Les incroyables talents d'architecte de la taupe : découvrez 8 faits étonnants
Sommaire5 sections
Un animal de 100 grammes qui pousse chaque jour l'équivalent de plusieurs dizaines de kilos de terre vers la surface, ça se lit dans une pelouse comme un plan de chantier. Encore faut-il savoir ce que chaque monticule raconte, et cesser d'accuser la taupe de dégâts qu'elle ne commet pas.
Le malentendu de départ : la taupe ne mange pas vos bulbes
Commençons par l'erreur la plus répandue, celle qui déclenche les trois quarts des campagnes de piégeage. La taupe est un insectivore et non un rongeur, cousine du hérisson et de la musaraigne, avec une dentition pointue faite pour percer des invertébrés et parfaitement inadaptée à ronger une racine. Son menu, c'est du ver de terre à 80 ou 90 %, complété de larves, de vers blancs et de tipules.
Les bulbes croqués, les carottes évidées, les pommes de terre trouées sont l'œuvre du campagnol terrestre, un rongeur qui emprunte volontiers les galeries déjà creusées. D'où la confusion : on voit les taupinières, on trouve les dégâts, on relie les deux. La taupe, elle, vient de vous débarrasser gratuitement d'une partie des larves qui mangeaient vos racines.
Un chantier de 20 mètres par jour
Dans un sol meuble et humide, une taupe peut ouvrir jusqu'à une vingtaine de mètres de galerie neuve en vingt-quatre heures. Elle ne creuse pas au sens où l'on creuse avec une pelle : elle comprime la terre sur les parois avec ses pattes avant, et n'évacue en surface que l'excédent qu'elle ne peut plus tasser. C'est cet excédent qui forme la taupinière.
L'outil est remarquable. La main de la taupe est tournée de 90 degrés vers l'extérieur, paume en arrière, et porte au bord du poignet un os supplémentaire, une sorte de faux pouce qui élargit la pelle sans coûter un doigt de plus. L'épaule est si musclée que l'animal n'a quasiment pas de cou.
Deux étages, deux fonctions
Le réseau n'est pas un labyrinthe improvisé. Il se répartit sur deux niveaux qui ne servent pas à la même chose. Les galeries de chasse, à cinq ou dix centimètres sous la surface, sont temporaires : la taupe les ouvre pour ratisser une zone riche en vers, puis les abandonne. Ce sont elles qui soulèvent la pelouse en boudins.
Les galeries permanentes, elles, descendent entre vingt et cinquante centimètres, parfois beaucoup plus bas dans les sols argileux qui gèlent en profondeur. Elles relient la chambre de nid, les réserves et les zones de chasse, et elles durent. Un réseau bien placé peut être réoccupé par des générations successives : quand une taupe meurt ou déménage, une autre reprend le tunnel plutôt que d'en refaire un.
Le garde-manger vivant
La taupe dispose d'un piège passif redoutable : ses galeries de chasse fonctionnent comme des couloirs à vers de terre. Les lombrics qui percent la paroi tombent dans le tunnel, et l'animal fait sa tournée d'inspection plusieurs fois par jour pour ramasser ce qui est tombé. Aucune poursuite, aucune dépense d'énergie inutile.
Ce qu'elle ne mange pas immédiatement, elle le stocke. La taupe mord le ver au niveau des premiers segments, ce qui le paralyse sans le tuer, puis l'entasse dans une chambre annexe. Des réserves de plusieurs centaines de vers vivants ont été décrites, avec des records dépassant le millier. La gourmandise n'y est pour rien : un animal de cette taille consomme chaque jour l'équivalent d'une bonne partie de son propre poids et supporte très mal le jeûne.
Odorat, territoire et voisinage
Une taupe est solitaire et peu accueillante. Elle marque ses galeries par des sécrétions et par l'urine, et deux adultes qui se rencontrent dans un tunnel en viennent souvent aux dents. Le territoire d'un individu couvre couramment quelques centaines à quelques milliers de mètres carrés, ce qui explique une chose que les jardiniers refusent d'entendre : un jardin bruissant de taupinières n'héberge presque jamais une colonie, mais une taupe, deux au maximum.
Son museau est bardé d'organes tactiles minuscules, les organes d'Eimer, qui détectent vibrations et contacts avec une finesse que ses yeux ne lui offriront jamais : elle distingue à peine le jour de la nuit, ce qui n'a aucune importance là où elle vit. Son sang, lui, est adapté à l'air confiné des galeries, pauvre en oxygène et chargé en gaz carbonique.
Reste le vrai problème : le boudin de terre qui passe sous la tondeuse, et le trou de cheville dans une pâture à chevaux. Sur ces deux points précis, la gêne est réelle et l'agacement se comprend. Partout ailleurs, la taupe travaille plutôt dans votre camp.
Résumer cet article avec :
Partager :
