposent bloc contre bloc, fausse le débat des deux côtés.

Ce que craignent les associations, au concret

Au delà des programmes, la crainte exprimée en juin 2024 portait sur les moyens d'action. Les enquêtes en caméra cachée dans les abattoirs et les élevages, qui sont la principale source d'images du débat public français depuis 2015, reposent sur des intrusions et des tournages non autorisés. Plusieurs propositions visant à durcir la répression de ces pratiques ont circulé au Parlement ces dernières années, portées par des élus de divers bords. Les associations redoutaient qu'une majorité hostile rende ces enquêtes juridiquement intenables.

Côté gauche, les engagements affichés portaient sur la fin de l'élevage en cage et des fermes-usines. Les militants qui les relayaient le disaient eux mêmes : une promesse de campagne ne vaut que par le vote qui suit. C'est d'ailleurs ce que le comparateur mesure, législature après législature, y compris contre les partis que ses éditeurs soutiennent.

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