Rencontrez l'axolotl : la salamandre mexicaine aux pouvoirs incroyables qui va vous étonner !

L'Axolotl : Une salamandre mexicaine aux pouvoirs étonnants
Sommaire5 sections
  1. 01Ce que sait faire l'axolotl, et ce qu'on en a compris
  2. 02Néoténique : un têtard qui n'a jamais grandi
  3. 03Ce qu'il faut lui offrir si vous en prenez un
  4. 04Xochimilco, le dernier réduit
  5. 05Un dieu qui s'est caché dans l'eau

L'axolotl vit par dizaines de milliers dans les aquariums et les laboratoires du monde entier, et il ne reste presque plus rien de sa population sauvage : quelques individus dans les canaux de Xochimilco, au sud de Mexico. C'est le seul endroit où il existe à l'état naturel.

Cette contradiction est le vrai sujet quand on parle de cette salamandre. On la voit partout, en peluche, en jeu vidéo, dans les animaleries, et son espèce est classée en danger critique d'extinction depuis 2006 sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature. Un animal peut être sauvé en captivité et perdu chez lui.

Ce que sait faire l'axolotl, et ce qu'on en a compris

Coupez un membre à un axolotl : il repousse. Pas une cicatrice, pas un moignon, un membre complet avec os, muscles, nerfs et peau, en quelques semaines à deux mois selon la température et l'âge de l'animal. Il régénère aussi la queue, la moelle épinière, des portions de mâchoire, de rétine, de cerveau et de cœur. Aucun mammifère n'approche ça.

Chez nous, une blessure profonde déclenche une réponse inflammatoire qui bouche le trou avec du tissu fibreux. Chez l'axolotl, les cellules situées au bord de la plaie se dédifférencient : elles reviennent à un état proche de la cellule embryonnaire, forment un amas appelé blastème, puis reconstruisent la pièce manquante avec la bonne orientation. Les chercheurs travaillent dessus depuis les années 1960. Le génome de l'espèce a été séquencé en 2018, et sa taille explique en partie la lenteur des travaux : une trentaine de milliards de paires de bases, une dizaine de fois le génome humain.

Néoténique : un têtard qui n'a jamais grandi

La plupart des salamandres passent par une phase larvaire aquatique, à branchies, puis se métamorphosent et sortent de l'eau. L'axolotl saute l'étape. Il devient adulte, se reproduit, vit sa vie entière avec ses branchies externes en panache et sa nageoire dorsale de larve. On appelle ça la néoténie, et elle tient chez lui à une réponse très faible aux hormones thyroïdiennes.

Très faible ne veut pas dire nulle. On peut forcer la métamorphose en administrant de la thyroxine ou de l'iode : l'animal perd ses branchies, développe des poumons et sort de l'eau. Il ressemble alors à une salamandre tigrée. La manipulation raccourcit sa vie et l'expose à des complications, et elle n'a aucun intérêt en dehors d'un protocole de recherche. Personne ne devrait la tenter à la maison.

Ce qu'il faut lui offrir si vous en prenez un

La chaleur est le premier problème. Au dessus de 22 ou 23 degrés, l'axolotl s'affaiblit, cesse de manger, et les infections cutanées s'installent. Un appartement bien exposé au mois de juillet dépasse ces valeurs sans effort, et beaucoup d'éleveurs amateurs finissent par acheter un groupe froid. Le second problème est le fond du bac : ces animaux avalent ce qui traîne, et les graviers provoquent des occlusions digestives. Sable fin ou fond nu, rien d'autre.

  • Volume : comptez au minimum 60 à 80 litres pour un individu seul, davantage pour un couple, avec un brassage doux. L'axolotl déteste les courants forts.
  • Cohabitation : pas de poissons, ils mordent les branchies. Les jeunes se mangent les pattes entre eux, il faut les séparer par taille.
  • Nourriture : vers de terre, granulés spécifiques, larves. On évite les poissons vivants, vecteurs de parasites.
  • Un signe qui doit alerter : branchies qui se rétractent, animal recroquevillé, refus de nourriture prolongé. Un vétérinaire habitué aux nouveaux animaux de compagnie saura quoi regarder, et ils sont plus nombreux qu'on ne croit.

Xochimilco, le dernier réduit

L'axolotl n'a jamais habité de lacs de cratère. Il vivait dans le système lacustre de la vallée de Mexico, en particulier les lacs de Xochimilco et de Chalco. Chalco a été asséché, Xochimilco s'est réduit à un réseau de canaux coincés entre les serres et les quartiers sud de la capitale, alimenté en partie par des eaux usées traitées.

Les comptages racontent la chute mieux qu'un discours. Environ 6 000 individus par kilomètre carré en 1998, 1 000 en 2000, une centaine en 2008. Une campagne menée au début des années 2010 n'a d'abord trouvé aucun animal pendant plusieurs mois avant d'en repérer deux. À la pollution et à l'urbanisation s'ajoute un facteur qu'on oublie souvent : les tilapias et les carpes introduits dans les canaux dévorent les œufs et les larves. Des chinampas refuges, ces parcelles agricoles flottantes séparées des canaux par des filtres, sont aménagées avec des maraîchers locaux pour recréer des zones sans poissons exotiques.

Un dieu qui s'est caché dans l'eau

Le nom vient du nahuatl, la langue des Aztèques : atl, l'eau, et xolotl. On traduit souvent par monstre d'eau, mais chien d'eau colle mieux, parce que Xolotl est le dieu à tête de chien, jumeau de Quetzalcoatl et guide des morts.

La légende raconte que les dieux devaient se sacrifier pour que le soleil se mette en marche. Xolotl refuse et fuit. Il se change en maïs dans un champ de maïs, puis en maguey dans une plantation de maguey, l'agave dont on tire le pulque et le mezcal (la tequila, elle, vient de l'agave bleu). Rattrapé les deux fois, il plonge dans l'eau et prend la forme d'une salamandre. On l'y trouve quand même, et il est sacrifié. Les salamandres traînent d'ailleurs une autre réputation en Europe : on les a longtemps crues capables de vivre dans le feu, parce qu'elles se réfugiaient dans les bûches creuses qu'on jetait ensuite dans l'âtre.

Si les traits de l'axolotl vous semblent familiers sans que vous ayez jamais vu l'animal, c'est probablement par les Pokémon Axoloto et Maraiste, dessinés d'après lui. La ressemblance a fait plus pour sa notoriété que trente ans de rapports scientifiques.

Reste le paradoxe du début. L'axolotl ne s'éteindra pas au sens strict : il y en aura toujours dans les laboratoires de Vienne, de Dresde ou de Nouvelle Angleterre, et dans les bacs des amateurs. Ce qui disparaît, c'est une population sauvage capable d'évoluer, avec sa variabilité, ses parasites, ses prédateurs, son eau. La différence paraît abstraite. Elle ne l'est pas : c'est celle qui sépare une espèce d'une collection.

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